Malgré le Brexit, le Royaume-Uni se prépare aux élections européennes

Nigel Farage, ex-dirigeant du parti eurosceptique Ukip, lance vendredi 12 avril la campagne de sa nouvelle formation, appelée le Parti du Brexit. [Tolga AKMEN / AFP]

Une situation ubuesque. Alors que le Royaume-Uni s'apprête à quitter l'UE, les partis politiques britanniques se trouvent dans l'obligation de préparer les élections européennes de fin mai. La faute au report du Brexit jusqu'au 31 octobre, accordé par les Vingt-Sept à Londres, mercredi 10 avril. Même si Theresa May a toujours pour objectif de sortir de l'UE avant le 22 mai et ainsi d'annuler sa participation au scrutin.

Nigel Farage, ex-dirigeant du parti eurosceptique Ukip, lance ainsi ce vendredi 12 avril à Coventry, dans l'ouest de l'Angeleterre, la campagne de son nouveau parti, appelé le Parti du Brexit, pour lequel il s'est déclaré candidat. Cette figure du camp du «Leave» lors du référendum de juin 2016 organisera le lendemain, samedi 13 avril, son premier meeting, à Birmingham, à quelques kilomètres de là. Qualifiant de «trahison» la demande de report du divorce de Theresa May, il se dit prêt à combattre la «classe politique».

A l'instar du parti de Nigel Farage, les formations politiques minoritaires au Royaume-Uni, qu'elles soient pro ou anti-Brexit, espèrent capitaliser sur la colère des Britanniques vis-à-vis du processus de sortie pour attirer les électeurs. Le Groupe indépendant récemment formé, composé de députés europhiles ayant claqué la porte des partis conservateur et travailliste, a même déclaré qu'il souhaitait faire de ces élections un «référendum par procuration» sur le Brexit.

Au contraire, le parti conservateur de Theresa May se dirige vers ces élections à reculons. Il sait en effet qu'il va sans doute payer dans les urnes sa gestion catastrophique du Brexit, symbolisée par les trois rejets successifs par le Parlement de l'accord de retrait négocié par la Première ministre. Et les sondages vont dans ce sens. D'après une étude réalisée pour le compte du think-tank Open Europe, la formation au pouvoir recueille 23 % des intentions de votes, loin derrière le parti travailliste de Jeremy Corbyn (38 %).

Vers un impact sur le Parlement européen

Derrière les deux mouvements, c'est le Parti du Brexit qui semble tirer son épingle du jeu, avec 10 % des intentions de votes. En prenant en compte l'autre formation europhobe, le Ukip (7,5 % des intentions de vote), les souverainistes pourraient remporter un nombre non négligeable de sièges. Ainsi, dans le contexte d'une montée des partis populistes un peu partout en Europe, cela «pourrait conduire à une poussée plus forte des députés eurosceptiques, avec des conséquences négatives pour l'équilibre des forces au sein du parlement européen», relèvent Larissa Brunner et Fabian Zuleeg, analystes à l'European Policy Center (EPC).

Une participation des Britanniques aux élections européennes pourrait également avoir un impact sur le fonctionnement de l'institution. En effet, certains des Brexiters les plus durs sont prêts à se faire élire, afin de saboter son travail de l'intérieur. «Si nous restons dans l’UE contre notre volonté, démocratiquement exprimée, parce que certains dans l’UE espère que nous changerons d’avis… Ils vont le regretter», a ainsi menacé mardi 9 avril le député conservateur Mark Francois. «Nous deviendrons le cheval de Troie au sein de l’UE et ferons échouer leurs tentatives de poursuivre un projet plus fédéraliste» pour l’Union, a-t-il ajouté.

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