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«La fin de l'OTAN ?» : comment la Chine pourrait tirer avantage de la crise avec le Groenland ?

Entre 2012 et 2017, les investissements directs de la Chine au Groenland représentaient plus de 11 % du PIB du territoire. [Ritzau Scanpix/ Mads Claus Rasmussen via REUTERS]

Bloquée par l’OTAN dans sa tentative d’implantation au Groenland depuis près d’une décennie, la Chine se réjouit du récent regain de tensions entre les Etats-Unis et les pays de l’Union Européenne qui pourrait aboutir à la fin de cette alliance politico-militaire et favoriser les intérêts de Pékin dans la région.

Une potentielle aubaine sur le plan économique pour la Chine. Le président américain Donald Trump est attendu ce mercredi au Forum économique mondial de Davos dans un climat rendu électrique par sa volonté d'annexer le Groenland au risque de faire éclater l’organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN).

Le président américain a insisté sur le fait que le Groenland, territoire autonome danois riche en minerais, est vital pour la sécurité des Etats-Unis et de l'Otan face à la Russie et à la Chine, alors que la fonte des glaces dans l'Arctique ouvre de nouvelles routes et que les superpuissances rivalisent pour obtenir des avantages stratégiques.

«La paix mondiale est en jeu ! La Chine et la Russie veulent le Groenland, et le Danemark est impuissant», a écrit le chef d’Etat américain sur Truth Social ce samedi.

Il a accentué la pression en menaçant d'imposer de nouveaux droits de douane allant jusqu'à 25% à huit pays européens pour leur soutien au Danemark, ce qui a incité l'Europe à menacer les Etats-Unis de représailles.

La fin de l’OTAN ferait les affaires de la Chine

La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a souligné devant le Parlement Européen ce mardi «un risque grandissant que la Russie et la Chine poursuivent leur présence accrue dans la région», notamment en raison de l’affaiblissement de l’OTAN.

«L'occupation du Groenland par Trump signifierait la fin de l'OTAN, une perspective qui ravirait grandement le peuple chinois», a abondé Wang Wen, professeur à l'Université Renmin de Pékin, pour The Guardian.

«Les stratèges chinois perçoivent le réseau d’alliances américain comme l’un des atouts stratégiques les plus importants des États-Unis face à la Chine, et la possibilité que ce réseau soit mobilisé contre la Chine est pour eux une source de vive inquiétude… L’effritement des alliances américaines présente de nombreux avantages pour Pékin», a analysé Andrew Small, directeur du programme Asie au Conseil européen des relations étrangères, dans les colonnes du journal britannique.

Officiellement, Pékin s’oppose aux tentatives des États-Unis de saper la Charte des Nations Unies, un traité qui garantit la souveraineté des États. Lundi, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a exhorté les États-Unis à cesser d'instrumentaliser la «prétendue menace chinoise» au Groenland comme prétexte pour imposer des droits de douane aux pays européens.

Un blocage sur les investissements chinois au Groenland

Entre 2012 et 2017, les investissements directs de la Chine au Groenland représentaient plus de 11 % du PIB du territoire, soit une part bien plus importante que dans les autres pays arctiques.

La volonté du Groenland d'attirer les investissements chinois pour exploiter ses ressources minières s'est parfois heurtée aux préoccupations sécuritaires du Danemark, qui gère la sécurité et les affaires étrangères du territoire, ainsi qu'à celles d'autres alliés de l'OTAN.

Depuis près d’une décennie, les investisseurs chinois ont ainsi eu beaucoup de difficultés à s'implanter durablement dans la région en raison de l'opposition des États-Unis et du Danemark. En 2016, une entreprise chinoise s'était vu refuser l'acquisition d'une base navale abandonnée au Groenland, puis ce fut le cas d’une autre entreprise publique chinoise voulant étendre le réseau groenlandais en 2018.

En 2019, Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain de l’époque, avait déclaré que l'influence de Pékin risquait de créer une «nouvelle mer de Chine méridionale» autour du pôle Nord. Il s’était alors engagé à renforcer la présence américaine dans la région pour contrer cette entreprise menée par Pékin.

Le vœu chinois d’une «route de la soie polaire»

En 2018, la Chine se décrivait dans un livre blanc comme un «État quasi-arctique» avec des intérêts importants dans la région. Elle y indiquait sa volonté de construire une «route de la soie polaire grâce au développement des routes maritimes arctiques».

En octobre dernier, une première étape dans cette quête a été franchie avec la première traversée de la Chine vers l'Europe par la Route maritime du Nord, une voie maritime longeant la côte arctique russe. Le porte-conteneur chinois avait relié Ningbo, dans l'est de la Chine, au port de Felixstowe, dans le Suffolk, en seulement 20 jours, soit près de la moitié du temps de trajet habituel.

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