La publication d'une offre d'emploi pour un «administrateur de la charia» sur un site gouvernemental britannique le 24 juillet dernier a provoqué l'indignation.
Un poste qui fait scandale. Une annonce pour un poste d'«administrateur d'un tribunal de la charia» – lié à la loi islamique appliquant des règles strictes aux musulmans, publiée le 24 juillet, sur la plate-forme gouvernementale «Trouve un emploi» du ministère du Travail et des Retraites (DWP), a suscité une vive polémique. Plusieurs députés conservateurs ont notamment réclamé des sanctions.
Le poste, rémunéré 23.500 livres sterling (environ 27.495 euros) par an au Centre communautaire de Manchester à Didsbury, impliquait la gestion de toutes les tâches administratives et de secrétariat du Manchester Sharia Council, incluant l'organisation des services sociaux et activités liées à la charia.
Les candidats devaient posséder un diplôme en droit de la charia, ainsi qu'une «expérience professionnelle antérieure dans des domaines liés au droit de la charia et/ou dans des tribunaux de la charia dans des pays musulmans».
«Établir des limites» était une compétence essentielle, l'annonce précisant que : «La nature du travail signifie qu'il est facile de s'impliquer émotionnellement dans certains cas. Fixer des limites garantit que les limites professionnelles ne sont pas franchies».
«La charia n'a pas sa place»
Cette publication, d'autant plus sur un site officiel, a déclenché l'indignation de nombreux députés, surtout à droite de l'échiquier politique, à l'instar de l'indépendant Rupert Lowe, qui a exprimé son «inquiétude» et son «dégoût absolu» dans une lettre adressée à la secrétaire d'État au Travail et aux Retraites, Liz Kendall.
'Shariah Law Administrators' have NO place in Britain.
I've written to Liz Kendall, demanding an urgent explanation and for this poisonous role to be immediately removed from all DWP platforms. pic.twitter.com/VJr3JJ5b54— Rupert Lowe MP (@RupertLowe10) July 27, 2025
«Le DWP promeut et facilite l'intégration d'un système juridique parallèle au Royaume-Uni. La charia n'a pas sa place en tant que cadre juridique reconnu dans notre pays. Elle est fondamentalement incompatible avec le droit britannique et notre mode de vie», a-t-il ajouté, exigeant de savoir qui avait approuvé l'annonce et sa suppression immédiate.
Tandis que le dirigeant du Parti réformiste, Nigel Farage, a déclaré sur X que les valeurs britanniques étaient «en train d'être détruites», Zia Yusuf, à la tête du département de l'efficacité gouvernementale, a écrit qu'«il n’existe qu'un seul système juridique au Royaume-Uni. Toute tentative de le bouleverser ou de le remplacer devrait être illégale».
Enfin, le conservateur Peter Bedford a affirmé être «consterné si un politicien autorisait le recrutement pour ce type de rôle». «Je soupçonne, une fois de plus, qu'il s'agit d'une fonction publique incontrôlable qui élabore et met en œuvre des politiques contraires à l'autorité démocratique. Cela doit cesser», a-t-il souligné.
Un terme «trompeur»
En réaction, le Centre islamique de Manchester a publié un communiqué sur Facebook le 28 juillet, accusant des personnalités d'extrême droite et des politiciens d'avoir «malicieusement désinformé le public au sujet de ce poste, soit pour inciter à la haine et à des fins politiques, soit par ignorance».
«Nous n'opérons pas en dehors du droit britannique et n'appliquons pas de système juridique parallèle, ce qui serait illégal. Nous opérons dans le respect du droit britannique et toutes nos politiques reflètent le respect de ce droit», a-t-elle ajouté, précisant que la mosquée finance le poste grâce aux dons de la communauté et non le gouvernement.
L'organisme a expliqué que le terme «charia» était «trompeur», car il s'agit en réalité d'un «service d'arbitrage civil et d'accompagnement religieux», sur de nombreuses questions religieuses, qui ne constituent pas un système juridique parallèle, selon la loi sur l'arbitrage de 1996.
La mosquée de Didsbury a annoncé qu'elle signalerait toute menace à la police et a reformulé son annonce afin d'«éviter tout malentendu futur».
85 conseils de la charia actifs
De son côté, un porte-parole du ministère a précisé que l'offre d'emploi a été publiée par un organisme de bienfaisance indépendant, et non par le DWP.
Cette controverse intervient après une enquête révélant que la Grande-Bretagne compterait jusqu'à 85 conseils de la charia actifs, proposant des décisions religieuses sur le mariage et le divorce, bien qu'ils ne soient pas légalement reconnus, faisant de lui le centre occidental de telles institutions.
En outre, près de 100.000 mariages islamiques auraient été célébrés en Grande-Bretagne, et nombre d'entre eux n'ont pas été officiellement enregistrés auprès des autorités civiles.