Alors que l’Unesco permet de protéger et de valoriser les lieux qu’elle considère comme ayant une «importance culturelle ou naturelle exceptionnelle pour l'humanité», plusieurs sites classés par le label «patrimoine mondial» ont demandé à ne plus l’être.
Un impact négatif. Inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, plusieurs sites touristiques à travers le monde ont demandé à sortir de ce classement. Voici lesquels et pourquoi.
L’Unesco est un comité international des Nations Unies qui a pour but de préserver certains lieux précis du monde pour des raisons historiques, culturelles, géographiques ou encore naturelles. La liste du patrimoine mondial est née après la Seconde Guerre mondiale pour que ces sites ne soient plus menacés par les conflits, l’industrialisation ou la modernisation.
Les premiers lieux inscrits, douze au total, l’ont été en 1978. Depuis, la liste compte désormais 1.248 sites répartis dans 170 pays. Parmi eux, on retrouve notamment le Machu Picchu et la Grande Muraille de Chine mais aussi des lieux beaucoup moins célèbres, tels que les églises en bois de Maramureș en Roumanie et les anciennes oasis marocaines d'Aït-Ben-Haddou .
Cette inscription permet de bénéficier de financements internationaux pour le bien et la conservation du site en question et est également l’un des outils les plus influents pour le promouvoir aux yeux du monde. Mais, selon la BBC, deux endroits classés au patrimoine mondial de l’Unesco ne souhaitent plus l’être, car l'impact serait pour eux négatif.
Un surtourisme trop important
Le premier, le minuscule village de Vlkolínec, situé dans les montagnes du centre de la Slovaquie. Il s’agit d’un hameau aux allures médiévales et pittoresques qui compte plus de maisons que d’habitants. Seules vingt personnes y résident et se partagent 45 cottages colorés et dispersés autour d’un clocher du XVIIIe siècle.
Vlkolínec a été inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 1993 pour son architecture unique. Depuis son classement dans cette liste, plus de 100.000 visiteurs s'y rendent chaque année. Un nombre bien trop élevé pour les locaux qui ont récemment estimé que ce surtourisme entraînait trop de problèmes difficiles à résoudre à leur échelle. Ils ont ainsi exprimé leur volonté de ne plus figurer au patrimoine mondial de l’organisme.
En Tanzanie, la même demande a été faite. Toujours selon la BBC, l’Alliance internationale de solidarité masaï a souhaité le retrait de l’aire de conservation du Ngorongoro, reconnue pour sa faune sauvage.
Cette région d’Afrique abrite plusieurs communautés pastorales et offre des expériences de safari réputées dans le monde entier. Mais selon les populations locales, les politiques de conservation liées au statut de patrimoine mondial ont forcé le déplacement de leurs terres de pâturage ancestrales.
D’autres villes victimes de cette liste
Ces deux sites ne sont pas les seuls à s’être plaints de leur classement au patrimoine mondial de l’Unesco. C’est le cas notamment de Venise, en Italie, inscrite sur la liste depuis 1987. La ville a connu une telle explosion du tourisme qu'elle est devenue l'une des villes les plus surtouristiques d'Europe, provoquant un exode de ses habitants et l’obligeant à prendre des mesures drastiques pour freiner les touristes.
En Chine, dans la ville de Lijiang, réputée pour sa vieille ville et sa culture indigène Naxi, là-encore le tourisme a explosé après son inscription au patrimoine mondial en 1997. Certains quartiers se sont ainsi transformés en zones commerciales, avec des hôtels et des boutiques de souvenir qui ont totalement dénaturé le paysage local.
Enfin, à Marrakech, au Maroc, le surtourisme et les investissements étrangers dans la médina, également inscrite au patrimoine mondial depuis 1979, ont provoqué une flambée des prix de l'immobilier.
Est-il possible de sortir de la liste ?
Malgré les demandes de Vlkolínec et l’Alliance internationale de solidarité masaï, aucun des deux sites ne devrait être déclassé lors de la prochaine session du Comité du patrimoine mondial.
En effet, si l'Unesco est en mesure de classer des sites comme étant «en danger» pour des raisons telles que des conflits armés, des changements climatiques ou encore une urbanisation non maîtrisée, ou encore exiger un renfort des mesures de conservation, elle ne peut pas déclasser un pays pour surtourisme.
Jusqu’à aujourd’hui, l'Unesco n'a retiré que trois sites de sa Liste du patrimoine mondial, tous pour un problème de conservation. En 2007, le sanctuaire de l'oryx d'Arabie a été le tout premier site à être déclassé après qu'Oman a considérablement réduit la superficie censée être protégée pour valoriser ses projets d'exploration pétrolière.
En 2009, le sanctuaire a été suivi par la vallée de l'Elbe à Dresde, en Allemagne, qui a perdu son statut à la suite de la construction d'un pont qui a trop modifié le paysage. Enfin, en 2021, la Cité maritime et commerciale de Liverpool, en Angleterre, a été retirée de la Liste après des désaccords à propos du réaménagement du front de mer.