Des chirurgiens réussissent la première greffe de tête

L’idée de greffe de tête remonte au début des années 1970. Le neurochirurgien américain Robert White était parvenu à transplanter un singe vivant, qui avait survécu 36 heures dont trois éveillées[PHILIPPE HUGUEN / AFP]

Il a fallu dix-huit heures pour réaliser un exploit : la première greffe de tête sur un mort. L’opération a été réalisée en Chine sur deux cadavres. La prochaine étape est de réaliser la greffe sur un receveur vivant.

L’opération menée par une l’équipe Xiaoping Ren et le neurochirurgien italien Sergio Canavero a abouti à la transplantation d’un patient sur le corps d’un autre, reliant les vaisseaux sanguins, les nerfs mais aussi les colonnes vertébrales des deux donneurs décédés.

La transplantation de tête pourrait être envisagée pour certains malades souffrant de pathologies neuromusculaires incurables. L’opération, baptisée chirurgicalement anastomose cephalosomatique (ACS), est considérée comme la seule option thérapeutique pour un certain groupe de maladies neuromusculaires, comme la maladie de Duchenne ou la sclérose latérale amyotrophique, qui jusqu’à présent sont incurables par d’autres moyens, affirment les auteurs de l’étude que s’est procuré Sciences et Avenir.

D’ailleurs, plusieurs personnes se sont déjà portées volontaires pour tester cette opération, lorsqu’elle sera disponible. Valery Spiridonov, un jeune russe de 31 ans, atteint de la maladie de Werdnig-Hoffmann, maladie rare correspondant à une dégénérescence de la moelle épinière, plus précisément des neurones, qui innervent les muscles, espère être le premier à pouvoir en bénéficier.

Les réactions des spécialistes fusent

Alors, peut-on vraiment parler d’exploit ? Impossible à dire sur des patients décédés. «La description sur cadavre n’a rien d’exceptionnel. Technologiquement c’est faisable», a confié Jocelyne Bloch, professeure de neurochirurgie au Centre Hospitalier universitaire de Lausanne, à Sciences et Avenir. Elle souligne que ne s’agissant que de cadavres, qui ne saignent pas, il est difficile de juger vraiment du résultat.

«Traitez-moi de perfectionniste si vous voulez, mais je ne pense sincèrement pas que les interventions chirurgicales réalisées sur des patients déjà morts peuvent être qualifiés de ‘réussites’. Vous pouvez bien souder deux moitiés de voitures et appeler ça un succès, si elle explose quand vous mettez le contact, on ne s’en souviendra pas vraiment de cette manière», a ironisé le neuroscientifique Dean Burnett dans le Guardian.

Lors des étapes précédentes, le comité d’éthique de l’Association Européenne des sociétés de neurochirurgie EANS avait réagi «Pensez aux organes du potentiel donneur de la transplantation corporelle qui pourraient être plus utiles à beaucoup de patients (au lieu d’un) en attente de greffes», avait déclaré Marike Broekman, neurochirurgien de l’association.

Dès 2013, le premier coup médiatique du neurochirurgien italien avait été accueilli avec le plus grand scepticisme par ses pairs, certains lui reprochant de donner de faux espoirs aux personnes souffrant de maladies graves. Banni des Etats-Unis et d’Europe, le neurochirurgien italien Sergio Canavero a dû se rendre en Chine pour financer ses recherches.

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