La gauche unitaire annonce sa primaire pour l’automne 2026 afin de désigner un candidat unique pour l'élection présidentielle de 2027. Malgré le refus de Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann, les responsables PS, EELV et Génération.s veulent créer une dynamique commune, avec un calendrier et des conventions thématiques pour bâtir le «Front populaire 2027».
Depuis quelques semaines, les appels à la tenue de primaires en vue de l’élection présidentielle de 2027 se multiplient, à droite comme à gauche. La gauche unitaire, qui défend une candidature commune, a fixé sa primaire à l'automne 2026, lors d'un rassemblement ce samedi 15 novembre à Trappes (Yvelines).
Le patron du Parti socialiste Olivier Faure, la cheffe des Écologistes Marine Tondelier, les ex-députés LFI Clémentine Autain (L'Après) et François Ruffin (Debout!) ainsi que le coordinateur de Génération.s Benjamin Lucas se sont retrouvés avec Lucie Castets, figure de l'union de la gauche en 2024, pour concrétiser l'idée d’une candidature commune annoncée en juillet à Bagneux (Hauts-de-Seine).
Une primaire confirmée malgré les absences
Tous se sont accordés sur le principe d'une primaire à «l'automne 2026», a annoncé Lucie Castets. Les détails, date et modalités, seront révélés dans la première quinzaine de décembre.
Même si les deux candidats de gauche les mieux placés dans les sondages, Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Raphaël Glucksmann (Place publique), refusent de participer, Lucie Castets reste optimiste. «On a toujours espoir. La dynamique est là. Toutes les personnes présentes à Bagneux le 2 juillet dernier ont répondu présentes», a-t-elle assurée.
Marine Tondelier a critiqué l’attitude des absents : «Il est assez incompréhensible de vouloir briguer les plus hautes responsabilités politiques en ayant peur du vote des électeurs de son propre camp.»
Olivier Faure a nuancé : «Le problème, ce ne sont pas les éléphants. Regardez ici, vous avez des souris. Et souvent, ce sont les souris qui finissent par l'emporter. La question pour nous, c'est le trou de souris par lequel il faudra passer pour gagner face à une extrême droite présentée comme triomphante». «Quand il y aura eu cette primaire, que des millions de gens auront exprimé leur choix, ceux qui se seront mis à l’écart le regretteront», a-t-il conclut.
François Ruffin a reconnu l’incertitude qui entoure cette annonce : «Je ne sais pas si le pari de la primaire sera gagnant, mais nous le faisons parce que c’est le seul qui nous donne une chance».
Les participants de cette union ont ouvert une première convention sur l'éducation, qui sera suivie d’autres consacrées à l'industrie, l'emploi et les questions internationales. L’ensemble vise à construire le projet commun du «Front populaire 2027».
Une recette souvent synonyme de défaite
En France, les primaires sont un outil politique récent. La première, organisée par le PS en 1995, départageait Lionel Jospin et Henri Emmanuelli. Elle fut remportée par Jospin, battu ensuite par Jacques Chirac au second tour de l'élection présidentielle. Les primaires ont été réitérées en 2006 puis ouvertes au grand public en 2011, remportées par François Hollande, jusqu'ici le seul président élu après une primaire.
Côté droite, LR a adopté ce processus en 2016, avec un succès record de 4,4 millions de votants, mais François Fillon, désigné par la primaire, fut battu dès le premier tour, à cause notamment d’affaires judiciaires.
Depuis, les primaires ont perdu de leur crédit. Les derniers exercices, pour le PS et Les Républicains, ont produit des candidats défaillants : Benoît Hamon (6% en 2017), Valérie Pécresse (4,78% en 2022) et Anne Hidalgo (1,75% en 2022). Ces échecs montrent que les primaires ont été conçues pour relégitimer des partis affaiblis, en compensant le manque de militants et d'adhérents par une mobilisation médiatique.
Un procédé désuet ?
L'élection d’Emmanuel Macron en 2017 a bouleversé la logique. Un candidat sans antécédent politique majeur, sans parti traditionnel, a remporté la présidentielle avec une formation créée un an plus tôt, En Marche, donnant un coup d'arrêt à l'efficacité des primaires.
Aujourd'hui, ceux qui proposent ces primaires présentent soit un déficit de notoriété (David Lisnard), soit des difficultés dans les sondages (Laurent Wauquiez, Marine Tondelier). Les candidats en position favorable , comme Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann ou Jean-Luc Mélenchon, refusent tout processus de primaire. L'enjeu pour la gauche est donc de créer une dynamique malgré ces absences, en misant sur l'unité et l'adhésion citoyenne.