Pourquoi Greta Thunberg divise-t-elle autant ?

«Gourou apocalyptique», «prophétesse en culotte courte»... Invitée mardi à l'Assemblée nationale, la jeune activiste suédoise Greta Thunberg ne semble pas faire l'unanimité auprès des politiques français : tandis que certains députés l'acclament, d'autres appelent au boycott de la session parlementaire où elle doit s'exprimer.

La collégienne suédoise a en effet été invité par les 162 députés membres du collectif transpartisan pour le climat « Accélérons » à assister ce mardi à la session de questions au gouvernement et à s'exprimer devant les parlementaires. 

Mais sa récente célébrité et l'engouement autour de sa personne lui vaut quelques attaques. Plusieurs députés, principalement issus des rangs de la droite, se sont ainsi opposés et ce, depuis quelques jours, à sa prise de parole. Mais pourquoi divise-t-elle autant ?

« LA PLACE DES ENFANTS EST À L'ÉCOLE »

C'est principalement sur la forme que Greta Thunberg est la plus attaquée, en particulier en raison de son jeune âge. Le discours de la collégienne âgée de 16 ans est considéré par beaucoup comme illégitime. C'est d'ailleurs le discours tenu par le député Sébastien Chénu, du Rassemblement national, sur Twitter : 

Pour plusieurs représentants politiques, celle qui s'est fait connaitre en séchant les cours chaque vendredi pour manifester devant le parlement de Stockholm et a depuis annoncé faire une pause dans ses études pour mener son combat ne donne pas le meilleur exemple.

Pourtant en phase avec le discours tenu par la jeune militante écologiste, la secrétaire d'Etat Marlène Schiappa, a par exemple soutenu ce lundi que la place d'une fille de son âge n'était pas dans les instances politiques mais bien à l'école. 

«Si je devais avoir, à titre personnel, une toute petite réserve sur l’engagement de Greta Thunberg c’est que je ne crois pas que ce soit un bon modèle pour les enfants de dire qu’on peut se déscolariser pour se consacrer à une cause même si elle est importante», déclarait-elle ce matin sur RMC.

Une ligne suivie par le député LREM de Paris Sylvain Maillard. «Faire la grève de l’école, quel triste symbole. Je suis extrêmement mal à l’aise devant la construction iconique à l’encontre d’une réflexion scientifique. Ce sont les valeurs d’apprentissage et de travail que je veux transmettre à mes enfants», a déclaré le député.

La jeunesse souvent dénigrée de Greta Thunberg est en même temps son meilleur atout. C'est finalement grâce à cela que la collégienne suédoise s'est faite remarquer et qu'elle inspire aujourd'hui d'autres jeunes de son âge à s'engager.

«Le plus important, mais aussi le plus difficile pour les jeunes, c'est de réussir à s'exprimer suffisamment fort pour être entendus, affirmait-elle à La Dépêche à l'occasion de la remise du prix de Liberté. L'un des moyens les plus efficaces que peuvent utiliser les jeunes, c'est de tenter de convaincre leurs parents, ce qui est un excellent moyen de faire avancer les choses». 

«UNE PROPHÉTESSE EN CULOTTES COURTES»

Si elle divise autant, c'est que l'exemple de la jeune femme est d'autant plus suivi. Le député du Vaucluse Julien Aubert n’entend pas «applaudir une prophétesse en culottes courtes». 

Greta Thunberg fait en effet figure de porte-parole d'une jeune génération européenne, entre 10 et 25 ans, déçue par l'inaction politique des Etats, et qui le fait savoir. A Berlin, Bruxelles, Londres, et des dizaines d'autres villes en Europe et ailleurs, des manifestations se tiennent chaque semaine pour protester contre l'inaction climatique, conduites par d'autres jeunes femmes comme Luisa Neubaeur en Allemagne, ou Anuna De Wever et Kyra Gantois en Belgique. 

Du haut de ses 16 ans, Greta Thunberg a été érigée comme symbole, une icône très médiatisée que le monde s'arrache. Elle est reçue aussi bien à la COP 24 qu'au Parlement européen, dans des conférences ou des forums. C'est ce vif engouement autour de l'adolescente écologiste qui inquiète certains députés français.

«GOUROU APOCALYPTIQUE»

S'il y a bien quelque chose qui dérange chez Greta Thunberg, ce sont bien ses discours sans détours. Il faut dire que la rhétorique de l'activiste suédoise se veut volontairement alarmiste sur le dérèglement climatique : «Je ne veux pas de votre espoir, je ne veux pas que vous soyez plein d'espoir, je veux que vous paniquiez», lançait-elle en janvier au forum de Davos. 

Insupportable pour Guillaume Larrivé, candidat à la présidence des Républicains, qui qualifie la jeune militante de 16 ans de «gourou apocalyptique» et appelle les parlementaires membres de son parti à ne pas participer à la rencontre. «J’appelle mes collègues députés à boycotter Greta Thunberg à l’Assemblée nationale. Pour lutter intelligemment contre le réchauffement climatique, nous n’avons pas besoin de gourous apocalyptiques, mais de progrès scientifique et de courage politique», s’agace-t-il sur Twitter. 

Le ton est certes souvent radical mais pour ses défenseurs, Greta Thunberg ne fait qu'avancer des faits bien réels et est régulièrement soutenue par les scientifiques. 

Non au «Greenbusiness»

Nombre des détracteurs de Greta Thunberg lui reprochent de n'être qu'un produit marketing, dont l'argument principal est de mettre en avant sa maladie pour s'attirer la sympathie. L'adolescente est en effet atteinte du syndrome d'Asperger, une forme d'autisme qui altère la communication verbale et non verbale et rend plus difficile l'intégration sociale. Une sensibilité que certains assimilent à de la mise en scène : en avril, l'adolescente est tombée en sanglots lors de son discours tenu au Parlement européen. 

«La planète, oui. Le greenbusiness, non», commentait d'ailleurs Julien Aubert. Le député Les Républicains sous-entend ici que la militante n'est finalement qu'un «perroquet» à la solde des lobbies de l'économie verte. Des accusations formulées depuis plusieurs mois dans la presse suédoise.

Ses présumées connexions  avec Ingmar Rentzhog, conseiller d’un think thank affilié au forum de Davos, ont même été évoquées au mois de février dernier par l’ex-députée écologiste Isabelle Attard dans une tribune titrée «Le capitalisme vert utilise Greta Thunberg». 

Des accusations «hilarantes» a répliqué la jeune fille devant la caméra de Konbini. «Pas une fois je n’ai rencontré de militant climatique qui se soit engagé dans ce combat pour de l’argent. L’idée est absurde et très drôle». 

«Laissez parler les scientifiques»

Certains représentants politiques visent également Greta Thunberg pour la place médiatique qu'elle occupe, aussi bien à la tribune du forum de Davos que dans la presse. Un espace qui prend le pas selon eux sur celui des scientifiques experts du réchauffement climatique.

Elle a beau rappeler ne pas parler au nom des scientifiques tout en citant à de maintes reprises les rapports du Giec (le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), le doute persiste. Reste que la militante sera accompagnée lors de sa venue à l'Assemblée nationale de la climatologue Valérie Masson-Delmotte, vice-présidente du Giec et coordinatrice du rapport sur la limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C.

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