Les Etats-Unis et l'Iran veulent-ils vraiment la guerre ?

La guerre est-elle vraiment inexorable ? Après la mort du général Qassem Soleimani à Bagdad le 3 janvier dans une frappe américaine, les menaces, déclarations et rassemblements patriotiques se sont multipliés au Moyen-Orient et aux Etats-Unis. Dernière étape en date : le lancement de 22 missiles iraniens en direction d'une base américaine dans la nuit du 7 au 8 janvier.

Si le bilan matériel n'est pas encore connu, le président américain a assuré dans un discours à la Maison Blanche qu'aucun soldat n'avait été blessé dans l'attaque. Il apparaît cependant clair que l'Iran souhaitait marquer le coup et ne pas montrer de signe de faiblesse après la mort du stratège en diplomatie du régime islamique. L'ayatollah Khamenei, guide suprême de la révolution, a d'ailleurs souligné ce qui lui semble être un succès et une «gifle en pleine face» des Etats-Unis

Dans son discours à la nation, Donald Trump a renouvelé sa détermination à empêcher l'accès à toute forme d'arme nucléaire pour le pays perse, en rappelant que ce dernier avait récemment tiré sur des manifestants (plus de 300 morts selon Amnesty International). Cependant, alors qu'il avait le choix entre une nouvelle représaille et une désescalade, le président américain a ouvert la porte à une baisse des tensions. Malgré l'apposition de nouvelles sanctions économiques «immédiates», il a assuré que les Etats-Unis étaient «prêts à faire la paix avec tous ceux qui le souhaitent». 

Vers une reprise du dialogue ?

Même son de cloche côté iranien juste après l'annonce des missiles le 8 janvier. «Nous ne cherchons pas l'escalade ou la guerre, mais nous nous défendrons», a ainsi déclaré Mohammad Javad Zarif, le chef de la diplomatie. «Avec ces attaques, Téhéran a montré sa capacité et sa détermination à répondre aux attaques américaines, sauvant ainsi la face, tout en choisissant soigneusement ses cibles pour éviter de faire des victimes et ainsi provoquer une réaction de Trump», analyse Annalisa Perteghella, spécialiste de l'Iran à l'Institut d'analyse géopolitique italien Ispi. Une volonté de ne pas augmenter le nombre de morts américain qui a semble-t-il été bien accueillie par le pensionnaire de la Maison Blanche. 

Dans son discours, il a ainsi assuré que l'Iran et les Etats-Unis avaient un ennemi commun, Daesh, et qu'il serait bénéfique pour tout le monde de discuter «sur cela, et sur d'autre priorités conjointes». Si cette tendance se confirme, le président américain peut donc jouer sur son image de négociateur. Il avait d'ailleurs tweeté ces derniers jours que «l'Iran n'a jamais gagné une guerre, mais n'a jamais perdu une négociation». 

Seulement, si la fin des attaques militaires est envisageable, un rapprochement entre les deux pays l'est beaucoup moins. L'Iran refuse de discuter tant que les sanctions économiques ne sont pas levées, chose que Donald Trump ne semble pas prêt à accepter. C'est d'ailleurs pour cela qu'en parallèle des déclarations du chef de la diplomatie, l'ayatollah Khamenei a repris ses postures pré-assassinat de Soleimani, assurant qu'il fallait mettre fin à la «présence corrompue des Etats-Unis dans la région». 

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