Au Koweït, le trafic d'êtres humains se développe sur Instagram

Certaines femmes vendues sur les applications sont encore mineures. Certaines femmes vendues sur les applications sont encore mineures. [DENIS CHARLET / AFP]

Dans une grande enquête, BBC News Arabic a dévoilé jeudi dernier l’existence d’un grand réseau de trafic d’humains et d’esclavage sur internet et sur certains réseaux sociaux au Koweït. Des femmes seraient achetées pour quelques milliers de dollars et exploitées comme employées de maison.

Les journalistes de BBC News Arabic se sont fait passer pour un couple emménageant au Koweït, et cherchant une domestique. Sur des applications comme Instagram ou 4Sale, ils ont trouvé des centaines d'annonces d'employées de maison «à vendre», avec possibilité de négocier leur prix directement par messages privés avec leurs «propriétaires». 

Leurs interlocuteurs leur conseillent de bafouer les droits de ces femmes, en leur confisquant passeport, téléphone, et en les confinant à l'intérieur de leur maison nuit et jour. Les femmes victimes de ce trafic sont souvent jeunes, parfois mineures, et quittent leur pays d'origine à la recherche d'un travail pour subvenir aux besoins de leurs familles, selon BBC News. Une employée proposée aux journalistes n'avait que 16 ans, alors que la législation du Koweït interdit le travail des employées de maison avant 21 ans. 

Les journalistes ont également été confrontés à des actes et paroles racistes de la part des vendeurs pendant leur enquête. Sur les applications, les femmes sont catégorisées en fonction de leur couleur de peau et de leur origine, avec des tarifs différents. «Les Indiennes sont les plus sales», aurait affirmé un vendeur aux journalistes. 

Urmila Bhoola, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les formes contemporaines d'esclavage, met en cause directement les compagnies qui hébergent ces applications : «Elles promeuvent le marché de l'esclavage en ligne».

Alerté, Facebook, qui possède Instagram, a affirmé à la BBC avoir supprimé et banni un hashtag utilisé par les traficants. Google et Apple, qui hébergent certaines applications utilisées pour le trafic via Google Play et Apple Store, ont également affirmé travailler avec leurs développeurs pour éviter que des activités illégales puissent croître sur leurs applications. Depuis les appels de la BBC, 4Sale a retiré sa catégorie «employé de maison». 

À suivre aussi

Ailleurs sur le web

Derniers articles