Ils sont plusieurs centaines de mercenaires irakiens à avoir rejoint les rangs de l'armée russe depuis 2024 pour combattre sur le front en Ukraine. Ces jeunes soldats aguerris, désireux de quitter un pays miné par la corruption et un chômage endémique, cèdent aux sirènes des recruteurs du Kremlin, très actifs sur les réseaux sociaux.
Mohammed, 24 ans, comme tant d'autres Irakiens, s'est laissé tenter par les promesses du Kremlin. Depuis 2024, une centaine de jeunes soldats de ce pays du Moyen-Orient auraient intégré les rangs de l'armée russe, fascinés par l'appât du gain, pour le meilleur ou pour le pire. Mohammed, lui, n'a pas plus donné de signe de vie depuis mai.
Dans la guerre qu'elle a déclenchée contre l'Ukraine en 2022, la Russie a déjà perdu des dizaines de milliers d'hommes. Et peine à mobiliser au sein de sa population. Dès le début de l'invasion, le Kremlin n'a pas hésité à recruter au-delà de ses frontières en faisant appel à des mercenaires syriens. Désormais, l'armée russe s'est spécialisée depuis plusieurs mois dans le recrutement de jeunes Irakiens via... Les réseaux sociaux.
Un recrutement en échange d'un salaire en or
C'est principalement sur Telegram et WhatsApp que des influenceurs prennent contact avec de potentiels futurs soldats. Le plus grand canal de recrutement, appelé «Drug Rossii» (soit «les amis de la Russie»), diffuse ainsi des annonces promettant la citoyenneté russe, un salaire de 2.800 dollars par mois - quatre fois la solde d'un militaire en Irak -, une prime d'engagement pouvant atteindre jusqu'à 20.000 dolars, une assurance ou encore une indemnisation en cas de blessure.
Des arguments difficiles à refuser pour des jeunes élevés dans un pays miné par la corruption et la gabegie où un tiers de la population active est au chômage.
Ils «ne se battent pas pour une idée. Ils cherchent un emploi», commente l’ambassadeur d’Ukraine en Irak Ivan Dovhanych. Pour recevoir une invitation de Moscou, il suffit de presque rien : seulement d'un passeport, d’une adresse, et d’un numéro de téléphone.
«Des Héros» selon vladimir poutine
Munaser a rejoint l’armée russe en 2024 et détient aujourd’hui un passeport russe. Ce combattant irakien est lui-même devenu un recruteur. Sur sa chaîne Telegram, il propose des invitations pour Moscou et partage, comme les autres influenceurs, une série de termes militaires à apprendre en russe, comme : «les munitions sont épuisées», «mission accomplie», «nous subissons des pertes», «attaque de drone suicide» ou encore des vidéos où l’on peut voir le président russe Vladimir Poutine qualifier ces combattants étrangers de «héros».
Les Irakiens ne sont d’ailleurs pas les seuls étrangers à rejoindre les rangs russes. Parmi les mercenaires, on trouverait des Népalais, des ressortissants de différents pays d’Asie du Sud, ou encore des combattants africains, parfois enrôlés de force. Auxquelles s'ajoutent les 12.000 soldats nord-coréens (selon les chiffres de Kiev) envoyés par Pyongyang, dont 5.000 depuis septembre.