La saison 2024 a marqué un tournant dans la carrière du tennisman français Ugo Humbert avec une incroyable succession de victoires. De ses triomphes inattendus à Marseille et Dubaï à sa finale à Bercy, le tennisman français, 14ᵉ mondial, revient pour CNEWS sur sa saison intense.
En pleine préparation pour la saison 2025, Ugo Humbert, actuellement 14ᵉ mondial au classement ATP, s’apprête à relever de nouveaux défis. Présent à Londres pour la grande finale de l’Ultimate Tennis Showdown (UTS), disputée dans la Copper Box Arena de Londres, le tennisman français de 26 ans est revenu sur son année exceptionnelle.
Après un début de saison inattendu, ponctué de succès à Marseille et Dubaï, Humbert a su surmonter les doutes et la pression pour terminer en force avec des finales remarquables à Tokyo et Bercy. Dans un entretien exclusif pour CNEWS.fr, il a partagé ses réflexions sur les leçons tirées de cette saison, son approche mentale et physique du jeu, et l'importance d'un entourage sain pour réussir dans un sport exigeant. À travers ses confidences, Ugo Humbert dévoile une facette plus personnelle de son parcours, déterminé à continuer sa progression vers les sommets du tennis mondial.
Avez-vous conscience que vous venez de réaliser une saison extraordinaire ?
J’ai commencé ma saison avec un état d'esprit précis : celui de ne rien attendre. J'ai gagné Marseille et Dubaï alors que je ne devais pas les gagner. J'ai dû faire la pire semaine d'entraînement de toute ma carrière juste avant Marseille. Je suis arrivé là-bas, je n'avais aucune confiance. Je me disais «tu joues et tu verras bien» et finalement, je me retrouve avec la coupe. A Dubaï, je remporte aussi le tournoi alors que dès le premier tour, j'ai mal à la hanche et mon kiné pensait que je n'allais pas finir le tournoi.
Toute la deuxième partie de saison, j’avais en tête le fait que je voulais absolument finir dans le top 8 pour aller aux Masters et ça m'a mis une pression supplémentaire. Je regardais beaucoup les résultats des autres et je ne voulais surtout pas qu'ils me passent devant.
Tense rally between Monfils and Humbert
— UTS Tour (@uts_tour_) December 7, 2024
WATCH #UTSLondon by @builderai all around the world: https://t.co/VaW00fmXGopic.twitter.com/U8oPeDPR4f
À quel moment avez-vous pris conscience qu’il fallait relâcher la pression ?
À partir de la tournée en Asie, je me suis dit que je devais y aller à fond. De toute façon, je n'allais pas me qualifier et je ne pouvais pas maîtriser les résultats des autres. Finalement, je me retrouve à faire une finale à Tokyo et une autre à Bercy. Et sans y avoir pensé, j'étais à deux matchs de terminer dans le top 10 qui était l’un de mes objectifs principaux en début de saison.
En parlant de Bercy, avez-vous senti que ce tournoi vous a fait passer un cap ?
Faire une finale sur un Masters 1000 faisait partie des étapes à franchir, il fallait que je le fasse aussi pour me prouver que je suis sur le bon chemin. Depuis deux ans, je fais les choses de manière assez juste, j'ai une superbe équipe autour de moi. Ça me donne beaucoup de confiance.
Ressentez-vous un certain plaisir à jouer en France ?
Quand tu joues en France, c'est totalement différent. Les gens sont là pour toi et puis j'ai envie de partager ça avec eux. Toute la semaine de Bercy, j'ai vraiment joué avec mon cœur, j'ai essayé de leur transmettre le plus de choses que je pouvais au niveau des émotions.
Pendant tous les matchs que j'ai joués, j'avais des frissons tout le temps. Quand j’ai perdu à Bercy en finale, on m’a dit que j’avais gagné 14 matchs de suite en France après avoir remporté les tournois de Metz et Marseille. J'adore jouer pour la France, j'adore jouer pour la Coupe Davis, je ne saurais pas l'expliquer, mais il y a un truc en plus.
Vous avez beaucoup joué cette saison, mais vous avez choisi ce tournoi UTS à Londres pour parfaire votre préparation pour la saison 2025. Pourquoi ?
Ce tournoi de Londres tombe réellement au bon moment juste avant l'Open d'Australie. J'ai parlé avec mon équipe, l'objectif que j'ai envie d'avoir cette saison, c'est de passer un cap au niveau physique. Donc sur la première partie de ma préparation, on a été beaucoup sur la musculation, je suis beaucoup allé à la salle de sport.
Et là, on utilise vraiment ce tournoi-là pour travailler le cardio parce que c'est beaucoup plus court entre les points, il n'y a qu'une balle de service. L'effort n'est pas le même. Pour moi, d’ailleurs, la grande différence, c'est le filet, le fait qu'il soit plus court. Dès que tu ouvres les angles, c'est hyper facile de passer sur le côté. Mais c’est aussi plus difficile de défendre quand c’est ton adversaire qui entreprend, c’est très bien.
Tu apprends à te connaître avec les expériences que tu vis
Avez-vous l’impression d’avoir passé un cap mentalement cette saison ?
J'ai travaillé avec beaucoup de préparateurs mentaux. Il faut trouver la personne avec qui ça matche bien et qui te comprend bien. Moi, je travaille avec Sophie Huguet depuis un an et demi et je trouve cela tellement intéressant parce que tu apprends à te connaître avec les expériences que tu vis. Je suis différent en dehors du court et sur le court. C'est pour moi un moyen d'être performant. Il y avait pas mal de barrières psychologiques que je devais retirer parce qu'elles étaient bien ancrées depuis des années.
Au début de ma carrière, je ne me régalais pas forcément avec mon équipe. Quand tu pars sur le circuit, tu passes deux heures sur le court de tennis par jour, après, tu vas à la salle de sport et si tu n'es pas heureux d'être avec les gens qui t'accompagnent, je trouve que c'est triste. C'est une aventure que j'ai envie de vivre avec des personnes qui sont humainement superbes et qui sont là pour moi.
Cette saison a démontré que vous étiez à l’aise face au Top 5 mondial. Est-ce que l’on peut dire que vous n’avez plus peur de personne ?
C'était vraiment le truc qui me différenciait déjà quand j'étais jeune. Je ne crains pas du tout de jouer les meilleurs et c'est pour ça que j'ai toujours des bonnes statistiques contre eux. Depuis que je suis petit, je me dis que c'est le genre de matchs que je rêve de jouer sur les grands courts. Je n'ai pas peur parce que je sais que j'ai le niveau pour battre n'importe qui quand je joue très bien et je me le suis déjà prouvé à maintes reprises.
L’œil de Jérémy Chardy, son coach
«Je pense qu'il a passé un cap physique, mais aussi mental dans la saison. D'ailleurs, il a bien commencé en gagnant ces deux tournois. Après, il y a eu la période où il est devenu favori dans des gros tournois, ce qu'il n'avait pas l'habitude d'être. Son statut avait donc changé et il s'est mis un peu trop de pression. Mais je pense que c'est une période indispensable pour passer un cap, c'est difficile de faire tout d'un coup. Cela l'a beaucoup aidé à progresser mentalement et c'est pour ça aussi qu'il a bien joué en fin de saison, il a réussi à s'habituer à un peu à ce statut tout en continuant à progresser».
