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L'ONU affirme que la Birmanie a besoin d'élections «libres, équitables, inclusives et crédibles»

La junte militaire birmane est principalement soutenue par la Chine et la Russie. [© REUTERS/Stringer]

La junte birmane a lancé dimanche des élections législatives très contestées, présentées comme un retour à la démocratie cinq ans après le coup d'État. Excluant l'opposition et organisées sur fond de guerre civile, elles sont largement dénoncées par la communauté internationale.

Des élections législatives, largement restreintes et critiquées à l'international, ont débuté dimanche en Birmanie à l'initiative de la junte au pouvoir. Les autorités militaires présentent ce scrutin comme un retour à la démocratie, près de cinq ans après le coup d'État de février 2021 qui a renversé le gouvernement civil et plongé le pays dans une guerre civile toujours en cours.

Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, a affirmé publiquement que l'élection était «libre et équitable» après avoir voté tôt dans la capitale administrative, Naypyidaw. «Elle est organisée par l'armée, nous ne pouvons pas laisser ternir notre nom», a-t-il déclaré.

Aung San Suu Kyi est toujours en prison

L'ancienne dirigeante Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, demeure emprisonnée. Âgée de 80 ans, elle purge une peine cumulée de 27 ans de prison, notamment pour corruption et infractions aux règles sanitaires. Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, vainqueur écrasant des élections de 2020, a été dissous par la junte, tout comme la majorité des formations d'opposition.

Selon des observateurs indépendants, les partis ayant remporté près de 90 % des sièges lors du dernier scrutin démocratique sont absents des bulletins de vote. La législation électorale actuelle criminalise toute critique du processus, avec des peines de prison pouvant atteindre plusieurs décennies.

Des élections partielles dans un pays en guerre

Peuplée d'environ 50 millions d’habitants, la Birmanie est aujourd'hui morcelée par les combats. Les élections ne se tiennent pas dans de vastes régions contrôlées par des groupes rebelles ou des forces de résistance, notamment dans les États Shan, Kachin et Karen. Le scrutin est organisé par phases successives sur plusieurs semaines, uniquement dans les zones sous contrôle militaire.

«Cette élection ne changera pas la situation politique du pays», estime Hman Thit, 23 ans, depuis une zone tenue par les rebelles, «les frappes aériennes et les atrocités continueront».

La première phase du vote a néanmoins débuté dimanche à 6h à Rangoun, Mandalay et Naypyidaw. À Rangoun, certains électeurs se sont présentés dès l'aube. «L'élection est très importante et apportera le meilleur au pays», a déclaré à l’AFP Bo Saw, premier votant dans un bureau du quartier de Kamayut, non loin de la résidence d'Aung San Suu Kyi.

Une légitimation du pouvoir militaire dénoncée

Le Parti de l'union, de la solidarité et du développement (USDP), proche de l’armée, est donné largement favori. Pour de nombreux observateurs, ce scrutin vise avant tout à institutionnaliser le pouvoir militaire par une façade civile, sans remettre en cause le contrôle de l'armée sur les leviers politiques et sécuritaires.

Les Nations unies, plusieurs pays occidentaux et des organisations de défense des droits humains ont dénoncé un processus ni libre, ni inclusif, rappelant que l'avenir de la Birmanie ne peut être décidé sans la participation réelle de l'ensemble de sa population, dans un pays ravagé par les violences, la répression et une crise humanitaire majeure.

La junte militaire est principalement soutenue par la Chine et la Russie. Cela s'explique pour des raisons avant tout stratégiques. 

Pékin voit la Birmanie comme un corridor clé vers l'océan Indien et un maillon essentiel des Nouvelles Routes de la soie. Elle privilégie donc la stabilité et la protection de ses investissements, tout en rejetant les sanctions et l'ingérence occidentale. 

La Russie y trouve un partenaire politique et un important client pour son industrie d'armement, dans un contexte d'isolement international depuis son offensive en Ukraine. Moscou comme Pékin défendent une vision de la souveraineté opposée aux pressions occidentales sur les droits humains.

La deuxième phase du scrutin doit se tenir dans deux semaines, sans pouvoir être organisée dans environ une circonscription sur cinq de la chambre basse. La troisième et dernière phase est prévue le 25 janvier.
 

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