Arrêté à Djibouti, le vétéran du jihad Peter Cherif attendu par l'antiterrorisme français

Peter Cherif, lors de son procès à Paris le 26 janvier 2011 [BENOIT PEYRUCQ / AFP/Archives] Peter Cherif, lors de son procès à Paris le 26 janvier 2011. [BENOIT PEYRUCQ / AFP/Archives]

Dans le viseur de l'antiterrorisme français depuis 2004, il avait disparu au dernier jour de son procès en 2011 : Peter Cherif, devenu au Yémen un vétéran du jihad, a été arrêté le 16 décembre à Djibouti, suscitant l'espoir en France de fournir des clés sur la vague d'attentats dans le pays.

Cet ancien du jihad en Irak est un témoin essentiel de l'islamisme armé. Il figure en haut de la liste des personnes recherchées, après être devenu au Yémen un cadre d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), le mouvement qui a revendiqué l'attentat de 2015 contre Charlie Hebdo à Paris.

Ce Français de 36 ans est connu pour avoir été un intime des assaillants du journal satirique, les frères Saïd et Chérif Kouachi.

Tous trois ont gravité au sein de la filière dite des Buttes-Chaumont, menée par Farid Benyettou, célèbre recruteur pour le jihad en Irak dans les rangs de la branche locale d'Al-Qaïda, à partir de 2004.

Peter Cherif, aussi connu sous le nom de guerre répandu d'«Abou Hamza», avait été arrêté en décembre de cette année-là dans les environs de Falloujah. Détenu dans différents camps, dont celui d'Abou Ghraïb, il affirmait avoir été victime de tortures de la part d'officiers américains.

Condamné par l'Irak en juillet 2006 à 15 ans de prison, il s'était ensuite évadé en mars 2007 à la faveur d'une attaque de combattants islamistes. Après être passé en Syrie, il avait fini par se rendre aux autorités françaises en février 2008, à la veille du procès de sa filière à Paris.

Il avait dû finalement être jugé seul, en dernier, trois ans plus tard, comparaissant libre après avoir passé 18 mois en détention provisoire. Pour l'accusation, Peter Cherif était «indéniablement l'une des figures» du groupe, «l'un des plus impliqués».

Un portrait aux antipodes de l'image qu'il s'était attaché à donner en affirmant être parti en Irak pour «soutenir» la population du pays, sans lien avec Al-Qaïda, ni combat à motif religieux.

L'interroger au plus vite

Absent le jour de sa condamnation, il avait immédiatement disparu des radars. L'année suivante, les services de renseignement le localisaient avec certitude au Yémen.

Dans une note déclassifiée d'avril 2012, ils présentaient Cherif Kouachi, le cadet de la fratrie, comme «l'un des contacts en France» de Peter Cherif. Les renseignements soupçonnaient alors ce dernier «d'organiser, depuis le Yémen, une filière d'acheminement de jihadistes susceptible d'impliquer» Cherif Kouachi.

En raison de ces liens, le nom de Peter Cherif apparaît dans l'enquête sur les attentats de janvier 2015, point de départ d'une vague d'attentats jihadistes qui a fait 251 morts en France.

Mais s'il a pu être présenté par certains médias comme un «possible commanditaire» de ces attentats, Peter Cherif, selon une source judiciaire, ne fait l'objet d'aucun mandat d'arrêt dans ce dossier, où le parquet de Paris vient de requérir un renvoi aux assises pour 14 suspects, en grande partie des soutiens logistiques présumés des tueurs.

Il reste néanmoins une cible de choix pour l'antiterrorisme français, comme pour les Etats-Unis qui ont marqué leur intérêt en l'inscrivant en septembre 2015 sur leur liste noire de «combattants terroristes étrangers».

Les autorités françaises n'ont pas précisé les conditions de son arrestation.

Même s'il «n'est pas, à ce stade, retenu (à Djibouti, ndlr) dans le cadre d'une procédure judiciaire française», selon la source judiciaire. Ce qui n'exclut pas qu'il soit visé par un mandat d'arrêt ou de recherche dans une autre enquête en France. Condamné à cinq ans de prison en 2011, il serait au minimum recherché pour l'exécution de son reliquat de peine.

Selon des sources proches du dossier, un ou plusieurs juges d'instruction du pôle antiterroriste à Paris espèrent l'interroger au plus vite.

«Le parquet de Paris», compétent en matière antiterroriste, a fait savoir qu'il suivait «avec attention l'évolution de sa situation», refusant de faire plus de commentaires.

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