Adoptée jeudi 16 octobre, la réforme grecque autorisant des journées de travail pouvant atteindre 13 heures est loin de faire l'unanimité auprès de la population.
Alors que les salaires demeurent faibles malgré le redressement économique depuis la crise de 2015 en Grèce, un projet de loi controversé autorisant un salarié du secteur privé à travailler jusqu'à 13 heures par jour a été voté jeudi 16 octobre. Si certains ont dénoncé un «véritable Moyen Âge du travail», d'autres ont accueilli favorablement la réforme.
«Je trouve cela absurde. C'est trop épuisant pour des gens de travailler 13 heures. Je pense que même 8 heures, c'est trop», a déclaré Laoura Samiou, retraitée de l'autorité statistique Héllénique. Nikos Costas, employé du secteur hôtelier, a, quant à lui, estimé que «ceux qui souhaitent travailler davantage et ceux qui le réclament, en particulier les travailleurs saisonniers, en bénéficieront».
Cette réforme, basée sur le volontariat, permet à un employé de travailler jusqu'à 13 heures par jour pour un seul employeur durant 37 jours par an dans le secteur privé, contre une prime supplémentaire d'environ 40%.
Si la possibilité de travailler 13 heures par jour existait déjà pour les personnes ayant plusieurs entreprises, cette nouvelle mesure vise à mieux gérer les périodes d'activité intense, augmenter les revenus des salariés volontaires ainsi qu'à régulariser certaines pratiques souvent non déclarées.
UNE «monstruosité législative»
Actuellement, la durée légale du travail quotidien en Grèce est de huit heures, avec possibilité d'effectuer trois heures supplémentaires. Au deuxième trimestre 2025, 20,9% des salariés de 20 à 64 ans travaillaient plus de 45 heures hebdomadaires, contre 10,8% dans l'ensemble de l'Union européenne, selon Eurostat.
La ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Niki Kerameus, a souligné au Parlement qu'«il existe des travailleurs qui demandent à travailler davantage d’heures» notamment dans le secteur du tourisme, l'un des principaux moteurs de l'économie. La possibilité d'une semaine de travail de six jours en période de forte demande avait déjà été instaurée.
Cependant, des milliers de manifestants ont protesté le 1er et le 14 octobre contre cette réforme, dénonçant la forte dérégulation du marché du travail engagée par le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis depuis sa nomination en 2019.
«La journée de 13 heures n'est pas venue de nulle part. C’est le nouveau maillon d’une chaîne de démantèlement méthodique des droits des travailleurs», a affirmé Nikos Androulakis, le dirigeant du principal parti d'opposition, le Pasok (centre-gauche).
Syriza (gauche), l'une des principales formations de l'opposition, a refusé de participer au vote, qualifiant la réforme de «monstruosité législative, une dérégulation du travail qui s'attaque [...] aux droits fondamentaux» des travailleurs.