Bernard Cazeneuve, une force très intérieure

Le ministre du l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, le 2 avril 2013 à Paris [Thomas Samson / AFP/Archives]

Présent en première ligne après les attentats, le ministre de l’Intérieur plaît aux Français par son comportement discret, loin de toute polémique.

 

Est-il si étonnant de savoir que la botanique, qui requiert calme et minutie, est l’un de ses passe-temps favoris ? Le discret Bernard Cazeneuve, à l’Intérieur depuis près d’un an, est désormais un personnage qui compte au sein du gouvernement. Et un ministre qui compte aux yeux des Français. Car en tenant fermement la barre ces dernières semaines, il a révélé une manière de fonctionner destinée à avancer, et non à briller.

 

Un visage rassurant

Sa gestion des attentats, au côté du couple Hollande-Valls, a été saluée par tous. Les deux tiers de la population l’ont en effet trouvé à la hauteur des événements et le voici auréolé d’une forte cote de popularité (52 % d’opinions favorables). Une notoriété que Bernard Cazeneuve a acquise presque malgré lui, face à des caméras qu’il préfère d’ordinaire éviter. Car son style est, justement, de ne pas vraiment en avoir.

"A la manière d’un Lionel Jospin, il n’est pas dans le flamboyant", explique Philippe Moreau Chevrolet, spécialiste en communication politique. Une version largement plus effacée, donc, que certains de ses prédécesseurs, que ce soit Manuel Valls, Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin ou Charles Pasqua. Une incarnation, aussi, de la présidence "normale" souhaitée par François Hollande. Car pour Bernard Cazeneuve, travailleur acharné, l’action prime sur la communication. Mais là encore, presque sans le vouloir, cette dernière fonctionne.

Certes, un Français sur deux juge l’ancien juriste ennuyeux ou technocrate, selon un sondage Odoxa, mais il avance avec rigueur, toujours posément, ses arguments. "Sa diction est lente, professorale, chaque syllabe est détachée, pour apporter de la pédagogie, pas de la séduction", ajoute P. Moreau Chevrolet. Une méthode qui montre aux citoyens un visage rassurant dans un contexte si délicat, sans pour autant tomber dans la stratégie politique. Car si Bernard Cazeneuve a redonné à son poste une vraie touche "à l’ancienne", il n’y voit pas, semble-t-il, un tremplin pour l’avenir.

De Bercy à Beauvau

S’il est aujourd’hui place Beauvau, le ministre le doit en partie à sa proximité avec François Hollande, lui le fidèle parmi les fidèles du chef de l’Etat. "Avec le président, […] nous n’avons pas besoin de nous parler pour nous comprendre", confiait-il récemment à Paris Match. Un soldat de confiance qui a baigné dans la famille socialiste dès l’enfance, avec un père responsable du PS de l’Oise.

Fabiusien, l’ancien membre des cabinets ministériels a su attendre son heure, propulsé en 2013 à Bercy, au Budget, pour remplacer Jérôme Cahuzac. Une opération déminage réussie qui lui a permis d’accéder, une fois Manuel Valls parti à Matignon, au poste de "premier flic de France".

L’idée de mettre un homme qui préfère les dossiers au terrain pouvait paraître périlleuse. Mais ce pari apparaît aujourd’hui gagnant.

 

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