Nigeria : la femme lynchée dimanche n'était pas kamikaze

Des soldats nigérians patrouillent à Abuja le 6 mai 2014.[Pius Utomi Ekpei / AFP/Archives]

La police a révélé mercredi que la jeune femme lynchée à mort par une foule en pleine rue dans le nord-est du Nigeria n'était pas une kamikaze qui s'apprêtait à commettre un attentat pour le groupe islamiste Boko Haram mais une malade mentale.

 

La méprise est révélatrice de la psychose engendrée par le nombre croissant d'attentats-suicides perpétrés par des femmes pour le compte des insurgés.

La victime, qui s'appelait Thabita Haruna et était âgée de 33 ans selon les informations transmises par sa mère, a été battue à mort puis brûlée dimanche dans la ville de Bauchi, après avoir refusé de se prêter à un contrôle de sécurité à l'entrée d'un marché.

 

De très jeunes filles comme kamikazes

Boko Haram a de plus en plus souvent recours, depuis quelques mois, à des femmes, voire à de très jeunes filles, comme kamikazes pour mener des attentats-suicides contre des cibles où il est facile de commettre un carnage, telles des gares routières ou des marchés.

Mais selon le porte-parole de la police de l'Etat de Bauchi, Haruna Mohammed, la victime de dimanche n'était pas une kamikaze.

"Toutes nos enquêtes prouvent que cette femme était atteinte d'une maladie mentale et qu'elle n'avait aucune intention de commettre un attentat-suicide", a-t-il déclaré à l'AFP.

"En tant qu'agents des forces de l'ordre, nous n'avons pas l'intention de laisser les gens faire justice eux-mêmes", a-t-il ajouté.

"Nous poursuivons notre enquête et, dès que nous aurons arrêté les auteurs de cet acte, ils feront l'objet de poursuites judiciaires".

 

"Les lois existent"

"Les lois existent, donc les assaillants n'auraient pas dû faire justice eux-mêmes. Ils ont tué et brûlé ma fille", a déclaré la mère de la victime, Rahab Haruna.

Mme Haruna décrit Thabita comme "une jeune femme normale" qui avait travaillé comme vendeuse avant de commencer à souffrir d'une maladie mentale et de séjourner plusieurs fois en hopital psychiatrique entre 2007 et 2013.

"Elle avait encore des crises par moments. Elle devenait folle et cassait des choses. Elle rassemblait des objets de la maison et elle y mettait le feu", a raconté sa mère.

Ensuite, "elle redevenait calme et normale et elle aidait pour les tâches domestiques".

"Elle a quitté la maison samedi sans dire où elle se rendait. On l'a cherchée dans tout le quartier mais on ne l'a pas trouvée, jusqu'au lendemain".

"Elle s'est retrouvée dans le (marché de) Muda Lawal, où elle a été lynchée, humiliée et brûlée à mort. Avant qu'elle ne soit tuée, ils l'ont fouillée et ils ont trouvé sur elle la carte d'identité de sa soeur Alheri", a poursuivi la maman.

C'est grâce à cette carte que la famille a pu être prévenue.

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