Le président Emmanuel Macron a annoncé jeudi que la France reconnaîtra officiellement l’État de Palestine en septembre prochain, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies. Bien que symbolique cette décision historique a provoqué de vives réactions mais pourrait être à l'origine de mesures concrètes.
«La paix est possible». Dans un message publié sur X, le président de la République a confirmé jeudi 24 juillet que la France reconnaîtra l’État de Palestine lors de la prochaine session de l’Assemblée générale des Nations unies, prévue en septembre prochain à New York (États-Unis). Une première pour un pays fondateur de l’Union européenne et membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU.
Si cette annonce intervient alors que la situation au Proche-Orient reste extrêmement tendue - dans le contexte de la guerre entre Israël et le Hamas depuis octobre 2023 - elle pourrait bien relancer le processus de paix, ainsi que l’idée d’une solution à deux États.
Un effet domino en europe ?
À ce jour, 147 pays, principalement en Asie, en Afrique et en Amérique latine, ont déjà reconnu l’État de Palestine. Toutefois aucun membre du G7, qu’il s’agisse de l’Allemagne, du Royaume-Uni ou des États-Unis, n’a officiellement franchi ce cap. Le geste de la France pourrait ainsi avoir un effet domino, notamment en Europe et dans la continuité de l’Espagne, l’Irlande, la Norvège ou encore la Slovénie qui ont procédé à la reconnaissance de l’Etat de Palestine en 2024.
Cette reconnaissance s’inscrit également dans le cadre d’une initiative diplomatique visant à repositionner la France comme un acteur diplomatique incontournable dans le règlement du conflit israélo-palestinien. En franchissant le pas de la reconnaissance, la France entend «apporter une contribution décisive à la paix au Proche-Orient», a en effet écrit Emmanuel Macron dans une lettre adressée au président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.
Des relations diplomatiques plus formelles
D’après Insaf Rezagui, docteure en droit international public et chercheuse à l’université Paris-Panthéon-Assas et à l’Institut français pour le Proche-Orient à Jérusalem, quatre points sont essentiels pour la reconnaissance d’un Etat. Outre un territoire, une population et un gouvernement, il faut une «capacité à entrer en relation avec la société internationale», a expliqué la chercheuse sur France Culture.
La décision française pourrait donc encourager les autorités palestiniennes à revendiquer un statut diplomatique renforcé notamment à l’ONU, où la Palestine dispose d’un siège d’observateur. Membre de la Cour pénale internationale depuis 2015, la Palestine pourra aussi disposer d'une ambassade en France.
Une impulsion pour la solution à deux états
En reconnaissant l’Etat palestinien, la France a réintroduit au cœur du débat diplomatique occidental la question de la solution à deux Etats. Défendue depuis des décennies par une large partie de la communauté internationale, cette solution vise à établir deux Etats – un Etat d’Israël et un Etat de Palestine - chacun avec ses institutions, sa souveraineté, ses frontières, et vivant côte à côte en paix. Elle suppose notamment la création d’un État palestinien en Cisjordanie et à Gaza, avec Jérusalem-Est comme capitale, aux côtés d’un Israël en sécurité.
Si cette vision semble aujourd’hui enlisée dans le processus de paix, le geste français pourrait encourager d’autres pays occidentaux à lui redonner du poids.
Un risque de fracture avec les alliés historiques
«Une partie non négligeable des Israéliens refusent totalement qu'il y ait un État palestinien, Benjamin Netanyahou se battra jusqu'au bout contre la solution à deux États», a affirmé sur France Culture Éric Danon, ancien ambassadeur de France en Israël et spécialiste des questions de sécurité et de défense. Et pour cause, le Premier ministre israélien a fermement condamné l’annonce française accusant Paris de récompenser le Hamas après les attaques du 7 octobre 2023.
Du côté des Etats-Unis, Washington a également fustigé le choix français en dénonçant, par la voix du secrétaire d'État américain Marco Rubio, une «décision impudente qui ne sert que la propagande du Hamas».
Alors que la France a établi une relation bilatérale solide avec Israël, marquée par un soutien constant à l'existence de cet Etat et une diplomatie engagée depuis 1949, sa décision pourrait bien fragiliser ce lien sur plusieurs plans. Emmanuel Macron semble pourtant bien assumer la démarche de reconnaissance de l’Etat de Palestine.
Outre la légitimité du projet d’Etat palestinien, la décision française pourrait intensifier la pression sur les deux parties, Israël comme Palestine, afin d’engager de nouvelles négociations. Si les répercussions concrètes dépendront des suites diplomatiques après septembre, elle pourrait de surcroît ouvrir la voie à de nouveaux soutiens européens pour la Palestine.