Le 4 avril 2020, deux personnes avaient été tuées et cinq autres blessées lors d’un attentat au couteau à Romans-sur-Isère. Plus de cinq ans après les faits, le procès d’Abdallah Osman Ahmed s’ouvre ce lundi 27 octobre devant la cour d’assises de Paris.
Ce fut une expédition meurtrière au cœur de la Drôme. Le samedi matin d’avril 2020, Romans-sur-Isère, ville de 35.000 habitants, était plongée dans l’effroi.
L’assaillant, armé d’un couteau, s’en était pris à des passants et à des commerçants. Deux d’entre eux avaient perdu la vie, cinq autres avaient été blessés.
Neutralisé par la police, Abdallah Osman Ahmed avait ensuite été incarcéré. Il comparaît à partir de ce lundi 27 octobre devant la cour d’assises du Palais de justice de Paris, sur l’île de la Cité, pour un procès qui doit durer deux semaines.
L’accusé devra répondre des chefs d’assassinats et de tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste. Ce type d’affaires relève d’une juridiction criminelle «spécialement composée», c’est-à-dire sans jurés populaires, seule compétente pour juger les crimes terroristes en France.
vingt minutes d'horreur
Les faits s’étaient déroulés en plein confinement. Abdallah Osman Ahmed, alors âgé de 33 ans, avait déambulé dans le centre-ville armé d'un couteau et animé d’intentions meurtrières.
En une vingtaine de minutes, il avait tué Thierry Nivon, 54 ans, client d’une boucherie, et Julien Vinson, 43 ans, fils du gérant d’un café-théâtre, poignardé devant sa femme et son enfant d'une vingtaine de coup de couteau.
L’assaillant avait également blessé plusieurs passants dans les rues et commerces environnants avant d’être neutralisé par cinq policiers alors qu’il récitait une prière.
Un réfugié soudanais au profil psy complexe
Le parquet national antiterroriste (PNAT) s’était immédiatement saisi de l’affaire. Selon plusieurs témoins, Abdallah Osman Ahmed paraissait «hypnotisé» et «possédé», agissant avec une froideur glaçante et un regard «vide».
Né en 1987 au Soudan, il était arrivé en France en 2017, où il avait obtenu le statut de réfugié et un titre de séjour valable dix ans. Installé à Romans-sur-Isère depuis 2019 avec sa femme, il travaillait dans une usine avant les faits.
Lors des perquisitions, les enquêteurs avaient découvert des documents manuscrits à connotation religieuse, dans lesquels il se plaignait de «vivre dans un pays de mécréants». Son téléphone contenait également des fichiers et images de propagande jihadiste.
Durant l’instruction, Abdallah Osman Ahmed a reconnu avoir porté les coups de couteau, tout en affirmant ne plus se souvenir de rien. Il dit avoir été guidé par «des voix». Trois expertises psychiatriques ont été réalisées.
Deux d’entre elles concluent que son discernement était altéré, mais pas aboli : il restait partiellement conscient de ses actes. «Ce trouble, associé au déracinement, à l’isolement et au début du confinement, a été un élément déclencheur du passage à l’acte», ont estimé les experts au printemps 2024.
La troisième expertise, en revanche, estime que son discernement était totalement aboli. La cour devra trancher cette question cruciale, déterminante pour la peine encourue.
Une possible perpétuité
La motivation terroriste sera également au cœur des débats. Selon Ici Drôme-Ardèche, l’accusé a déclaré ne pas se considérer comme un «moudjahidine».
Il assure n’avoir «aucun lien avec une organisation terroriste» et pratiquer sa religion de manière «normale».
Pour ces assassinats à caractère terroriste, Abdallah Osman Ahmed encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Si la cour retient l’altération de son discernement, la peine maximale pourrait être de trente ans de réclusion.