Le tribunal de Bourgoin-Jallieu doit rendre ce vendredi 4 juillet sa décision dans l’affaire qui oppose les propriétaires du coq Ricco à leur voisine excédée par le chant du volatile, aujourd'hui décédé.
Une bataille entre urbanité et ruralité. Les propriétaires du coq Ricco, Alexia et Franck Charreton, poursuivis par leur voisine pour les nuisances sonores occasionnées par le volatile, vont être fixés sur leur sort ce vendredi 4 juillet.
En effet, Ricco était accusé de chanter trop fort et trop souvent par sa voisine, installée à Nivolas-Vermelle, dans le nord de l'Isère, en 2021. Pourtant, le coq est arrivé chez ses propriétaires, habitants du quartier depuis vingt-cinq ans, trois ans plus tôt en 2019.
La voisine a donc réclamé à la justice le départ du coq et 4.500 euros de dommages-intérêts.
«Ce n'est pas normal d'arriver dans un lieu où il y a une certaine identité et de vouloir tout changer», a dénoncé, très émue, Alexia Charreton, qui vit avec son mari, ses poules et Ricco dans l'ancienne grange d'une ferme, au sud de l'agglomération lyonnaise.
Campagne ou ville ?
Depuis 2021, le chant des coqs est reconnu comme un «patrimoine sensoriel» des campagnes françaises et est de fait protégé par le droit français. C’est donc l’identité du quartier qui est soumise à l’appréciation des juges.
Si les propriétaires estiment qu’il s’agit d’une «zone rurale», la voisine de son côté, par l’intermédiaire de son avocat, a déclaré que la zone est «faite pour être habitée, on n'est pas en rase campagne» et donc que le chant de Ricco n’y est pas protégé.
«Dormir est un besoin fondamental, posséder un coq n'en est pas un», a asséné Me Briac Moulin, avocat de la plaignante, ajoutant qu'avoir «un coq en ville revêt un caractère d'anormalité».
La voisine reproche au gallinacé de chanter «fréquemment» et «tôt le matin» mais aussi pendant la journée, forçant d’anciens voisins «empêchés de dormir» à déménager.
De son côté, le couple a lancé une pétition recueillant près de 33.000 signatures et a installé une webcam qui filme en continu leur basse-cour, dans laquelle Ricco sort à 8h30 du matin l'hiver et à 9h l'été. Ils ont expliqué avoir décompté le fameux cocorico au maximum «5 à 6 fois dans la journée».
Malheureusement, le gallinacé ne connaîtra jamais le fin mot de cette bataille. En effet, Ricco et deux autres poules ont été tués dans une attaque de renard le 23 juin dernier. Sur leur page Facebook, ses propriétaires ont indiqué : «Ricco aura, malgré lui, connu la célébrité parmi les humains et été le symbole de la résistance du vivant. Nous espérons que jugement lui sera rendu, à titre posthume, car il avait le droit d’être là !»
En 2019, un autre coq, Maurice, était devenu un emblème de la ruralité après avoir été autorisé à continuer de chanter à l'issue d'un conflit de voisinage.