Glissons-nous vers «une soviétisation» des esprits ? Après la polémique liée aux logements sous-occupés, ce sont maintenant les piscines privées qui sont dans le viseur.
Les piscines, dommages collatéraux de la sécheresse. Face à l'intensification du réchauffement climatique, plusieurs départements ont décidé d'interdire la construction de piscines privées, parfois pour plusieurs années. Et cette liste pourrait s’allonger en cas de détérioration du climat.
Après le gel des permis de construire pour les piscines privées pendant cinq ans dans neuf communes du Var en 2023, une quarantaine de communes de Rennes Métropole ont interdit la construction de bassins dépassant 25 m3 en juin dernier.
Cette mesure vise à réduire la consommation domestique d'eau, particulièrement dans les zones déjà en tension hydrique, sachant qu'une piscine familiale peut consommer jusqu'à 60.000 litres d'eau par an. «Certaines communes avaient tenté d'interdire totalement les piscines. Ce n’était pas notre intention et de toute façon, ce n'est pas légal. Notre volonté, c'est de limiter le volume, dans l'intérêt collectif», a expliqué la vice-présidente de Rennes métropole déléguée à l'urbanisme, Laurence Besserve.
Les spécialistes du secteur tirent la sonnette d'alarme
Le département d'Ille-et-Vilaine, privé de précipitations, a été placé en alerte sécheresse depuis le 11 juillet. Les épisodes se multipliant, les nappes phréatiques ne se reconstituent plus suffisamment, et les prélèvements deviennent très limités. Ainsi, l'eau douce, longtemps considérée comme abondante, est désormais perçue comme une ressource précieuse à préserver.
À l'échelle nationale, l'interdiction des piscines ne fait pas l'unanimité. En effet, seulement 21% des Français y sont favorables, d'après un sondage Opinium. Ce chiffre monte à 25% chez les plus de 55 ans. En Bretagne et en Auvergne-Rhône-Alpes, ce soutien est légèrement plus élevé, atteignant respectivement 25% et 26%.
Les professionnels du secteur, eux, ont dénoncé des mesures contre-productives. «Qu'on vienne les interdire, mais ça n'a pas de sens. C'est complètement liberticide. Mais aujourd'hui, on va finir par enfermer les gens, vouloir les mettre dans des tout petits terrains pour les rendre dingues», a déploré Gael, entrepreneur du secteur.
Ces restrictions ont également un impact économique significatif puisqu'il a dû licencier une dizaine de salariés. «On est obligé de détruire de l'emploi aujourd'hui dans notre profession. Si on veut vraiment régler le problème de l'eau, à ce moment-là, on facture l'eau plus chère dès qu'il y a des crises. Si les mois d'été, c'est beaucoup plus coûteux, pour responsabiliser les gens, de toute façon, il n'y a que par le prix», a-t-il ajouté.
Des alternatives plébiscitées par les Français
Face à ces contraintes, certaines familles ont adapté leurs pratiques estivales. «Certains clients m'ont clairement dit : "Non, mais on va en faire un hors-sol, c'est pour les gamins, ça va durer dix ans. Tant pis si on la vidange tous les ans"», a rapporté l'entrepreneur.
Par ailleurs, les mini-piscines de moins de 10 m3 cubes gagnent en popularité. Moins onéreuses, plus simples d'entretien et surtout, moins gourmandes en eau, elles offrent un certain confort tout en restant sobres.
D'autres solutions écologiques gagnent également du terrain, à l'instar des bassins naturels alimentés par l'eau de pluie ou encore les systèmes de traitement sans produits chimiques. Plus respectueuses de l'environnement, ces installations s'intègrent mieux dans les jardins, tout en répondant aux attentes d'une population de plus en plus sensibles aux enjeux écologiques.
Grande amatrice de piscines privées, la France possède aujourd'hui le plus grand parc de piscines enterrées d'Europe, et se classe au troisième rang mondial, derrière les États-Unis et le Brésil.