Etats-Unis : l'ex-ministre de la Défense Jim Mattis remplacé par Patrick Shanahan

Le président américain Donald Trump, à gauche, et son ministre de la Défense, Jim Mattis, qui a démissionné jeudi, ici à la Maison Blanche, le 8 mars 2018  [Mandel NGAN / AFP/Archives] Le président américain Donald Trump, à gauche, et son ministre de la Défense, Jim Mattis, qui a démissionné jeudi, ici à la Maison Blanche, le 8 mars 2018 [Mandel NGAN / AFP/Archives]

Le chef du Pentagone Défense Jim Mattis a brutalement annoncé jeudi sa démission du gouvernement de Donald Trump, au lendemain de l'annonce du retrait des troupes américaines en Syrie qui a pris de court ses alliés.

Le président américain Donald Trump a annoncé dimanche son remplacement par intérim dès le 1er janvier, soit plus tôt que prévu, par son adjoint. «J'ai le plaisir d'annoncer que notre très talentueux ministre adjoint de la Défense Patrick Shanahan, assumera le titre de ministre de la Défense par intérim à partir du 1er janvier 2019», a tweeté M. Trump.

M. Shanahan occupe le poste d'adjoint au Pentagone depuis juillet 2017, d'après le site internet du ministère. Auparavant, il a été vice-président du constructeur aéronautique américain Boeing, chargé de la logistique et des opérations, mais aussi vice-président et directeur général de Boeing Missile Defense Systems. Il avait intégré ce groupe en 1986.

Coup de tonnerre à la Maison Blanche

Le départ de Jim Mattis, un homme d'expérience très respecté sur la scène internationale et qui incarnait une forme de stabilité au sein d'une administration traversée de secousses, est un coup dur pour le tempétueux président des Etats-Unis qui apparaît de plus en plus isolé.

Dans un courrier adressé au locataire de la Maison Blanche, cet ex-général des Marines de 68 ans, insiste sur la nécessité pour les Etats-Unis de «traiter les alliés avec respect», marquant implicitement son désaccord avec un président qui a pris pour cible, un à un, au cours des derniers mois, les dirigeants des principales puissances occidentales. «Je pense que me retirer est la bonne chose à faire», ajoute-t-il dans ce courrier qui a eu l'effet d'un coup de tonnerre à Washington.

Nombre d'élus des deux bords ont exprimé leur déception, voire leur inquiétude.

«Lisez sa lettre!»

Des véhicules blindés américains près de la ville syrienne de Manbij le 5 mars 2017 [DELIL SOULEIMAN / AFP/Archives]
Des véhicules blindés américains près de la ville syrienne de Manbij le 5 mars 2017

«C'est un jour très triste pour notre pays», a lancé Nancy Pelosi, chef des démocrates à la Chambre des représentants. «Lisez sa lettre! Je pense que tout le monde dans le pays devrait lire sa lettre de démission», a-t-elle ajouté. En écho, Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate au Sénat, a déploré le départ de l'un des «rares symboles de force et de stabilité» au sein de l'équipe au pouvoir.

Sur Twitter, Donald Trump n'a pas parlé de démission, indiquant simplement que Jim Mattis quitterait ses fonctions «à la fin de février» et qu'il nommerait un successeur «prochainement». Dans sa lettre, le ministre démissionnaire n'évoque pas directement le dossier syrien, si ce n'est pour citer la coalition internationale contre les jihadistes de Daesh comme exemple de l'utilité des alliances.

Mais il sait que son départ sera interprété comme la marque de son clair désaccord avec le magnat de l'immobilier, sur le dossier syrien comme sur d'autres. D'autant que, selon plusieurs médias américains, la présidence américaine a demandé au Pentagone d'envisager un retrait partiel également d'Afghanistan - alors que Jim Mattis avait plaidé et obtenu l'an dernier une augmentation des troupes.

Martelant que les Etats-Unis n'avaient pas vocation à être le «gendarme du Moyen-Orient», Donald Trump a lui défendu jeudi avec force le retrait des quelques 2.000 soldats américains déployés dans le nord de la Syrie, une décision prise contre l'avis de plusieurs membres de son administration.

Poutine se réjouit

Si des questions restent en suspens sur le devenir des frappes aériennes américaines contre Daesh, sur la politique de Washington vis-à-vis de l'Iran dans la région ou encore sur une décision qui laisse le champ libre à la Russie, le milliardaire républicain peut se targuer de tenir une vieille promesse.

«Il est temps que d'autres se battent enfin», a-t-il lancé sur Twitter, estimant que l'Amérique n'avait «RIEN» obtenu d'autre que la perte de vies précieuses et de milliers de milliards de dollars, et invitant «la Russie, l'Iran, la Syrie et beaucoup d'autres» à prendre le relais contre Daesh - dont il avait clamé la veille la défaite.

Son homologue russe Vladimir Poutine, à la manoeuvre en Syrie au côté du régime de Bachar al-Assad, a salué une décision «juste». «Donald a raison», «nous avons porté des coups sérieux à Daesh en Syrie», a-t-il lancé.

Daesh a vu son «califat» autoproclamé se réduire comme peau de chagrin face à de multiples offensives, après une montée en puissance fulgurante en 2014. Mais l'organisation conserve quelques réduits et reste redoutable en raison de sa capacité à mener des attentats meurtriers à travers le monde.

France, Royaume-Uni et Allemagne, alliés des Etats-Unis dans la lutte contre Daesh et cibles régulières de ses attaques, n'ont pas caché leur inquiétude après l'annonce du retrait américain, qui a provoqué levée de boucliers dans la propre famille politique de Donald Trump.

 

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