«Avoir le cœur brisé» est bien plus qu’une simple expression. La médecine montre aujourd’hui qu’un choc affectif intense peut réellement atteindre le cœur et mettre notre vie en danger. Mais peut-on vraiment mourir d’un chagrin d’amour ?
Rupture, deuil, trahison amicale… Certaines douleurs émotionnelles semblent insurmontables. Si l'expression «avoir le cœur brisé» décrit le plus souvent un choc émotionnel, derrière celle-ci, se cache une réalité médicale bien réelle. Dans de rares cas, un choc émotionnel violent peut mettre la vie en péril. C’est ce qu’on appelle le syndrome du cœur brisé, aussi appelé syndrome de «Takotsubo».
Le syndrome de «Takotsubo» est une maladie cardiaque rare qui en vient à mimer une crise cardiaque après un stress psychologique intense. Les patients atteints ressentent de fortes douleurs thoraciques qui peuvent s'accompagner d’un essoufflement ou d’un malaise. À l’électrocardiogramme et aux analyses sanguines, tout semble indiquer un infarctus du myocarde.
Mais, lors d’examens plus poussés, les résultats révèlent que les artères coronaires ne sont pas bouchées. C’est grâce à l’échocardiographie, que les professionnels de santé vont noter la présence d’une anomalie temporaire du ventricule gauche qui se déforme et prend une forme caractéristique de «ballon de rugby», appelée «ballonisation apicale». Cette image rappelle un piège à poulpe japonais, le «takotsubo», qui a donné son nom à la maladie.
Les femmes, davantage exposées
Le syndrome de «Takotsubo» a été décrit pour la première fois dans les années 1990 par le Japonais Hikaru Sato. Selon les données du docteur Jean-Jacques Durjardin, «sur 100 infarctus, 1 à 2 sont en réalité des syndromes de Takotsubo». La maladie est donc «rare, mais loin d’être exceptionnelle», a-t-il déclaré dans un entretien à nos confrères de Ouest-France.
Décès, séparation, accident... Ce syndrome naît à la suite d’un choc émotionnel intense. Il peut aussi, surgir plus rarement, après un événement heureux, comme un mariage. Toutes ces situations ont un point en commun : celui de provoquer une production massive d’adrénaline autrement dite l’hormone du stress.
Pour certaines personnes, cette décharge hormonale trop importante entraîne une réponse inadaptée du cœur. Le muscle cardiaque est temporairement à l’arrêt, ce qui entraîne la baisse brutale de sa capacité à pomper le sang. Les analyses montrent souvent une élévation de la troponine, protéine du muscle cardiaque qui permet la contraction musculaire, marqueur de souffrance cardiaque, mais à un niveau généralement inférieur à celui observé lors d’un véritable infarctus.
Le syndrome de «Takotsubo» concerne majoritairement les femmes ménopausées, âgées en moyenne de 70 ans. Avant la ménopause, les œstrogènes jouent un rôle protecteur pour le système cardiovasculaire. Après leur chute brutale, le cœur devient plus vulnérable aux effets du stress intense, ce qui pourrait expliquer pourquoi les femmes sont plus sujettes à cette maladie.
Peut-on en mourir ?
Si la maladie est à prendre au sérieux, dans la grande majorité des cas, l’évolution est favorable. Le cœur récupère assez rapidement, sans séquelles, et la déformation du ventricule gauche disparaît en quelques jours, voire semaines.
Toutefois, dans de très rares situations, des complications graves peuvent survenir lors de la phase aiguë comme des troubles du rythme cardiaque sévères, une insuffisance cardiaque aiguë, voire un décès.
Non, la «maladie d’amour» n’est pas un mythe. Même si les cas graves sont rares, un chagrin d’amour ou un choc émotionnel majeur peut bel et bien provoquer une atteinte cardiaque grave et dans certains cas être mortel.