A l'occasion du renouvellement du partenariat entre BNP Paribas et Roland-Garros, Alizé Cornet, capitaine de l'équipe de France féminine de tennis et marraine de la Team Jeunes Talents, est revenue pour CNEWS sur l'importance du financement pour les joueurs et joueuses dans ce contexte de tensions autour du prize money.
Que représente pour vous la reconduction du contrat entre Roland-Garros et la BNP Paribas ?
Pour le tennis français, c'est une excellente nouvelle. On l'espérait quand même secrètement, moi en tant que marraine qui suis très investie au sein de la Team Jeunes Talents. Sans eux, rien n'est possible.
Même historiquement, je trouve que c'est vraiment une très belle histoire qui s'est construite depuis plus de cinquante ans entre la BNP Paribas, Roland-Garros et la Fédé. Et c'est bien, Amélie (Mauresmo, ndlr) l'a très bien exprimé sur scène tout à l'heure, d'avoir cette loyauté dans les collaborations, dans ce monde où tout va tellement vite, et où, parfois, il est dur de trouver des collaborations pérennes.
Concrètement, qu'est-ce que ça apporte ce partenariat et ce programme Jeunes Talents ?
Une carrière de tennis, ça coûte extrêmement cher. Souvent, ce sont les parents qui font le sacrifice pour pouvoir financer les carrières de leurs enfants. Il y a même des jeunes qui doivent arrêter parce qu'ils n'ont pas suffisamment de finances pour aller sur le circuit, pour voyager à l'international, pour payer des coachs. Forcément, à un moment donné, ça vous limite. A partir de 12, 13, 14 ans, quand on sait qu'on a un petit matelas pour pouvoir se donner une vraie chance de voyager, de payer un staff ou du moins un entraîneur, ça professionnalise dès le début.
Et en fait, ça donne une vraie chance pour percer. Avec le programme Jeunes Talents, ce n'est pas que l'aide financière qui est précieuse, c'est aussi toutes les ressources qui sont mises en place pour les jeunes joueurs. On essaie de leur transmettre tout ce que le circuit nous a appris pendant des décennies. Et ça va leur faire gagner un temps fou parce que du coup, ils sont beaucoup plus armés pour faire face à ce milieu.
Une carrière de tennis, ça coûte extrêmement cher
Regardez le fruit de ce travail, avec des jeunes comme Diane Parry, Elsa Jacquemot, Arthur Cazaux, qui font actuellement partie des meilleurs Français. Moi à leur âge, j'aurais adoré faire partie d'une équipe pareille !
Lois Boisson est-elle capable de rééditer son exploit l'année dernière avec une nouvelle demi-finale ?
C'est compliqué parce que je n'ai pas ma boule de cristal, donc je vais avoir du mal à vous répondre, mais je pense qu'elle a tout fait pour être prête pour ce tournoi. Elle aurait aimé être dans des meilleures conditions, elle n'a gagné qu'un match depuis sa reprise, forcément, c'est pauvre pour arriver en pleine confiance à Roland-Garros. Mais l'essentiel, c'est qu'elle aille bien physiquement, mentalement, qu'elle soit en capacité de jouer.
Elle est moins en confiance que l'année dernière où elle était arrivée à Roland avec beaucoup de matchs gagnés. Là, ce n’est pas le cas. Mais elle a tous ses souvenirs de l'édition 2025 qui vont forcément l'accompagner quand elle va rentrer sur un grand court. Après, tout est possible sur un Grand Chelem.
On peut s'attendre à tout
De toute façon, elle nous l'a montré l'année dernière, on peut s'attendre à tout. Réitérer une demi-finale, ça va être compliqué, mais pourquoi pas ? D'autant que le premier tour va être délicat pour plein de raisons : parce que la Russe Anna Kalinskaya est très forte, parce qu'elle n'a pas beaucoup de repères. Néanmoins, si elle arrive à passer ce premier tour, ça peut être un tremplin pour aller plus loin dans le tournoi. Donc j'attends vraiment ce premier tour avec impatience.
Vous avez évoqué Diane Parry, qui a gagné le Trophée Clarins il y a une semaine. Est-ce qu’elle pourrait être la belle surprise de cette édition ?
Bien sûr. Diane (Parry, ndlr) a un super tennis. Pour le coup, c'est vraiment une de mes joueuses de l'équipe de France. Je sais ce dont elle est capable. Elle l'avait montré très tôt quand elle a battu la tenante du titre Barbora Krejcikova sur le central de Roland-Garros en 2022. Elle a depuis des résultats qui ne la satisfont pas. C’est une joueuse très ambitieuse. D’autant plus quand elle évolue sur terre battue.
Quelle joueuse peut être la belle surprise de cette édition 2026 ?
J'ai envie de me laisser surprendre. Je sais mieux que personne à quel point c'est compliqué de jouer ici, à quel point c'est un mélange entre du stress et de l'excitation. On va voir laquelle s'en sort le mieux et arrive à déployer son meilleur tennis.
Donc je n’ai pas de pronostic comme ça là tout de suite, mais j'espère bien voir plusieurs Françaises décrocher un billet pour la deuxième semaine.
Justement, on a parlé de Loïs Boisson, de Diane Parry, quel regard portez-vous sur cette nouvelle génération ?
On a des joueuses au profil super sympa et encore jeunes qui ne sont effectivement pas loin d'être dans le top 100. Je n'oublie pas Clara Burel aussi qui a souffert d'une grosse blessure mais qui tennistiquement est là, elle joue les top 100 tous les jours. Diane Parry, Elsa Jacquemot, Sarah Rakotomanga. Ksenia Efremova qui arrive, elle n'a que 17 ans, mais elle est numéro 1 mondiale junior.
J'entends souvent dire que le tennis féminin va très mal, mais laissons le temps à ces joueuses-là aussi de s'épanouir. Le temps de maturité n'est pas le même pour chacune. Mais en tout cas, je vois ce qu'elles mettent au quotidien pour y arriver, l'investissement dans leur carrière.
Il faut les pousser, il faut rester positives, dans le bon état d'esprit. Ce n'est pas en les enfonçant, en répétant que le tennis féminin va mal qu'il va rayonner. Soyons dans un cercle vertueux.