Roumanie : le drame de la discothèque fait chuter le gouvernement

Le Premier ministre roumain Victor Ponta, le 9 juin 2015 à Bucarest [Daniel Mihailescu / AFP/Archives] Le Premier ministre roumain Victor Ponta, le 9 juin 2015 à Bucarest [Daniel Mihailescu / AFP/Archives]

Sous pression depuis des mois à cause de ses déboires avec la justice, le Premier ministre roumain Victor Ponta a fini par démissionner mercredi après l'incendie meurtrier de la discothèque à Bucarest, qui a traumatisé et révolté le pays.

"Je dépose mon mandat de Premier ministre", a annoncé le social-démocrate dans une déclaration retransmise à la télévision. "J'espère que la démission du gouvernement va satisfaire les gens qui étaient dans la rue", a-t-il ajouté, en référence aux milliers de personnes qui avaient exigé sa démission la veille à Bucarest et dans plusieurs autres villes de l'ancien pays communiste. "Je ne peux que constater la colère légitime qui existe dans la société", a indiqué M. Ponta, soulignant trouver également légitime le souhait que des responsabilités soient prises à un haut niveau, et pas seulement par les trois patrons de la boite de nuit.

Un spectacle pyrotechnique avait provoqué un incendie dans la discothèque Colectiv au centre de Bucarest. 32 personnes sont mortes, près de 200 ont été blessées. Après le drame, le plus grave du genre à Bucarest, le président conservateur Klaus Iohannis avait plaidé pour un changement fondamental de la société roumaine, rongée par la corruption. "Nous ne devons plus tolérer l'incompétence des autorités, l'inefficacité des institutions et nous ne pouvons pas laisser la corruption se développer à tel point qu'elle finit par tuer", avait-il déclaré dimanche soir. Les trois patrons de la discothèque Colectiv, accusés d'"homicide involontaire", ont été placés en détention provisoire pour 30 jours mardi soir, mais les milliers de manifestants et les médias ont pointé une longue série de manquements à la règlementation au niveau des autorités locales.

Des personnes disposent des bougies en hommage aux victimes de l'incendie dans la discothèque à Bucarest, le 31 octobre 2015 [DANIEL MIHAILESCU / AFP]
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Des personnes disposent des bougies en hommage aux victimes de l'incendie dans la discothèque à Bucarest, le 31 octobre 2015
 

Victor Ponta, accusé de corruption, était sous pression depuis plusieurs mois, le chef de l'Etat et l'opposition ayant à plusieurs reprises demandé sa démission. Accusé de faux en écriture, complicité d'évasion fiscale et de blanchiment d'argent du temps où il était avocat, il va devoir se défendre devant la justice. Le drame de la discothèque est intervenu en outre une dizaine de jours après une autre affaire, qui a éclaboussé le vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur Gabriel Oprea. La mort d'un policier qui faisait partie de son cortège a révélé de possibles abus de la part de M. Oprea quant à l'utilisation de motocyclistes ouvreurs pour son moindre déplacement en ville, en violation de la loi. Là encore, M. Oprea a refusé de démissionner.

Mardi soir, les manifestants avaient demandé les démissions des MM. Ponta et Oprea, leur reprochant le refus d'assumer leurs responsabilités. Ils ont également exigé un "changement profond" de la classe politique, largement corrompue, du pays, l'un des plus pauvres de l'Union européenne. Selon la Constitution, le chef de l'Etat doit maintenant nommer un Premier ministre par intérim, avant d'entamer des consultations avec les partis représentés au Parlement sur la formation d'un nouveau gouvernement.

Une victime de l'incendie est transportée aux urgences à Bucarest le 31 octobre 2015 [ANDREEA TANASE / AFP]
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Une victime de l'incendie est transportée aux urgences à Bucarest le 31 octobre 2015
 

La coalition au pouvoir, formée des sociaux-démocrates de M. Ponta et de trois petits partis de centre gauche, doit se réunir en début d'après-midi pour décider de la suite des événements. Une dernière réunion du gouvernement sortant, destinée à préparer la transition, est également prévue en milieu d'après-midi. La démission du gouvernement intervient alors que Bucarest accueille un sommet des pays d'Europe centrale et de l'Est au cours duquel neuf présidents entendent demander une présence accrue de l'Otan dans la région, confrontée aux agissements militaires de la Russie en Ukraine.

Les prochaines élections législatives sont prévues en Roumanie en novembre 2016.

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