Pendant que les projecteurs se braquent sur les stars du ballon rond, une entreprise tricolore a, elle, conquis discrètement les stades américains, par le bas. Tarkett, géant méconnu du grand public, fournit les pelouses hybrides de trois des onze sites américains de la Coupe du monde 2026.
Sous les crampons des joueurs du Mondial, une technologie 100% française. Les hommes de Didier Deschamps, victorieux de leur premier match de poule contre le Sénégal (3-1), ne sont pas les seuls tricolores à briller en ce début de Coupe du monde 2026.
De Atlanta à Boston en passant par Seattle : trois des onze sites américains de ce mondial joueront sur une pelouse signée Tarkett. Implanté depuis 2005 outre-Atlantique, ce groupe made in France, dont le siège toise La Défense avec vue imprenable sur Paris, a conquis le pays de l'Oncle Sam.
Clairefontaine, laboratoire discret
«Nous sommes partout sous les pieds des gens, mais rarement sous les projecteurs». Les mots du PDG de l'entreprise Fabrice Barthélemy dans Les Echos sont justes. Car rares sont ceux, hors du milieu professionnel, qui connaissent ce mastodonte de 12.000 salariés, présent dans 100 pays, et dont le chiffre d'affaires dépasse les 3,3 milliards d'euros.
Les trois enceintes de ce Mondial disposent donc de trois pelouses hybrides GrassMaster, combinant 97% de gazon naturel et 3% de fibres synthétiques. Fin avril, à Atlanta, 26 camions ont déversé 10.000 m2 de pelouse naturelle. Il a fallu près de deux jours pour la poser. Les Bleus, eux, connaissent bien la surface. C'est celle de Clairefontaine, leur camp de base depuis vingt ans, et celle du Stade de France. Ils la retrouveront le 26 juin au Gillette Stadium de Boston, pour leur dernier match de groupe face à la Norvège.
Dans le pays du synthétique, un pari audacieux
Convaincre les États-Unis, c'était s'attaquer à un marché pensé pour le gazon artificiel. Les grands stades américains ont été bâtis pour la NFL : toits fermés, absence de lumière naturelle, pelouses synthétiques. Huit des onze enceintes retenues par la FIFA fonctionnaient ainsi avant le Mondial. Faire pousser de l'herbe là où la nature ne l'avait pas prévu relevait du défi agronomique autant que commercial.
Tarkett a relevé l'un et l'autre. Sa filiale américaine FieldTurf, partenaire de la NFL (ligue de football américain), équipe déjà des centaines de complexes sportifs à travers le pays. Terrains de foot, pistes d'athlétisme, courts de tennis, gymnases d'université… Aucune surface sportive n'échappe à l'industriel tricolore, qui, avant de s'exporter aux États-Unis, a fait ses gammes en France dans des hôpitaux, hôtels, écoles, bureaux, hypermarchés, aéroports, habitations.
Aujourd'hui, trente-trois usines façonnent l'entreprise dans vingt pays. Ainsi, 80% des volumes vendus aux Etats-Unis sont fabriqués sur place, c'est 90% pour l'Europe.
L'innovation se fait aussi plus verte. Comme bientôt avec Origin, un système de gazon synthétique 100% recyclable, qui est testé, entre autres, sur la pelouse du club de rugby du Castres Olympique. En 2018, les collections Tarkett ne contenaient que 10% de matières recyclées. Le cap des 20% est désormais franchi. Prochaine étape : 30% d'ici à 2030.