Affaire Yann Moix: la fin du (mauvais) feuilleton de l'été ?

Yann Moix est au coeur de la polémique depuis la sortie de son roman «Orléans» chez Grasset Yann Moix est au coeur de la polémique depuis la sortie de son roman «Orléans» chez Grasset[ERIC FEFERBERG / AFP]

Tout a débuté en plein cœur de l’été. Yann Moix s’apprête alors à sortir son livre, «Orléans», le 14 août aux éditions Grasset.

L’écrivain y raconte son enfance brisée par des parents violents, sans savoir (ou se doutant fortement) que ce livre allait faire couler autant d'encre. Tout était en tout cas réuni pour passionner les foules.

Episode 1 : la genèse. Enfance martyre ou écrivain en mal de sujet ?

Très vite, le père de l’écrivain l’accuse d’avoir inventé les sévices qu’il décrit dans son « roman ». Selon José Moix, dans La République du Centre le 17 août, «tout ce qui est relaté dans 'Orléans' n’est que pure affabulation», même s'il apprécie les qualités littéraires de l'ouvrage. Si l’homme reconnaît avoir puni durement son fils, lui avoir donné parfois une «bonne paire de claques» alors qu’il était devenu un ado dur, il nie alors lui avoir donné des coups de rallonge électrique ou l’avoir traîné par les cheveux.

Mais cela ne s’arrête pas là et les parents de l’écrivain entrent alors dans la catégorie du règlement de compte familial. Ils s'indignent en expliquant avoir payé un appartement à leur fils pendant ses études. «S’il avait vraiment été un enfant battu, qu’on ne l’avait jamais aimé sa mère et moi, croyez-vous qu’on lui aurait payé ses études jusqu’à Sciences Po ?», s’insurge son père dans La République du centre.

José Moix affirme en outre que beaucoup de coups et de punitions présents dans «Orléans» restent ceux que Yann Moix, infligeait à son frère, Alexandre, de quatre ans son cadet. «Yann est probablement une victime, mais il en oublie une autre, son frère», explique-t-il dans une lettre adressée à L’Obs.

Episode 2 : le grand déballage familial ou «c’est celui qui dit qui l’est»

Le déballage familial éclate alors. Selon José Moix, Yann n’a pas accepté la naissance de son petit frère et le rouait de coup dès qu’ils avaient le dos tourné. Alexandre Moix sort alors de son silence et confirme les propos de son père dans une lettre au Parisien intitulée «Mon bourreau».  

Le cadet dépeint son aîné comme un «Petit Prince» ne supportant pas la présence de son frère. «Ma naissance (…) aura donc été son chaos. La fin de son monde». «J’ai subi vingt ans durant des sévices et des humiliations d’une rare violence de sa part. Ceux-là mêmes qu’il décrit dans son roman, en les prêtant à nos parents», explique-t-il avant de détailler certaines scènes de violence comme la fois où Yann Moix aurait tenté de le défenestrer ou lorsque l’écrivain l’aurait pourchassé avec un énorme couteau de cuisine lui hurlant qu’il allait le saigner, attitude que Yann Moix attribue à leur mère.

Réaction immédiate : Yann argue qu’Alexandre a toujours été jaloux de lui. «[Mon frère] a toujours tout raté, a toujours souhaité être moi».

Episode 3 : le rebondissement ou l'épisode charnière

Le 26 août, l’affaire sort du cadre familial lorsque L’Express exhume les dessins antisémites publiés par Yann Moix en 1989-90 dans «Ushoahia» une revue confidentielle. Pour l’auteur, son frère est derrière tout ça et aurait utilisé sa «dernière cartouche».

Episode 4 : le mea culpa ou «Redemption song»

Sur le plateau d’ « On n’est pas couché », l’émission de Laurent Ruquier dans lequel l’écrivain a été chroniqueur, Yann Moix demande alors pardon «à toutes les personnes, quelles qu’elles soient, celles de la communauté juive, mais aussi tous ceux qui se sentent respirer comme des humains, et non pas comme des bêtes, pour les dessins choquants, les bandes dessinées obscènes et dégradante, de mon cru, qu’elles ont pu voir . L’auteur d’«Orléans» finit alors son mea culpa en demandant tout spécialement pardon à Bernard-Henri Levy, l’un de ses proches.

Episode 5 : le pardon au bout du chemin ou «avoir un bon copain»

Dans un éditorial publié par Le Point le 1er septembre, Bernard-Henri Levy, proche de Yann Moix depuis les années 1990, se fend d’un texte sur le romancier à l’origine du scandale, expliquant croire dans le «repentir» de ce dernier : «Quand un homme, tout homme et donc aussi un écrivain, donne les preuves de sa volonté de rédemption, quand il s’engage, avec probité, dans le corps-à-corps avec ses démons, je pense qu’il est juste de lui en donner acte, de lui tendre loyalement la main et, si on le peut, de l’accompagner».

Episode 6 : la fragilité ou «le géant de papier»

Invité ce dimanche 1er septembre sur le plateau de l’émission «Signes des Temps» sur France Culture, Yann Moix explique qu’il se sent «bouleversé» par la réaction de BHL et «par cette élévation de pensée, cette propension à tourner la page». «Bernard-Henri Levy a une place dans mon cœur jusqu’à la fin des temps, jusqu’à mon dernier souffle», précisera l’écrivain.

Episode 7 : le dénouement ?

De la polémique littéraire et familiale aux accusations graves d’antisémitisme, Yann Moix aura finalement annoncé, dans un communiqué à l'AFP via Grasset, se mettre en retrait des médias et «mettre un terme» à la promotion de son dernier roman. Les mauvaises langues vont bien sûr s’empresser de dire que sa promotion était déjà faite et que le livre a pu être déjà réimprimé plusieurs fois. Et certains imaginent déjà l'écrivain dans son grand appartement attendre sagement la saison des prix littéraires et les chiffres de ventes.

Tout le monde se met en tout cas d’accord sur le fait qu’il est temps que la polémique cesse pour que les chroniqueurs culturels puissent enfin parler d’autre chose. Et pourquoi pas de littérature ?

Une saison 2 en cours d'écriture ?

Ce joli dénouement semble avoir oublié Alexandre Moix qui demande désormais un droit de réponse dans l'émission «On n'est pas couché». En route vers une saison 2.

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