«Je veux dépasser Star Wars», entretien avec Yoshiyuki Tomino, créateur de Gundam

L'iconique robot Gundam a été créé en 1979 par Yoshiyuki Tomino.[© Bandai/SUNRISE]

Auteur culte au Japon, Yoshiyuki Tomino est l'une des stars internationales de l'animation japonaise depuis la création de Gundam, il y a 40 ans déjà. Depuis son célèbre robot, cet auteur de 77 ans n'a jamais cessé de raconter des histoires fortes autour de la guerre et ses conséquences.

A Japan Expo, nous avons pu rencontrer Yoshikui Tomino, qui nourrit toujours de grands projets pour son œuvre.

La guerre reste l'un des éléments centraux de vos récits (Gundam, Aura Battler Dunbine, Overman King Gainer...). Mais vous avez toujours eu à cœur de la montrer du côté des deux camps, à une époque où cette idée était moins commune. Est-ce essentiel pour réaliser un plaidoyer contre la guerre ?

Yoshiyuki Tomino : C'est exactement ça. On peut parler de moralité. Je n'ai jamais voulu dépeindre de guerre entre un bon pays et un mauvais pays. L'idée était d'abord de se retrouver confronté à la guerre. L'idée d'aborder ce sujet est d'ailleurs arrivée très vite quand j'ai voulu mettre en scène des robots à forme humaine. Car ce genre de concept se résume à des armes qui rapportent à la guerre. Il était nécessaire de montrer cela avec une grande objectivité.

yoshiyuki_tomino_gundam_5d1f649a378fc.jpg

© Nicolas Cailleaud/CNEWS

Il faut comprendre que j'ai de vagues souvenirs de mon enfance, à la fin de la 2de Guerre Mondiale, où j'ai dû fuir des bombardements et me réfugier chez des voisins. Je pense que ce besoin d'objectivité vient de cette expérience. Aujourd'hui, beaucoup de jeunes auteurs donnent à voir des batailles spectaculaires, mais ne se penchent pas sur le concept philosophique de la guerre.

En 40 ans, la saga Gundam a adopté un ton plus adulte à travers les différentes séries qui ont succédé aux premières. Est-ce un passage obligé pour conserver son public ou bien souhaitez-vous adopter un ton plus familial, comme c'est le cas avec Gundam Reconguista in G (2014) ?

Je ne considère pas que l'animation doive se résumer à un public adulte. Si on analyse de manière clinique les compétences du cinéma et de l'animation, ce qu'il y a d'intéressant c'est qu'ils peuvent stimuler aussi bien les adultes que les enfants, à différents niveaux. C'est ce principe que j'ai voulu appliqué pour Reconguista in G, afin d'utiliser différents niveaux de lecture pour toucher aussi un public enfant.

D'autres séries Gundam qui sont sorties par la suite ce sont éloignées de ce concept, il s'agit ici plus du drama de personnages que d'aventure mettant en scène des robots.

Lorsque vous avez créé la première série Gundam, est-ce que vous vous attendiez à ce que celle-ci gagne une telle popularité hors des frontières du Japon ?

Plutôt que de dire que je le prédisais, j'avais ce souhait ! A cette époque-là, je voulais vaincre George Lucas et Star Wars. Il y a une chose qui me rend heureux, c'est que la franchise Gundam soit toujours là, depuis 40 ans. Mais je n'ai toujours pas renoncé. Je veux toujours vaincre Star Wars. Cela peut paraître arrogant. Je ne parle pas en termes de business ou de chiffres, mais davantage en termes de thématiques et d'histoires.

La conquête spatiale me fascine et me fait peur en même temps.Yoshiyuki Tomino

Dans Reconguista in G, il y a d'ailleurs cette volonté de vouloir gagner, de reprendre les concepts de Gundam et de les nier, pour mieux les transcender. Ce que je dis à propos de Star Wars, c'est finalement la première fois que je le confie. Mais il y a une différence fondamentale entre ces deux œuvres : Star Wars, c'est de la fantasy, Reconguista est plus proche de l'humanité, qui s'est éteinte une fois et a pu revenir. Il y a aussi beaucoup de réflexion sur l'environnement.

L'avenir de l'humanité passera-t-il par la conquête spatiale ?

Reconguista in G parle beaucoup de la conquête spatiale. Un sujet qui me fascine et me fait peur en même temps. Car si l'on veut partir et aller explorer l'espace, il faudra d'abord penser à traiter notre planète un peu plus correctement. Je pense que d'ici à 20 ou 30 ans, les gens verront peut-être Reconguista sous un autre jour.

Aujourd'hui, si l'on a de l'argent à mettre pour la conquête spatiale, il faut d'abord le mettre pour la planète. En terme d'évolution et de croissance économique, la Terre est déjà en déficit. Il faut donc d'abord penser à la population.

À suivre aussi

Ailleurs sur le web

Derniers articles