Sanae Takaichi, 64 ans, doit accueillir Emmanuel Macron ce mercredi 1ᵉʳ avril. Nationaliste assumée, elle est entrée dans l’histoire en devenant la première femme à diriger le gouvernement nippon grâce à des négociations de dernière minute.
Longtemps reléguée à une figure de l'aile dure du Parti Libéral-Démocrate (PLD) au Japon, Sanae Takaichi est devenue la première femme du pays à endosser le rôle de Première ministre en octobre 2025. Reconduite à ce poste en février dernier, elle accueillera ce mercredi Emmanuel Macron, en visite dans son pays durant deux jours.
Japan's parliament elected ultraconservative Sanae Takaichi as the country’s first female prime minister Tuesday, a day after her party struck a coalition deal with a new partner expected to pull her governing bloc further to the right.
Read more: https://t.co/XYhU26dMaYpic.twitter.com/KbVn0xI9GT— ABC News (@ABC) October 21, 2025
Prévue de longue date pour renforcer les liens économiques et culturels entre la France et le Japon, cette rencontre sera sans doute l'occasion pour les deux dirigeants d'évoquer le conflit au Moyen-Orient. La France, comme le Japon, ont signé une déclaration d'une vingtaine de pays se disant «prêts à contribuer aux efforts» pour accompagner la réouverture du détroit d'Ormuz quand les armes se seront tues.
En octobre 2025, Sanae Takaichi a été élue par la chambre basse du Parlement nippon dès le premier tour avec 237 voix, soit au-delà du seuil de la majorité absolue (233), avant que ce choix soit confirmé à son tour par la chambre haute.

Le jour de sa nomination, elle s'est inclinée plusieurs fois devant les députés, contenant son émotion, avant de se rendre devant l'empereur Naruhito pour officialiser son nouveau rôle, marquant l'apogée d'une carrière longue de plus de trois décennies.
Une politicienne très expérimentée
Née le 7 mars 1961 à Yamatokoriyama, dans le sud du Japon, Sanae Takaichi s’est formée aux sciences politiques avant de se lancer dans une carrière médiatique dans les années 1980, en tant que présentatrice d'émissions de variétés et d'informations.
Ses débuts en politique se soldent par un échec, lorsqu'elle perd aux élections législatives dans sa circonscription natale de Nara en 1992. Mais l'année suivante, elle fait son entrée à la Diète, le Parlement japonais, où elle est réélue quasi systématiquement jusqu'à aujourd'hui.
Membre du PLD depuis 1996, elle occupe divers postes au sein des gouvernements dirigés par Shinzo Abe, notamment celui de ministre des Affaires intérieures et des Communications entre 2014 et 2017 puis entre 2019 et 2020, devenant la première femme à y être nommée.
surnommée la «Margaret Thatcher japonaise»
Ancienne batteuse d’un groupe de heavy metal universitaire et fervente admiratrice de Margaret Thatcher, ce qui lui vaut parfois le surnom de «Margaret Thatcher japonaise» ou de «Iron Lady» nationale, elle a bâti son image sur la défense d’un Japon fort et indépendant, n’hésitant pas à revendiquer un réarmement militaire et une révision de la Constitution pacifiste de 1947.
La politicienne de 64 ans s'est régulièrement opposée à la Chine, estimant à plusieurs reprises que son pays «était complètement méprisé par» Pékin et que Tokyo devrait «faire face à cette menace». En avril dernier, elle avait également apporté son soutien à Taïwan en rappelant qu’il était «crucial» de renforcer la coopération en matière de sécurité entre les deux parties.
Ses adversaires la décrivent comme inflexible, parfois clivante, quand ses partisans saluent sa constance et sa ténacité, dans un système politique dominé par les hommes où peu de femmes parviennent à faire carrière.
Une position fragile devant les parlementaires
Devenant la cinquième personne à diriger le Japon en cinq ans, cette dernière avait remporté le 4 octobre dernier la présidence du PLD, la formation de droite conservatrice au pouvoir quasiment sans interruption depuis 1955.
Cependant, la formation politique est de plus en plus impopulaire en raison de plusieurs scandales financiers. Et le parti vient de perdre son allié traditionnel, le parti centriste du Komeito avec qui il formait une coallition depuis 1999, échaudé par les positions conservatrices de Sanae Takaichi.
Pour assurer son élection à la tête du gouvernement, elle a ainsi dû former une alliance de dernière minute avec le parti de centre droit, le Parti japonais de l’innovation.
Malgré tout, la Première ministre ne possède pas une majorité absolue au Parlement : avec 231 sièges, juste en dessous des 233 nécessaires pour la constituer, elle doit composer avec d’autres partis pour faire adopter ses textes.