Les photos gagnantes du concours European Wildlife Photographer of the Year ont été dévoilées. L'Allemand Luca Lorenz a été sacré Photographe animalier européen de l'année 2025. A seulement 20 ans, il devient le plus jeune photographe à remporter le premier prix dans l'histoire de la compétition.
Le jury international du European Wildlife Photographer of the Year (EWPY), l'un des plus prestigieux concours de photographie de nature au monde, a publié le 24 octobre, le palmarès de sa 25e édition. Cette année, la compétition a enregistré un nombre record de participations, puisque près de 24.500 photos soumises par des photographes amateurs et professionnels de 48 pays étaient en lice.
Le premier prix a été attribué à l'Allemand Luca Lorenz pour une impressionnante photo en noir et blanc d'une chevêchette d'Europe perchée sur une branche, qui tient dans ses serres une souris encore vivante. Sacré Photographe animalier européen de l'année 2025, le photographe berlinois de 20 ans devient le plus jeune lauréat de l'histoire de la compétition.
«Au cours de notre sélection, une image calme, presque sobre, a retenu notre attention. Nous nous sommes soudainement retrouvés transportés hors du chaos du monde, directement dans une forêt d'épicéas parfumée à la résine. Le photographe nous offre un aperçu de la vie cachée d'une créature silencieuse et discrète, un animal qui ne se révèle qu'à ceux qui font preuve de patience et de respect. C'est une histoire intemporelle de vie et de mort, racontée sans brutalité ni sang, sans gagnants ni perdants, sans jugement moral. Un rappel nuancé et doux qu'il n'y a pas de mal dans la nature», a déclaré au nom du jury, le photographe italien multiprimé Bruno D'Amicis.
Créé en 2001, le concours European Wildlife Photographer of the Year est organisé depuis 22 ans par la Société allemande pour la photographie de nature (GDT – Gesellschaft für Naturfotografie e.V.) et est devenu au fil du temps, une référence en matière de photographie naturaliste, bien au-delà des frontières de l'Europe.
grand gagnant - photographe animalier européen de l'année 2025

«Désespoir silencieux – et pas seulement du point de vue de la souris ! Pendant plusieurs jours, j'ai observé de loin un trou dans un arbre au cœur d'une forêt allemande, dans lequel nichait un couple de chevêchettes d'Europe (Glaucidium passerinum). Un jour, la femelle a disparu, probablement tuée par une chouette hulotte ou un faucon. Lorsque les petits ont quitté le creux au bout d'une semaine environ et se sont perchés sur les branches, incapables de voler, le mâle a eu beaucoup de mal à s'occuper seul d'eux. Le lendemain matin, après leur première nuit à l'extérieur, j'ai trouvé le mâle tenant une souris dans ses serres pendant plusieurs minutes. Une scène inhabituelle : il ne faisait aucun geste pour la manger, elle était clairement destinée aux oisillons. Le mâle les appelait sans cesse, mais aucune réponse ne venait. J'avais l'impression de voir le désespoir dans ses yeux lorsqu'il les cherchait, alors que je prenais cette photo. Les oisillons ne sont jamais revenus. Ils ont probablement été victimes d'un prédateur lors de cette première nuit. Cette situation m'a brisé le cœur», a raconté Luca Lorenz, photographe naturaliste autodidacte et membre de la Société allemande pour la photographie de nature (GDT). Le Berlinois de 20 ans a déjà reçu de nombreuses distinctions dans de prestigieux concours internationaux pour son travail.
1er prix - catégorie jeune photographe (jusqu'à 14 ans)

«Un matin d'août au Col de la Colombière, dans le massif des Bornes, en Haute-Savoie, en France, le brouillard enveloppait de manière pittoresque les rochers sur lesquels reposaient quelques bouquetins (Capra ibex). Le troupeau comprenait également un petit chevreau particulièrement vif. Il n'arrêtait pas de grimper et de descendre les rochers. Cela ressemblait un peu à des enfants qui veulent absolument jouer et qui agacent leurs parents, qui aimeraient bien dormir encore un peu», a déclaré le Français de 13 ans Lubin Godin, unique photographe animalier tricolore à avoir été distingué dans le concours cette année.
1er prix - catégorie oiseaux

«La plupart des lacs et des rivières de ma région natale située au centre de la Norvège, gèlent en hiver, mais une rivière en particulier reste toujours libre de glace un peu plus longtemps que les autres cours d'eau. C'est pourquoi les oiseaux aquatiques, notamment les cygnes chanteurs (Cygnus cygnus), s'y rassemblent souvent. En cette froide journée de février, de fortes chutes de neige avaient transformé la forêt en un décor féérique blanc, contrastant fortement avec la rivière sombre. Afin de restituer la situation dans tous ses détails, j'ai utilisé mon drone et réglé la vitesse d'obturation sur 1/25 s pour rendre visibles les mouvements des flocons de neige», a expliqué le Norvégien Terje Kolaas, ornithologue et photographe renommé.
1er prix - catégorie autres animaux

«Quelques jours après que les grenouilles rousses (Rana temporaria) aient pondu leurs œufs, les tritons alpestres (Ichthyosaura alpestris) sont apparus au crépuscule et ont commencé à les manger. J'ai essayé de capturer ce moment particulier sous l'eau. Pour ce faire, j'ai placé mon appareil photo dans un boîtier sous-marin étanche, je l'ai fixé avec des poids et je l'ai positionné sous les œufs de grenouille, après avoir réglé manuellement la mise au point de l'objectif. J'ai attendu qu'il fasse nuit, et lorsque le triton alpestre est apparu, je l'ai éclairé avec une lampe LED et j'ai pris la photo à l'aide d'un déclencheur à distance par câble», a indiqué le Hongrois Tibor Litauszki, photographe animalier multiprimé, installé en Allemagne.
1er prix - catégorie jeune photographe (15-17ans)

«Au cours d'une promenade photographique au début du printemps, je suis tombé sur cette scène où un arachnide ressemblant à un très petit scorpion (Chernes cimicoides), avait capturé un collembole, un arthropode minuscule. Comme je n'avais jamais photographié une telle situation auparavant, j'ai voulu faire de mon mieux pour capturer autant de détails que possible. À partir d'une perspective profonde, j'ai pu prendre 104 clichés avec différents niveaux de netteté à l'aide de mon Ultra Macro, que j'ai ensuite assemblés à l'aide de la technique du "focus stacking" afin d'obtenir une profondeur de champ nettement plus importante que ce qui aurait été possible avec une seule image», a détaillé Alexis Tinker-Tsavalas, photographe allemand de 18 ans.
1er prix - fritz pöLKING PRIZE

«Dans l’ouest du Texas, un crotale à queue noire s'est enroulé sur lui-même sur une bûche, après avoir été déplacé avec précaution du bord de la route par un conducteur qui craignait qu'il ne soit écrasé. Pour augmenter leur température corporelle, les serpents se prélassent souvent sur des surfaces chaudes lorsque la température baisse. Aux Etats-Unis, les serpents à sonnette ont longtemps été systématiquement tués par peur ou par haine injustifiée. Ce sont pourtant d’importants prédateurs, qui aident à réguler les populations de nombreux rongeurs. Leur venin est aussi étudié pour une possible utilisation médicale – y compris pour les traitements anticancéreux et dans la recherche contre la Covid-19», a indiqué l'Espagnol Javier Aznar, biologiste et photographe naturaliste renommé et multiprimé. Cette photo fait partie de son portfolio «Love, hate and rattlesnakes» qui documente la relation ambivalente entre les humains et les serpents à sonnette aux Etats-Unis.
1er prix - catégorie mammifères

«En réalité, j'étais en Andalousie, dans le sud de l'Espagne, pour photographier des lynx ibériques. Le deuxième jour de mon séjour, j'ai appris qu'un lynx avait été aperçu près d'une rivière. Je ne l'ai pas trouvé, mais j'ai découvert une famille de loutres qui chassait dans la rivière. Les loutres d'Europe (Lutra lutra) sont d'excellentes nageuses et des chasseuses de poissons agiles et efficaces. Cette photo montre une loutre qui, après avoir mangé, s'apprête à retourner dans l'eau, son véritable élément. J'ai aimé la végétation monochrome et presque féérique de la rive, qui offrait un cadre parfait à l'élégante loutre», a expliqué Federica Cordero, vétérinaire de formation et photographe naturaliste italienne.
1er prix - fritz pöLKING junior PRIZE

«Près de Ny-Alesund, village le plus septentrional du monde, dans l'archipel norvégien du Svalbard, des icebergs des glaciers du Kongsfjorden flottent vers le large. Ces icebergs offrent aux eiders à duvet (Somateria mollissima) des aires de repos sûres et confortables pour se reposer entre deux plongées. Les nuages sombres qui planent au-dessus de la mer, combinés aux bleus vifs de la glace, créent un magnifique décor pour photographier ces canards marins dans leur habitat arctique», a indiqué le photographe norvégien de 22 ans Tobias Gjerde, en légende de cette photo issue de son portfolio «Norwegian Winter», consacré à la faune confrontée aux conditions extrêmes de l'hiver norvégien.
1er prix - catégorie l'homme et la nature

«Ce qui ressemble à une fascinante photo sous-marine d'une tortue verte (Chelonia mydas) montre en réalité une méthode de prélèvement de preuves médico-légales pouvant contribuer à l'arrestation de braconniers et de trafiquants d'animaux illégaux. Des colorants fluorescents spéciaux, photographiés sous lumière ultraviolette, révèlent les empreintes digitales, le sang et autres fluides corporels, les traces de poudre et bien plus encore. La doctorante Alexandra Thomas et la cheffe de projet Louise Gibson, du département Wildlife Crime and Forensics de la Zoological Society of London, développent de telles méthodes pour aider les forces de l'ordre. Les sept espèces de tortues marines présentes dans le monde sont classées comme menacées, en danger ou en danger critique d'extinction en raison de la persécution humaine, de la destruction de leur habitat ou de la pollution des mers», a expliqué la Germano-Britannique Britta Jaschinski, célèbre photographe naturaliste spécialisée dans les crimes contre la nature.
1er prix - catégorie monde sous-marin

«Des polychètes nettoient le sable de leurs terriers au milieu d'une prairie sous-marine dans les eaux espagnoles de la Méditerranée. Représentants une communauté immense et diversifiée adaptée à la vie souterraine dans la mer, ces vers fouisseurs jouent un rôle central dans le maintien de la circulation de l'oxygène et des nutriments dans les couches sédimentaires supérieures de la mer, une fonction clé qui anime tout un écosystème caché sous le substrat. Toutes les prairies sous-marines des côtes du monde, la richesse des estuaires et des bancs de vase en eaux profondes, ainsi que l'énorme biodiversité des fonds marins mous des océans dépendent de l'existence de cette communauté méconnue. Leur action collective et discrète a donc des conséquences considérables à l'échelle planétaire. Sur place, il n'était pas rare d'observer un panache de sable s'échapper d'un des monticules de vers en forme de volcan. Mais en capturer deux en même temps était une autre histoire. Pour réaliser cette photo, j'ai effectué 20 plongées de 5 heures chacune pendant deux mois, allongé immobile sur le fond marin à 8 mètres de profondeur, attendant la situation espérée», a détaillé l'Espagnol Angel Fitor. Biologiste marin et photojournaliste spécialisé des écosystèmes aquatiques, son travail a été récompensé par des grands prix photographiques à maintes reprises.
1er prix - catégorie plantes et champignons

«Des flammes ardentes, des troncs d'arbres incandescents et des nuages de fumée illuminés dans les montagnes de grès de l'Elbe, territoire situé à l'Est de l'Allemagne et au nord de la Tchéquie, lors de la première nuit qui a suivi le plus grand incendie de forêt jamais enregistré dans cette région, à l'été 2022. Une catastrophe naturelle de cette ampleur dans le cœur de mon travail photographique quotidien était difficile à imaginer pour moi. Depuis l'incendie, j'accompagne photographiquement les changements rapides de la nature dans cette région. J'ai essayé de documenter non seulement la destruction, mais aussi la régénération progressive», a déclaré Tobias Richter, photographe paysagiste allemand et membre de la Société allemande pour la photographie de nature (GDT).
1er prix - rewilding europe award

«Chaque année, des scientifiques élèvent des centaines de milliers de larves d'esturgeon atlantique afin de les réintroduire dans la région de la mer Baltique. En 2024, les cent premiers esturgeons atlantiques adultes (Acipenser oxyrinchus) ont été relâchés en Suède. Là-bas, scientifiques et défenseurs de l'environnement travaillent main dans la main pour marquer les animaux et mettre en place un système de surveillance permettant de suivre leurs mouvements migratoires après leur remise en liberté. Après avoir été marqués, les esturgeons sont placés dans des cages par petits groupes pendant trois jours afin de s'habituer à leur nouvel environnement avant de conquérir leur nouvel habitat. Le projet de réintroduction est en cours depuis plus de 20 ans et plus de quatre millions d'alevins d'esturgeons atlantique ont déjà été relâchés en Allemagne, en Scandinavie, en Pologne et dans les pays baltes. L'esturgeon atlantique n'atteint sa maturité sexuelle qu'après plus de dix ans, ce qui rend sa survie extrêmement difficile sans aide lorsque la densité de population est faible», a relaté Jon A. Suarez, biologiste de formation et photographe espagnol. Membre de la Société allemande des photographes animaliers depuis 2015, ses photos ont été primées en Allemagne mais aussi à l'étranger.
1er prix - le studio de la nature

«Par un matin glacial, je me promenais dans des bâtiments abandonnés près de chez moi, à la recherche de motifs de glace sur les fenêtres. L'une des vitres présentait un impact de balle autour duquel s'étaient formés de fascinants ornements de glace. Cette image m'a inévitablement fait penser à la guerre en Ukraine. J'ai vu dans cette scène un magnifique ange de la mort sans visage, venu prendre soin des victimes de la guerre. Un moment où j'ai pris conscience une fois de plus à quel point la guerre est proche», a déclaré le photographe naturaliste finlandais Hannu Ahonen.
1er prix - catégorie paysages

«Cette photo a été prise à bord d'un brise-glace qui effectuait une mission de recherche en Antarctique. Le soleil avait atteint son point le plus bas pendant le jour polaire et projetait sa lumière dorée sur le bord de la barrière de Shackleton, dans l'est de l'Antarctique. Au cours de cette expédition, j'ai appris à apprécier le charme de la simplicité. Bien que minimaliste dans sa composition, cette image traduit les éléments fondamentaux du système climatique antarctique : l'atmosphère, la glace et l'océan, ainsi que la complexité silencieuse de leurs interactions», a confié David Menzel, photographe et vidéaste et climatologue allemand.