La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Layen, a annoncé ce vendredi 6 décembre un accord de libre-échange conclu entre l’UE et le Mercosur afin d’ouvrir le marché européen aux produits latino-américains, chamboulant ainsi bon nombre de normes et contrôles en place sur le Vieux Continent.
Un traité qui va réorganiser en profondeur les filières agricoles européennes. Ursula von der Layen, la présidente de la Commission européenne, a révélé ce vendredi la signature d’un accord de libre-échange conclu entre l’UE et le Mercosur.
We have concluded the negotiations for the EU-Mercosur agreement.
— Ursula von der Leyen (@vonderleyen) December 6, 2024
It marks the beginning of a new story.
I now look forward to discussing it with EU countries.
This agreement will work for people and businesses.
More jobs. More choices. Shared prosperity. pic.twitter.com/4E9z1Ztamc
L’objectif est simple : permettre d’ouvrir le marché européen aux produits latino-américains. Les agriculteurs européens, et notamment français, ont largement manifesté ces dernières semaines contre cet accord, qui doit encore être ratifié par les États européens.
Ce vendredi, le Copa-Cogeca, principal lobby agricole européen, a martelé son opposition face à cet accord, dont le volet agricole «exacerbera les pressions économiques auxquelles sont soumises de nombreuses exploitations».
Un accord censé concerner de «petits volumes»
Cet accord va représenter de «petits volumes» selon la Commission européenne. Les produits du Mercosur, dont les droits de douane seront réduits voire éliminés, seront de 99.000 tonnes maximum pour la viande bovine, soit 1,6% de la production de l'UE. Pour les volailles, ce sera 180.000 tonnes (1,4%) et 190.000 tonnes (1,2%) pour le sucre.
Bruxelles a assuré que l'accord représente des opportunités pour des produits européens aujourd'hui freinés en Amérique latine par les taxes : le vin (actuellement taxé jusqu'à 35%), les chocolats, le malt, le lait en poudre ou les fromages, qui peuvent bénéficier de «l'essor d'une classe moyenne».
Le gouvernement espagnol, qui soutient l'accord, a mis en avant le vin ou l'huile d'olive. Les syndicats agricoles de ce pays s'alarment tout de même, en particulier pour le domaine de l’élevage.
De nombreux secteurs exposés économiquement
Le secteur de la viande bovine pourrait être fortement touché par cet accord car les pays pays du Mercosur fournissent déjà le gros des importations d'aloyaux, des morceaux «nobles». Selon l'Institut de l'élevage, les aloyaux du Mercosur arrivent à des coûts inférieurs de 18% à 32% par rapport aux européens.
La production d'aloyaux en Europe, «c'est 400 .000 tonnes issues de races à viande, donc voir débouler 99 .000 tonnes, ça a un impact», a anticipé Patrick Bénézit, éleveur et vice-président de l'interprofession française de la viande bovine (Interbev). Face à cette crainte, la Commission européenne a argumenté qu’une part des importations comprendra de la viande congelée «de moindre valeur».
Autre filière menacée : celle des producteurs de poulet. Ces derniers redoutent le fait que les Brésiliens se concentrent sur les morceaux les plus rentables, à savoir les filets.
La filière française du sucre, déjà bousculée par les facilités accordées à l'Ukraine, pourrait souffrir de cet accord. En effet, les 190.000 tonnes ne représentent qu'1,2% de la production européenne mais la moitié des exportations de la France vers d'autres pays de l'UE. Les producteurs français craignent de perdre ces débouchés.
Les filières de l'éthanol, du miel, du porc sont aussi exposées, selon Stefan Ambec, économiste à l'institut de recherche Inrae. Il a justifié ces exemples par le risque d'une baisse des prix payés aux agriculteurs européens. «Les coûts de production diffèrent et le problème est que les normes sanitaires et environnementales ne sont pas les mêmes», a résumé ce dernier.
«Aucune conditionnalité» pour le respect des normes européennes
Face aux critiques liées au respect des normes européennes, la Commission européenne a affirmé que «tout produit du Mercosur doit respecter les normes strictes de l'UE en matière de sécurité alimentaire». Toutefois, Bruxelles a admis que les «conditions de production» dans le Mercosur, en matière sociale, environnementale, de bien-être animal, ne seront pas forcément les mêmes qu'en Europe.
C'est «vendu comme un accord de nouvelle génération prenant en compte les aspects environnementaux et climatiques mais les engagements sont faibles: il n'y a aucune conditionnalité», a résumé M. Ambec, co-auteur d'un rapport scientifique au gouvernement français.
En matière sanitaire, l'importation de viande traitée aux hormones de croissance restera interdite. En revanche des viandes issues d'élevages usant de certaines pratiques pourtant prohibées dans l'UE, comme l’usage d'antibiotiques activateurs de croissance ou de certaines farines animales, pourront entrer sur le Vieux Continent.
«La traçabilité est imparfaite»
Autre sujet d’inquiétude pour les détracteurs de cet accord : la traçabilité des produits échangés d’un continent à l’autre.
«En théorie, la viande traitée par exemple aux hormones de croissance ne peut entrer, mais en pratique la traçabilité est imparfaite. Il y a des audits d'abattoirs organisés avec la Commission, mais on ne suit pas facilement le bétail avant cette étape. Le traçage de la naissance à l'abattage, dans le Mercosur, cela n'existe qu'en Uruguay», a synthétisé M. Ambec.
Un audit de l'UE a révélé en octobre dernier des failles dans les contrôles de la viande bovine au Brésil, incapables de garantir l'absence de l'hormone oestradiol, pourtant interdite en Europe. En attendant que les procédures soient revues, le Brésil a suspendu ces exportations.
![La FNSEA a indiqué qu’elle engagerait «tous les moyens au niveau européen pour que cet accord ne soit pas ratifié, ni par le Conseil, ni par le Parlement européen, ni par les Parlements nationaux». [REUTERS/Yves Herman]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/2024-11-26t140734z_923317593_rc20dba804am_rtrmadp_3_europe-farmers-eu-taille1200_675333dc749ad_0.jpg?itok=9D_79bFY)
![En France, les agriculteurs craignent une concurrence déloyale des produits sud-américains, notamment brésiliens. [© REUTERS/Stephane Mahe]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/2024-11-18t170235z_1399816064_rc2q7badny17_rtrmadp_3_europe-farmers-france_6752b4a316617_0.jpg?itok=Iz4bjho0)