Il y a quelques jours, Clairefontaine a accueilli la eCoupe de France avec l'envie de faire évoluer la place des femmes dans le eSport.
Dans les allées mythiques de Clairefontaine, là où les plus grands noms du football français ont écrit leur histoire, une autre compétition tente de faire évoluer les mentalités : l’eCoupe de France. Pendant plusieurs jours, les meilleurs joueurs et joueuses de EA Sports FC, anciennement FIFA, se sont affrontés dans un cadre symbolique, entre passion du football, esprit de compétition et volonté de faire avancer la place des femmes dans l’esport.
Parmi les participantes, Émeline Dauriac, nouvelle championne de France féminine, incarne cette génération qui refuse de voir le jeu vidéo compétitif réservé aux hommes. Derrière son sacre, il y a des années de travail, de persévérance et un combat plus large : celui de la reconnaissance des femmes dans le milieu du gaming et de l’esport.
«Je n’avais même pas de manette à l’époque»
L’histoire d’Émeline avec FIFA commence comme beaucoup d’histoires de gamers : avec peu de moyens mais énormément de passion. «J’ai commencé sur FIFA 14, sur ordinateur, avec un clavier et une souris. Je n’avais même pas de manette à l’époque», raconte-t-elle avec le sourire. Très vite, elle participe à des tournois organisés dans des centres de loisirs près de chez elle. Plus qu’un simple jeu, FIFA devient alors une manière de vivre sa passion du football et de découvrir le goût de la compétition. «C’est comme ça que j’ai aimé le football et la compétition FIFA», confie la jeune femme.
Au fil des années, la joueuse progresse, s’entraîne et découvre un univers encore très masculin. Mais malgré les difficultés, elle continue d’avancer avec un objectif clair : prouver que les femmes ont toutes leur place dans l’esport.
Clairefontaine, un symbole fort
Pour les passionnés de football, mettre les pieds à Clairefontaine représente déjà un rêve. Pour Émeline Dauriac, cette qualification à l’eCoupe de France avait une saveur encore plus particulière.
«Quand on aime le football, on aime ce lieu. C’est là où l’équipe de France masculine et féminine est passée. C’est un honneur d’y être. C’est rare de pouvoir mettre les pieds ici», avoue la joueuse. L’organisation de la compétition dans ce lieu emblématique envoie aussi un message fort : l’esport est désormais considéré comme une véritable extension du football moderne. Et la Fédération Française de Football travaille depuis plusieurs années à mettre davantage les femmes en avant dans cette discipline.
Une progression encore fragile
Cette année, elles devaient être neuf joueuses qualifiées pour la phase finale. Finalement, un contretemps a empêché l’une d’entre elles de participer. Malgré cela, Émeline voit une évolution positive. «Les hommes nous acceptent un peu plus aujourd’hui. Les femmes se battent aussi pour être davantage mises en valeur. C’est cool de mélanger les deux et que les hommes voient que le niveau des femmes est tout aussi intéressant». La progression reste toutefois lente. Dans certains départements, le nombre de joueuses est encore très faible.
Pourtant, les initiatives locales commencent à porter leurs fruits. «Dans mon département, il n’y a en général pas assez de femmes. Mais cette année, on était seize, ce qui est énorme», raconte Émeline. Au delà de la compétition, la jeune femme est également organisatrice du tournoi dans son département. Après avoir remporté la phase départementale, puis la compétition régionale face à une autre joueuse, Émeline décroche sa qualification pour la grande finale à Clairefontaine.
Un manque de reconnaissance encore présent
Si la visibilité progresse, les inégalités restent importantes. Dans cette eCoupe de France, les hommes bénéficient de cash prizes pour les demi-finalistes et les finalistes. Du côté féminin, aucune récompense financière n’est prévue. «Nous, on ne remporte rien du tout. Ça nous met en valeur, c’est déjà mieux que rien, mais il n’y a aucun gain financier». Une distinction que la jeune femme explique par la reconnaissance des hommes dans le milieu contrairement aux femmes.
Une situation qui illustre le retard de la France dans la reconnaissance de l’esport féminin. Selon Émeline, certains pays européens ont déjà pris de l’avance. «Les femmes sont reconnues au Portugal ou en Espagne. En France, ce n’est pas encore le cas». Son ambition dépasse largement les résultats sportifs. Elle souhaite contribuer à faire évoluer tout un écosystème.
Une nouvelle génération prête à prendre sa place
Pour tenter de faire bouger les lignes, Émeline multiplie les initiatives. Elle contacte des joueurs professionnels, des mairies, des communes et des organisateurs afin de développer davantage les compétitions féminines aux niveaux départemental et régional. «Mon objectif, c’est de faire changer les mentalités et mettre davantage en lumière les femmes dans l’esport ». À long terme, son rêve est clair : devenir joueuse professionnelle et permettre à d’autres femmes de vivre elles aussi de leur passion. « Mon but, c’est que ce soit reconnu aussi en France pour que les autres puissent vivre de ça… et moi aussi », confie la championne 2026 de l’eCoupe de France.
Au-delà du simple tournoi, l’eCoupe de France à Clairefontaine a surtout montré qu’une nouvelle génération de joueuses est en train d’émerger. Passionnées, ambitieuses et déterminées, elles réclament aujourd’hui les mêmes opportunités, la même visibilité et la même reconnaissance que leurs homologues masculins. Dans un univers longtemps fermé, chaque victoire compte. Celle d’Émeline dépasse le cadre d’un trophée : elle représente un signal fort pour toutes les jeunes filles qui rêvent, elles aussi, de transformer leur passion du football virtuel en véritable carrière.