Les jihadistes poussent en Irak et Syrie

La ville de Kobané, en Syrie, le 7 octobre 2014.[ARIS MESSINIS / AFP]

Les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) continuent à pousser sur deux fronts pour prendre le contrôle total de la ville syrienne kurde de Kobané et de la province irakienne d'Al-Anbar, pour lesquelles le président américain Barack Obama s'est déclaré "très inquiet".
 

 

Washington a toutefois assuré que sa stratégie "fonctionnait" et visait le long terme, répondant ainsi au scepticisme grandissant deux mois après le début de la campagne aérienne en Irak et trois semaines après son extension à la Syrie.

La coalition a augmenté le nombre de ses raids sur les positions de l'EI à Kobané, réussissant à freiner l'avancée des jihadistes, cibles de plus de 20 frappes en 48 heures, selon l'armée américaine.

Huit nouvelles frappes ont été menées ces dernières heures, a précisé mercredi matin l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"La coalition frappe directement l'EI sur la ligne de front" pour forcer les jihadistes à abandonner leurs positions, a précisé l'ONG, confirmant que les frappes et la résistance de la principale milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), retardaient la chute de la ville aux mains de l'EI.

Au poste-frontière turc de Mursitpinar, à environ un kilomètre de Kobané, le bruit de tirs d'armes automatiques et d'obus était audible le matin, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les jihadistes contrôlent environ 50% de la troisième ville kurde de Syrie, à savoir des quartiers de l'ouest, de l'est, un quartier nord et une partie du centre. Ils cherchent à isoler la cité en prenant le nord pour l'assiéger totalement et bloquer l'accès des Kurdes à la Turquie.
   
 

L'EI cible une ville près de Bagdad

En prenant Kobané, le groupe sunnite ultraradical responsable d'atrocités -viols, décapitations, rapts et persécutions- dans les zones sous son contrôle en Syrie et en Irak, veut s'assurer la maîtrise d'une longue bande continue de territoire à la frontière syro-turque.

Depuis le début le 16 septembre de l'offensive jihadiste pour prendre Kobané, près de 600 personnes, en majorité des combattants, ont péri selon l'OSDH, et quelque 70 villages sont tombés aux mains de l'EI. En outre plus de 300.000 habitants ont fui, dont plus de 200.000 en Turquie et des milliers en Irak.

L'ONU a dit craindre un "massacre" dans Kobané, où sont coincés des centaines de civils en cas de chute de cette ville devenue le symbole de la résistance à l'EI. Dans l'Irak voisin, et malgré le soutien aérien et l'aide des tribus locales, l'armée irakienne a perdu pied dans la province d'Al-Anbar à majorité sunnite contrôlée à 85% par l'EI selon le n2 du Conseil provincial.

Et depuis mardi, les jihadistes ont resserré l'étau autour d'Amriyat al-Fallouja, l'un des derniers fiefs de l'armée à Al-Anbar situé à quarantaine de km à l'ouest de Bagdad. "Nous sommes quasiment assiégés", a dit un responsable de la police.

"Jusqu'à maintenant nous tenons bons avec le soutien de combattants tribaux", a-t-il ajouté. "Mais si Amriyat al-Fallouja tombe, la bataille se déplacera aux portes de Bagdad et Kerbala", la ville sainte chiite au sud de la capitale irakienne.

"A Al-Anbar, la bataille est rude" face à des jihadistes qui se déplacent "librement", a reconnu le colonel Steven Warren, un porte-parole du ministère américain de la Défense. Avant de pouvoir parvenir à Bagdad, les jihadistes devront néanmoins encore s'emparer d'une large bande de territoire.
   
 

"Le pire de l'Humanité"
   
M. Obama a averti que la campagne contre l'EI était conçue pour le long terme et qu'il y aurait immanquablement des "revers". Il s'exprimait à l'issue d'une réunion sans précédent avec les chefs militaires de 22 des pays membres de la coalition qui se sont réunis à Washington pour faire le point sur la feuille de route de la guerre lancée contre l'EI, fort de dizaines de milliers de combattants dont des Occidentaux.

"Nous suivons de près les combats" à Al-Anbar et "sommes très inquiets de la situation" dans Kobané, a déclaré M. Obama. "Cela illustre la menace posée par l'EI à la fois en Irak et en Syrie". "Nous sommes unis dans notre objectif: affaiblir et détruire l'EI", a répété M. Obama qui exclut l'envoi des troupes au sol.

Les pays de la coalition souhaitent une plus grande implication de la Turquie, notamment en permettant l'utilisation de ses bases par les avions américains. Mais Ankara rechigne à aider les Kurdes à Kobané, alors que des avions turcs ont bombardé lundi des positions des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Enfin, le secrétaire d'Etat John Kerry a dénoncé le traitement "abject" de femmes et de filles de la minorité yazidie enlevés dans le nord de l'Irak par l'EI qui revendique sa pratique de les vendre en tant qu'esclaves. L'EI représente "le pire de l'humanité".

 

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