François de Rugy fragilisé mais «déterminé» face à une semaine compliquée

Le ministre de l'Ecologie François de Rugy assiste au défilé militaire du 14 juillet 2019 sur les Champs-Elysées à Paris [Lionel BONAVENTURE / AFP/Archives] Le ministre de l'Ecologie François de Rugy assiste au défilé militaire du 14 juillet 2019 sur les Champs-Elysées à Paris. [Lionel BONAVENTURE / AFP/Archives]

Sauvé ou en sursis ? Le ministre de l'Écologie, François de Rugy, qui reste déterminé à tenir face aux attaques liées à des agapes dispendieuses lorsqu'il était président de l'Assemblée nationale, doit affronter mardi les parlementaires et tenter de calmer une grogne à peine voilée de nombreux pontes de LREM.

Le numéro deux du gouvernement est d'abord attendu mardi après-midi lors des questions au gouvernement. «Il va se faire défoncer, tout le monde va y aller contre lui, et à juste titre», prophétise un député de La République en marche, qui prévient : «Lorsqu'on nous demandera d'applaudir à ses réponses, on se planquera».

En début de soirée, c'est devant les sénateurs que le ministre devra défendre le projet de loi «énergie-climat», «mais ça m'étonnerait que le sujet soit mis sur la table lors des débats», veut se rassurer un ministre.

Dans l'entourage du ministre de l'Écologie, on se borne à indiquer que François de Rugy est «déterminé» à poursuivre son travail.

Les révélations par Mediapart de dîners fastueux organisés quand il présidait l'Assemblée nationale, avec homards et grands crus, de travaux dans son logement de fonction au ministère ou de son appartement près de Nantes l'ont toutefois sérieusement fragilisé.

Convoqué jeudi à Matignon, M. de Rugy a certes réussi à sauver son poste, mais Édouard Philippe a demandé au secrétariat général du gouvernement de diligenter «une inspection». Elle a été confiée à la cheffe de la mission d'organisation des services du Premier ministre, Virginie Aubard, afin de vérifier que les travaux entrepris se conformaient au «respect des règles» et «au principe d'exemplarité», a indiqué Matignon.

Ses conclusions doivent être rendues à la fin de la semaine.

A propos des dîners litigieux, François de Rugy s'est dit prêt à soumettre à «une autorité de contrôle de l'Assemblée» nationale les frais engagés et «à rembourser chaque euro contesté».

Se défendant tout le week-end, il a affirmé avoir rencontré la déontologue de l'Assemblée nationale samedi, l'institution refusant, elle, de communiquer sur le sujet. Dans un entretien au JDD dimanche, il a répété n'avoir rien fait «qui soit en dehors des clous» et a pu s'afficher dans l'axe du président Macron lors du défilé du 14-Juillet à Paris.

«Devoir de sobriété»

L'entourage du ministre est actif depuis une semaine, en relayant tous azimuts soutiens et témoignages de convives aux dîners litigieux, telle une productrice, Yasmina Nini-Faucon, qui a expliqué à l'AFP que le repas auquel elle a participé était «loin d'être luxueux».

Mais le projet d'une tribune de soutien dans la presse initiée par ses proches, finalement jugé inopportun, a été abandonné.

Dès lundi, a été nommé Jack Azoulay en remplacement de la directrice de cabinet limogée, qui a affirmé avoir servi de fusible au ministre.

Dans les rangs de La République en marche, nombreux sont ceux qui craignent que l'épisode dégénère en regrettable série d'été à la Benalla.

«Peut-être que derrière ces enquêtes, quel que soit le résultat, il faudra qu'on se donne des règles encore plus strictes sur les frais de représentation, quelles sont les limites», a glissé lundi sur LCI l'une des secrétaires d'État de M. De Rugy, Emmanuelle Wargon.

L'eurodéputée Nathalie Loiseau a aussi appelé sur France Inter à «un devoir d'exemplarité» et de «sobriété», a fortiori après les crises des «gilets jaunes».

Si beaucoup s'accordent à considérer que ce qui est reproché au ministre n'est ni illégal, ni nouveau, la pratique n'est plus acceptée dans l'opinion. «Drôle d'idée de se mettre en photo avec des bouteilles», cingle un ministre, qui euphémise à propos de la défense «maladroite» de son collègue, et craint «un truc qui va nous suivre».

Mais c'est surtout chez les députés macronistes que la grogne est la plus forte : «En circonscription, c'est horrible», raconte l'un d'entre eux, qui regrette que le ministre n'ait pas été démissionné «dès le départ».

L'intéressé a confié au JDD espérer que les turbulences qu'il subit se termineront «fin juillet». Mais, fait valoir un parlementaire LREM, «si ça continue jusqu'à la semaine prochaine, il va être obligé d'être débarqué». Sans cacher qu'il s'agit d'un souhait partagé par d'autres.

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