Fusillade de Charleston : l'Amérique face au racisme

Plus qu’une «simple» fusillade, les événements de Charleston interviennent dans un contexte déjà très tendu.[BRENDAN SMIALOWSKI / AFP]

La fusillade perpétrée par un homme blanc, qui a fait neuf morts jeudi dans une église noire de Charleston, ravive les tensions raciales.

 

En 2015, le racisme tue encore aux Etats-Unis. Mercredi soir, à Charleston (Caroline du Sud), un homme blanc a ouvert le feu dans l’église Emanuel méthodiste épiscopale africaine, faisant neuf victimes. Le suspect, identifié comme étant Dylann Roof, âgé de 21 ans, a été arrêté hier par les autorités.

Mais si la crainte qu’il récidive a disparu, la peur de la communauté noire reste intacte. Car plus qu’une «simple» fusillade, cet acte ­intervient dans un contexte déjà très tendu. Après les événements de Ferguson ou de Baltimore, où des Noirs non armés ont été tués par des policiers blancs sans que ces derniers ne soient poursuivis, toute une partie de la population se sent menacée. Si bien qu’elle a été obligée de scander que sa vie comptait autant que celle des Blancs (Black Lives Matter).

 

Un climat de tensions

Depuis plusieurs mois, les rapports entre les communautés semblent s’être tendus aux Etats-Unis. Plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer le racisme des autorités, et de la société en général. Après de nombreux actes visant les Noirs, des manifestations de protestation se sont tenues à New York et dans tout le pays pour faire changer les mentalités.

Car si la médiatisation de ces drames peut sembler nouvelle, leur origine remonte au cœur même du pays. «Le racisme a toujours été présent aux Etats-Unis, et particulièrement dans le sud, de par son histoire (esclavage, lynchages, etc.). On a espoir que cela disparaisse, mais c’est très ancré», explique Nicole Bacharan, auteur de Les Noirs américains, des champs de coton à la Maison Blanche (éd. Perrin). Résultat, l’Amérique apparaît de plus en plus divisée.

Selon une enquête réalisée en août par le Pew Research ­Center, 18 % seulement des Noirs ­interrogés disent faire confiance à la justice, contre 52 % des Blancs. Des Noirs qui ne cessent de demander pourquoi ils restent des cibles privilégiées.

 

Obama impuissant

«La peur des Noirs est ancrée dans le subconscient de certains», estimait en décembre dernier Barack Obama, qui parlait d’un racisme «profondément ­enraciné» dans le pays. En 2008, son ­arrivée à la Maison Blanche laissait pourtant espérer un changement des mentalités et des comportements.

«L’élection d’Obama a fait exploser un plafond de verre pour les Noirs, qui se disent que tout est possible, estime Nicole Bacharan. Mais rien de fondamental n’a changé, au contraire, puis­qu’il y a eu une recrudescence des groupes d’extrême droite.»

Désireux de ne pas être «le président des Noirs», mais bien le président des Etats-Unis, le natif d’Honolulu a toutefois tenté d’apporter certaines solutions, notamment en interdisant le profilage racial par les autorités. Reste à savoir si la communauté noire lui reprochera ces faibles mesures, et si elle choisira son successeur en conséquence.

Dernièrement, ­Hillary Clinton a dénoncé le racisme du système ­judiciaire américain, et s’est présentée comme la pourfendeuse des inégalités dans le pays. Un thème qui semble plus que jamais d’actualité. 

 

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