Le FMI appelle à une «désescalade» des tensions commerciales

La directrice du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde lors d'une conférence à Bali, où FMI et Banque mondiale tiennent leur réunion annuelle [SONNY TUMBELAKA / AFP] La directrice du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde lors d'une conférence à Bali, où FMI et Banque mondiale tiennent leur réunion annuelle. [SONNY TUMBELAKA / AFP]

Les pays doivent réparer le système commercial mondial et pas le détruire, a plaidé mercredi la directrice du FMI Christine Lagarde en appelant à une «désescalade» des tensions commerciales.

«Nous devons travailler ensemble pour avoir une désescalade et résoudre les différends commerciaux actuels», a souligné Christine Lagarde lors d'une conférence sur l'île indonésienne de Bali, où FMI et Banque mondiale tiennent leur réunion annuelle.

«Il est tentant d'être un peu déprimé dans le contexte, mais je suis en fait optimiste parce qu'il y a vraiment une envie d'améliorer et de développer les relations commerciales» dans le monde, a-t-elle noté en soulignant les «progrès» sur l'accord commercial entre le Mexique et le Canada et le traité de libre-échange transpacifique (TPP) notamment.

«Il faut conjuguer les efforts pour réparer le système commercial mondial, pas le détruire», a-t-elle insisté. La responsable a reconnu que l'Organisation mondiale du commerce (OMC), remise en cause par l'administration américaine, ne parvenait pas toujours à résoudre efficacement les différends commerciaux, mais elle a appelé les pays à travailler ensemble pour améliorer la régulation.

Les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, mais aussi avec ses alliés européens, se sont amplifiées ces derniers mois, marqués par une surenchère des mesures de rétorsion de tous côtés. Washington a à ce jour imposé des droits de douanes supplémentaires sur 250 milliards d'importations chinoises. Et Pékin a rétorqué en imposant des taxes sur 110 milliards de dollars de marchandises américaines.

Le secrétaire général de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), Angel Gurria, a abondé dans ce sens en soulignant que ces tensions avaient déjà des répercussions économiques.

«Cette année, la croissance ne semble pas aussi bonne» que l'année dernière, et «la différence, c'est le commerce, les tensions, le protectionnisme, les mesures de rétorsion...», a-t-il constaté.

Après une période de redressement, «nous avons commencé à faire ces choses et nous avons ralenti», a déploré le Mexicain.

Le FMI a abaissé mardi sa prévision de croissance du PIB mondial à 3,7 % pour 2018 et 2019 (-0,2 point), soit au même niveau que celle de 2017, dans la foulée d'une révision à la baisse similaire par l'OCDE.

Dans un rapport publié mercredi, l'institution de Washington a émis par ailleurs des inquiétudes sur la capacité du système financier international à résister à une nouvelle crise.

«De nouvelles vulnérabilités sont apparues et la résistance du système financier mondial reste à vérifier», a souligné l'institution dans son rapport sur la stabilité financière mondiale (GFSR).

Complaisance face aux risques

Le FMI relève que les participants au marché financier mondial «semblent complaisants» face aux risques potentiels qui pourraient découler d'un environnement financier soudainement plus compliqué, en cas par exemple de hausse des taux d'intérêts ou d'un accès restreint aux capitaux.

Depuis le dernier rapport d'avril du FMI sur la stabilité financière, les conditions économiques sont moins favorables et l'écart se creuse entre pays développés et pays émergents.

«Il y a un an, j'avais dit que quand le soleil brille, il est temps de réparer le toit. Mais on n'a pas vu beaucoup de toits réparés, beaucoup de pays 'ont mangé leur pain blanc'», a indiqué Christine Lagarde à Bali en employant cette dernière expression en français.

«Alors que la tendance était à la hausse» l'an dernier, à présent «la croissance économique a atteint un plateau et il faut prendre des mesures», a-t-elle insisté.

Elle a encouragé les pays émergents en particulier à élaborer des mécanismes d'amortissement des crises, à laisser leur devise flotter et à utiliser les surplus de capitaux emmagasinés les années précédentes.

Les conditions financières en Europe et dans les autres pays développés restent «relativement favorables», ajoute le rapport.

La réunion annuelle du FMI et de la Banque mondiale, qui se déroule tous les trois ans hors du siège de Washington, rassemble de mardi à dimanche à Bali l'élite financière de 180 pays, avec plus de 30.000 participants attendus à tous les évènements confondus, selon les autorités indonésiennes.

Les ministres des Finances du G20 doivent se réunir dans l'île en parallèle ainsi que les chefs d'Etats de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean) jeudi et vendredi.

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