«Implant Files» : ce qu'il faut retenir de cette vaste enquête sur les failles du contrôle des implants médicaux

Une enquête internationale réalisée par 59 médias et 252 journalistes, publiée dimanche, dénonce les défaillances de contrôle des implants médicaux à l'échelle européenne. Et notamment en France.

Après «LuxLeaks», les «Panama Papers» ou encore les «Paradise papers», le consortium international de journalistes d'investigation (ICIJ) - dont son partenaire FranceInfo, Le Monde et Premières Lignes - ont enquêté pendant neuf mois sur les irrégularités de certains implants médicaux jamais testés et amenés à être autorisés sur le marché européen.

A l'origine de cette longue enquête, une journaliste néerlandaise Jet Schouten. Pour la chaîne nationale Avrotos, elle a réussi il y a deux ans à faire passer un filet à agrumes pour un implant vaginal, à utiliser en cas de descente d'organe.

La reporter s'est fait passer pour un fabricant en déposant un simple dossier truffé de fautes, raconte FranceInfo. Elle a pu obtenir de trois organismes de certification un accord de principe pour la délivrance d'un «marquage CE». Ce qui lui aurait permis de vendre son filet de mandarines dans n'importe quel pays de la communauté européenne.

Contrairement aux médicaments, les implants médicaux - tels que les pompes à insuline, les pacemakers, les prothèses mammaires, de hanches, ... - sont validés par des organismes privés concurrents, qui tirent profit de cette certification. Et cette défaillance de contrôles est visible dans les chiffres. En Europe, le taux de rappel des implants est bien plus élevé avec 27 % contre 14% aux Etats-Unis, où il existe un organisme de certification unique et public (la «Food and drug administration»).

Il y a quelques années, l'organisme certificateur allemand TÜV avait été pointé du doigt dans l'affaire des prothèses PIP. Le groupe s'était dit abusé par une volonté de tricher du fabricant.

Un système défaillant

Après neuf mois d'investigations, le consortium a révélé quatre défaillances. La première se trouve au niveau des législateurs européens qui considèrent les implants comme des marchandises et non comme des produits de santé. Un traitement privilégiant donc l'intérêt des industriels à celui des patients.

Il pointe ensuite une faille des régulateurs, qui n'ont ni les instruments de mesures nécessaires pour évaluer les risques, ni la volonté d'intervenir. S'ensuit une défaillance d'une partie du corps médical, qui utilise ces innovations pour briller aux yeux de la communauté scientifique sans se soucier de leur efficacité réelle. Les journalistes pointent même des accointances entre les groupes industriels et certains médecins. Enfin, l'ICIJ a démontré une défaillance à l'échelle gouvernementale, qui cède sous le poids des lobbies au nom du développement économique. 

A l'issue, le consortium international a constaté qu'il n'existait aucun moyen pour les patients de disposer d'informations sur les dispositifs médicaux utilisés. Ils ont donc décidé de constituer une base de données consultable par tous.

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