Le principal rival de Keir Starmer au Labour, Andy Burnham a franchi ce vendredi une étape cruciale dans son ambition de le remplacer à Downing Street en se faisant élire député lors d'une législative partielle. La façon dont il va tenter de l'évincer demeure toutefois incertaine.
Il a déjoué tous les sondages. Andy Burnham, 56 ans, l’a emporté dans la circonscription de Makerfield, proche de Manchester, avec 54,8% des voix contre 34,5% pour le candidat du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage, une victoire beaucoup plus large qu'attendue. Fort de son succès et de sa députation, ce carriériste dans la politique peut désormais se focaliser sur son objectif le plus ambitieux : remplacer le décrié Keir Strarmer à la tête du Labour, et à fortiori à Downing Street.
Andy Burnham se qualifie de socialiste, et plaide pour un «retour aux valeurs socialistes» au sein du parti travailliste. En 2010, il publiait un manifeste mettant en valeur un programme «redistributif, collectiviste, soutenable et internationaliste». Il s'est par ailleurs fermement opposé en 2015 au nationalisme. The Times l'identifiait en 2020 comme «un ancien blairiste» (partisan de Tony Blair, ndlr) faisant partie du New Labour. Les autres médias le qualifiant simplement parmi la gauche modérée.
Un vie consacrée à la politique
Fils d'un ingénieur télécoms et d'une réceptionniste, Andy Burnham est né en 1970 près de Liverpool mais a grandi non loin de Warrington, après la mutation de son père à Manchester. Père de trois enfants dont un fils et deux filles, et marié depuis 2000 avec avec Marie-France van Heel, il se lance dans la politique très tôt, en rejoignant le parti travailliste (Labour) en 1984, avant de se faire élire député de la Chambre des communes pour la première fois en 2001 à Leigh, fief travailliste depuis 1922.
Il a par la suite intégré plusieurs secrétariats d’État, à l’Intérieur, à l’Éducation, ou encore à la Santé, avant d’entrer en 2007 au conseil des ministres, dirigé par Gordon Brown, en tant que secrétaire en chef du Trésor. Malgré plusieurs polémiques, il est finalement candidat en 2015 à la présidence du parti travailliste. Il termine deuxième, avec 19% des voix, derrière Jeremy Corbyn (59,5%). Après cette défaite, il est toutefois nommé secrétaire d'État à l'Intérieur.
Andy Burnham choisit ensuite de quitter Londres pour retourner à Manchester, où il est devenu populaire en modernisant cet ancien bastion industriel et en s'attaquant régulièrement au gouvernement. Le 4 mai 2017, il remporte plus de 359.000 voix et s'impose avec 63,41% des suffrages exprimés dans un contexte de très faible participation à la mairie du Grand Manchester. Andy Burnham prend officiellement ses fonctions de maire le 8 mai 2017. Il est réélu le 6 mai 2021 et le 2 mai 2024.
Direction Downing Street ?
Après la large défaite des travaillistes aux élections locales du 7 mai 2026, des dizaines de députés appellent à la démission du Premier ministre, et Andy Burnham est alors perçu comme un candidat probable à sa succession. Le 14 mai, le député Josh Simons démissionne pour permettre à Andy Burnham de briguer son siège lors d'une élection partielle. Il est ainsi réélu membre du Parlement le 19 juin, dans le but assumé de déclencher un vote interne contre Keir Starmer pour le remplacer comme chef du parti.
L'ambitieux «roi du Nord», comme il est surnommé, a répété pendant la campagne qu'il voulait gagner pour «changer le Labour et le pays». Son succès local en a fait la personnalité politique préférée des Britanniques selon l'institut YouGov - popularité relative, à 35% seulement - faisant de lui l'alternative évidente à un Keir Starmer qui a accumulé les faux-pas en moins de deux ans à Downing Street. Son discours de «disrupteur», selon la presse, «en marge de la politique de Westminster», séduit également.
Plusieurs scénarios
Parmi les successeurs possibles au Premier ministre, Andy Burnham est le seul capable de battre clairement Keir Starmer dans une élection interne, selon les sondages. Pour ce faire, plusieurs scénarios sont possibles. Keir Starmer peut démissionner, ce qui permettrait à Andy Burnham de prendre la tête du Labour sans élection interne - à la condition qu'aucun autre ténor du parti ne souhaite entrer dans la course. Mais le Premier ministre a répété qu'il se «battrait» pour rester à Downing Street.
Un autre scénario serait qu'Andy Burnham et Keir Starmer se mettent d'accord sur une «transition ordonnée», plus longue, qui assurerait une sortie digne à l'actuel locataire de Downing Street et éviterait aussi une élection interne fratricide. Si Keir Starmer devait s'accrocher au pouvoir, il s'exposerait à la démission de plusieurs de ses ministres qui semblent avoir basculé dans le camp d'Andy Burnham. Accentuant la pression pour le contraindre à démissionner.
La dernière option est celle d'une élection interne, déclenchée par Andy Burnham ou un autre prétendant à Downing Street. Selon les règles du parti, le Premier ministre peut être automatiquement candidat, mais ses rivaux doivent rassembler 81 parrainages de députés travaillistes (sur les 400 siégeant à la chambre des Communes). Ce serait une formalité pour Andy Burnham, et l'ex-ministre de la Santé Wes Streeting a également assuré avoir tous les soutiens nécessaires.
Andy Burnham lancera-t-il les hostilités immédiatement ? Il doit s'exprimer prochainement sur le sujet. Certains de ses partisans souhaiteraient aller très vite pour capitaliser sur son élection. Mais d'autres ont laissé entendre qu'il attendrait quelques jours. Le temps peut-être de laisser à Keir Starmer l'occasion d'annoncer son départ. D'autres encore évoquent la nécessité d'assurer d'abord le maintien de la mairie du Grand Manchester aux mains des travaillistes, où la bataille face à Reform s'annonce rude.