Au Mali, les forces islamistes du JNIM affiliées à al-Qaida tentent de déstabiliser l'économie nationale et visent le contrôle global du pays. Leur objectif passe notamment par leur souhait de prendre la capitale, Bamako, où ils imposent déjà un blocus dévastateur.
Au Mali, la peur grandit. Depuis de nombreux mois, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), réalise des attaques ciblées. Blocus, attentats, enlèvements d'étrangers, campagne de communication par la peur, cette frange affiliée à al-Qaida tente même de prendre le contrôle de la capitale, Bamako.
Ces dernières semaines, les groupes armés de combattants du JNIM ont bloqué des routes principales privilégiées des camions-citernes, perturbant ainsi les lignes d'approvisionnement vers la ville la plus importante du pays.
Cette stratégie vise à affaiblir économiquement le Mali, qui, de par sa géographie, ne possède aucun accès à la mer, et qui est donc dépendant des axes routiers, notamment ceux qui rallient les ports de Dakar (Sénégal), Abidjan (Côte d'Ivoire) ou encore Nouakchott (Mauritanie) pour acheminer stocks d'hydrocarbures, de poissons, de fruits ou de légumes.
En particulier, ils ciblent la Route Nationale 1 (RN1) qui permet de joindre Bamako depuis Dakar via Kayes et Diboli. Fin août, ils y avaient incendié des engins de chantier, ce qui a nécessité une intervention de la société chinoise COVEC, pour permettre de circuler à nouveau sur cet axe essentiel pour le commerce national.
Cette stratégie qui vise à asphyxier l’économie malienne pourrait porter ses fruits dans les prochaines semaines, la capitale ne bénéficiant pas de stocks, de réserve stratégique en matière d'énergie et les prix de certains produits de première nécessité étant déjà en hausse.
Face aux attaques surprises menées par les jihadistes, l’armée a été déployée pour sécuriser les convois. En privant Bamako de ces ressources nécessaires, le JNIM veut faire tomber la ville et faire du pays un Etat islamiste, en y appliquant une interprétation stricte de la charia.
Tout comme l'Afghanistan ou la Syrie, dirigés par les talibans, le JNIM impose déjà des codes vestimentaires et des sanctions par le biais de tribunaux. En plus de s'en prendre à l'économie du pays, les jiadhistes cherchent à traumatiser la population en filmant leurs attaques, notamment celles sur les routes, et en les mettant en ligne.
«le pays s'effondre sous nos yeux»
Si Bamako vacille, c'est aussi parce qu'une grande partie du Mali est déjà sous le contrôle des jiadhistes : depuis le mois de juillet, les katibas du groupe, soit des unités de combattants, s’en sont prises à d'autres villes importantes de la région comme Kayes, Nioro-du-Sahel et Niono.
Les autorités ont par exemple imposé un couvre-feu à Kayes, qui a duré jusqu'au 30 septembre. Seuls les véhicules militaires et les ambulances pouvaient y circuler. Interrogé par The Guardian, un ministre malien resté anonyme a déclaré : «Je ne veux pas paraître alarmiste, mais le pays s'effondre sous nos yeux. Je ne serais pas surpris qu'un autre coup d'État se produise dans les prochains jours».
Un constat d'autant plus plausible que le Mali a déjà subi deux coups d'Etat réussis en cinq ans et cinq depuis son indépendance, en 1960.
Face à cette situation et aux «risques sécuritaires», des pays comme les États-Unis et le Royaume-Uni ont annoncé l'évacuation de leur personnel «non essentiel» et de leurs familles. Le département d’État américain a même «ordonné aux employés non essentiels et à leurs familles de quitter le pays en raison des risques sécuritaires».
Cette décision a notamment fait suite au kidnapping effectué par le JNIM, qui a attaqué sept sites industriels étrangers dans la région de Kayes et enlevant trois personnes de nationalité indienne. Leur objectif était de décourager les investissements étrangers pour affaiblir davantage l'économie du pays.
L'ambassade des États-Unis a ensuite exhorté l'ensemble ses ressortissants à «quitter immédiatement» le pays par des vols commerciaux. Plus tard, l'Australie, l'Allemagne et l'Italie ont également incité leurs ressortissants à quitter les lieux au plus vite.