France-Rwanda : les étapes de la nouvelle et fragile amitié

Paul Kagame avec Emmanuel Macron lors de sa visite à Paris en mai 2018. Paul Kagame avec Emmanuel Macron lors de sa visite à Paris en mai 2018.[Ludovic MARIN / AFP]

Les 25e commémorations du génocide rwandais débutent à Kigali le 7 avril dans un contexte de réchauffement des relations entre la France et le pays d'Afrique de l'Est. Invité à participer aux cérémonies, Emmanuel Macron a répondu négativement, faisant craindre à certains un recul après des mois d'avancées entre les deux pays.

Visite à paris 

Paul Kagamé, le président rwandais se rend en France, à Paris, pour rencontrer Emmanuel Macron les 23 et 24 mai 2018. Une visite lourde de sens, alors qu'il n'était pas venu en France depuis 3 ans. François Hollande était alors au pouvoir, et les relations avec le Rwanda s'étaient encore dégradées. D'ailleurs, depuis 2015, la France ne possède plus d'ambassadeur dans le pays, une absence qui symbolise les tensions diplomatiques. Mais depuis son élection, Emmanuel Macron joue la carte de l'apaisement. Avant cette rencontre parisienne, les deux hommes s'étaient déjà rencontrés à trois reprises. Le pays étant devenu un point d'équilibre dans une région instable, une amitié avec le Rwanda peut donc apparaître stratégique aux yeux du chef de l'État. 

Une rwandaise à la tête de la francophonie

Louise Mushikiwabo est élue à la tête de la Francophonie le 12 octobre 2018. Un choix soutenu par la France et Emmanuel Macron. Beaucoup y voient une manière à peine camouflée pour tenter de se rapprocher encore un peu plus du Rwanda. En effet, le pays a pris un tournant largement anglophone après le génocide de 1994. Le président parle très peu en français, mais surtout, la langue d'enseignement est devenu l'anglais en 2009. L'élection de cette Rwandaise n'apparaît donc pas comme évidente, et ressemble à un cadeau diplomatique fait par la France à Paul Kagame. 

Non-lieu dans un dossier tendu

La justice française prononce le 21 décembre 2018 une ordonnance de non-lieu dans l'enquête sur l'assassinat du président rwandais Juvénal Habyarimana. Il avait été victime d'un attentat le 6 avril 1994 : son avion avait été abattu dans les airs par un missile. L'assassinat du président hutu est considéré comme l'élement déclencheur du génocide contre la minorité tutsi dans le pays, causant la mort d'environ 800 000 personnes selon les Nations Unis. Des proches du président Kagame étaient soupçonnés d'être à l'origine de cet attentat, constituant un point de blocage majeur dans les relations diplomatiques entre la France et le Rwanda. 

Commémorations à kigali sans Emmanuel Macron

Invité par Paul Kagame, Emmanuel Macron a décliné l'invitation aux 25e commémorations du génocide rwandais. Certains craignent que son absence ne crée un refroidissement des relations. Le président «pouvait difficilement aller au 25e anniversaire sans présenter les excuses de la France. Ces excuses auraient pris à revers toute une partie de l'armée française», explique Antoine Glaser, journaliste spécialiste des questions africaines. Alors que l'armée française est toujours accusée de ne pas s'être interposée pendant le génocide, Emmanuel Macron n'a pas souhaité mettre un coup d'accélérateur sur la question après les légères avancées de ces derniers mois. C'est donc le député LREM Hervé Berville, né au Rwanda avant d'être adopté par un couple de Breton lorsqu'il a perdu ses parents dans le génocide de 1994, qui s'y rendra pour représenter le pays. Un choix symbolique afin de pallier l'absence du président français, qui rencontrera lui des membres d'une association de soutien aux rescapés du génocide à Paris le 5 avril.

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