Avant la projection de son film «Moi aussi», Judith Godrèche, et les membres de son équipe, ont marqué les esprits sur les marches du Palais des Festivals en croisant leurs mains devant leur bouche, symbole du silence imposé aux victimes de violences sexuelles.
Présente au Festival de Cannes ce mercredi pour y présenter son puissant court-métrage «Moi Aussi», Judith Godrèche, devenue ces derniers mois la tête de proue de la lutte contre les violences sexuelles, a eu un geste fort immortalisé par les caméras du monde entier.
Pour dénoncer l’omerta autour des violence sexuelles, entourée de ses enfants Tess Barthélemy et Noé Boon, de la journaliste Rokhaya Diallo, et de son équipe - qui ont tous à l’unisson effectué ce même geste - elle a posé ses mains sur sa bouche.
#Cannes2024
— Jean-François Guyot (@JFGuyot) May 15, 2024
Avant la projection de #MoiAussi, réalisé par Judith #Godrèche, l'actrice devenue réalisatrice et les membres de son équipe, sur les marches, ont croisé leurs mains devant leur bouche, symbole du silence imposé aux victimes de violences sexuelles #AFP@AFPphotopic.twitter.com/lQOdi69x9V
Ce geste symbolique très fort, repris depuis par des milliers de personnes sur les réseaux sociaux, figure aussi dans son court-métrage, une chorégraphie qu’elle a mise en scène, entourée d’un millier de victimes de violences sexuelles.
Autant d’expériences individuelles qui s’ajoutent à la sienne, et soulignent leur caractère tristement répandu. Des voix off évoquent les souffrances que ces victimes ont endurées, «certaines dès l'âge de trois ans, d'autres pendant plus d'une décennie, maltraitées par un beau-père, un enseignant, un collègue ou un prêtre», détaille AP. «Comment transformer la honte ? Pas en fierté, personne n'est fier de s'être fait abuser sexuellement. Mais partager quelque chose dont on pourrait toutes et tous se dire : 'On a fait ça ensemble et on peut en être fier'», analysait récemment Judith Godrèche auprès de l'AFP.
«C’est notre histoire. C’est votre histoire. Ce film vous appartient. Vos visages. Vos regards. Votre beauté. Merci pour la confiance. Je mesure sa valeur. Elle est immense. J’aimerais que ce film se pose sur votre table de chevet. Comme un livre ou un mot qui nous sourit - nous soutient, et nous rappelle que nous ne sommes pas seules et seuls, quand tout trébuche», leur a écrit l’actrice et réalisatrice.
Judith Godrèche a tourné ce film de 17 minutes lors d'un rassemblement parisien de centaines de femmes qui, portées par son élan, lui ont écrit leurs propres histoires d'abus sexuels. Il met également en scène sa fille Tess Barthélemy.
Une héroïne dans les films et dans la vie
Comme l'a salué le délégué général du festival de Cannes Thierry Frémaux avant la projection du film «Moi Aussi», Judith Godrèche a pris une parole importante à l'intérieur de cette grande révolution de #MeToo».
Depuis qu’elle a porté plainte contre les réalisateurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon pour viols et agressions sexuelles sur mineure, et son discours poignant lors de la cérémonie des César, Judith Godrèche est devenue une fervente défenseuse des victimes de violences sexuelles dans le cinéma et au-delà. Ses prises de paroles courageuses, toujours justes, forcent l'admiration et en ont fait un symbole d'espoir et de solidarité d'une grande puissance. Déterminée à ce que le mouvement de libération de la parole ne retombe pas dans l'oubli et qu'il soit accompagné durablement de changements de société majeurs, elle est notamment intervenue au Sénat et à son initiative, une commission d’enquête a été ouverte.
«Jusqu'à récemment, les champions #MeToo n'avaient pas leur place dans ce type d'événement», a-t-elle déclaré, avant que ne soit projeté son film ce mercredi soir, citant le cas de l'actrice Adèle Haenel, qui avait quitté la cérémonie des César en 2020 en protestation, après qu’un prix avait été remis au cinéaste Roman Polanski, cible de multiples accusations d'abus sexuels sur mineures. Judith Godrèche a ajouté : «Maintenant, notre place est ici, notre voix est forte et nous ne serons plus réduites au silence.»
![Judith Godrèche, qui a donné un nouveau souffle au mouvement #MeToo en France, met les victimes en lumière à Cannes. [Dimitar DILKOFF / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/judith_godreche_66444ca34e126_0.jpg?itok=pCp5yaBU)