Les samedi 13 et dimanche 14 juin prochains, l'Accor Arena accueillera le tournoi de Paris de sumo. Du jamais vu depuis plus de trente ans en France.
Après trois décennies d’absence, le sumo professionnel est de retour en France. Samedi 13 et dimanche 14 juin, l’Accor Arena accueillera un tournoi exceptionnel réunissant l’élite du sumo japonais. À l’origine de ce projet hors norme : David Rothschild, producteur de spectacles, passionné de culture japonaise et d’arts martiaux, qui aura consacré plus de dix ans à faire renaître cet événement à Paris.
Pour David Rothschild, cette aventure dépasse largement le cadre sportif. Producteur de spectacles, spécialiste des événements asiatiques et pionnier de la K-pop en France depuis 2010, il a également travaillé sur des productions françaises majeures aux côtés d’artistes comme Taylor Swift, U2, Depeche Mode ou Robbie Williams. Pourtant, derrière cette carrière impressionnante, se cache une fascination ancienne pour le Japon.
«Dix ans pour qu’ils me fassent confiance»
«Ça ne m’a jamais lâché», raconte-t-il en évoquant ses débuts dans l’apprentissage du japonais à Nice, à la fin des années 1980. Mais c'est en 1995, que sa fascination pour le Japon s’amplifie, lorsqu’il assiste pour la première fois à un combat de sumo lors d’un voyage au pays du soleil levant. Ce n’est qu’une décennie plus tard que l’idée de faire revenir les rikishis en France émerge dans son esprit. Pendant des années, il tente de convaincre la Japan Sumo Association d’organiser un événement en France. Les premiers contacts restent sans réponse. Jusqu’à ce qu’un simple message LinkedIn, il y a trois ans, fasse basculer le projet : «On est prêts à venir en France, ça vous intéresse ?»
Commence alors un long travail diplomatique et logistique, rythmé par des voyages à Tokyo, des réunions hebdomadaires et des négociations minutieuses. «Il m’a fallu deux semaines pour confirmer, mais dix ans pour avoir l’idée et dix ans pour qu’ils me fassent confiance», résume-t-il.
Pourquoi 30 ans d’absence ?
La dernière venue du sumo professionnel à Paris remonte aux années 1990, à l’époque de Jacques Chirac, passionné assumé du Japon et grand amateur de sumo. Pour l’organisateur, c’est ce lien historique qui explique en partie le long silence : beaucoup voyaient l’événement comme initiative diplomatique exceptionnelle, presque impossible à reproduire.
Du côté japonais, la pandémie de Covid-19 a gelé les projets d’internationalisation. Au moment de relancer cette ouverture au monde, la France est apparue comme une première destination évidente, en raison de nos liens historiques avec les sumos. Le Japon voit dans l’Hexagone un territoire particulièrement réceptif à sa culture : mangas, gastronomie, musique, tourisme ou arts traditionnels y rencontrent un succès durable. Paris servira ainsi de point de départ à une stratégie plus vaste : organiser, à terme, un grand événement de sumo sur chaque continent.
Une organisation hors norme
Pendant deux jours, l’Accor Arena, qui a par ailleurs été choisie pour son lien symbolique avec Bercy, lieu de la précédente édition, sera entièrement transformée pour respecter les codes du sumo traditionnel. Un véritable dohyo, la plateforme recouverte de sable sur laquelle les luttes entre sumos ont lieu, sera installé au centre de la salle. Les premiers rangs accueilleront des coussins au sol, comme au Japon, pour une ambiance plus immersive. Autre point essentiel pour que l’événement se déroule dans les meilleures conditions : le respect des standards imposés par la tradition japonaise.
Comme l’explique David Rothschild, faire voyager des rikishis nécessite «une organisation minutieuse». La dimension protocolaire est centrale. Dans le sumo, le respect des rangs constitue une règle fondamentale, notamment autour des Yokozunas, les champions suprêmes de la discipline. «On doit veiller à ce qu’elle ne soit jamais enfreinte», explique l’organisateur. Pendant plusieurs années, les équipes japonaises ont ainsi multiplié les visites à Paris pour tester hôtels, repas et transports avant de valider définitivement leur venue. Le but : que les infrastructures répondent parfaitement aux besoins des sumos et puissent s’adapter à leur morphologie de lutteurs.
Un tournoi pensé pour tous
Le programme mêlera découverte culturelle et compétition officielle. La première partie, de 14h à 15h20, sera consacrée à l’initiation du public : cérémonies traditionnelles, démonstrations humoristiques des règles, chants, entraînement avec des enfants ou encore présentation de la prestigieuse ceinture de Yokozuna. Tout au long de l’événement les explications seront assurées en direct par Marc Moya, figure historique du commentaire de sumo en France. La seconde partie prendra la forme d’un véritable tournoi professionnel avec une quarantaine de combats, des finales quotidiennes et une grande finale prévue le dimanche soir. L’ensemble respectera scrupuleusement les règles et rituels japonais.
L’événement dépassera largement les portes de l’Accor Arena. Plusieurs quartiers parisiens accueilleront un vaste «village japonais» avec animations culturelles, expositions, projections et rencontres autour du Japon. Des événements sont également prévus avec des écoles, des seniors et différentes institutions culturelles parisiennes. La ville de Paris s’est d’ailleurs associée au projet et considère ce rendez-vous comme l’un des temps forts culturels de l’année 2026. À la Maison de la Culture du Japon à Paris, des expositions et projections devraient prolonger l’expérience pendant plusieurs semaines.
Un pont culturel entre la France et le Japon
Au-delà du spectacle sportif, David Rothschild voit ce retour du sumo comme «un symbole fort du lien entre la France et le Japon». Il espère que cet événement suscitera des vocations, notamment au sein des clubs français de sumo, alors que la discipline s’internationalise de plus en plus avec l’émergence de lutteurs mongols, géorgiens, kazakhs ou ukrainiens.
Près de 30.000 spectateurs sont attendus sur l’ensemble du week-end. Mais l’organisateur tient à préserver le caractère exceptionnel de l’événement : «Si ça revenait tous les ans, cela perdrait de sa magie». Trente ans après sa dernière apparition à Paris, le sumo s’apprête donc à renouer avec le public français dans toute son authenticité. Bien plus qu’une compétition, ce tournoi ambitionne de devenir un véritable pont entre deux cultures.