Avec «L'attachement», qui sort au cinéma ce mercredi, Carine Tardieu offre un drame bouleversant empreint d'humanité et remarquablement interprété, qui explore la complexité des sentiments et les rapports humains.
Il est des événements inattendus, de prime abord anodins, qui changent une vie. Sandra (Valeria Bruni Tedeschi), l’héroïne de «L’attachement», au cinéma ce mercredi, peut en témoigner. En ouvrant, un matin, la porte de son appartement à Cécile et Alex (Pio Marmaï), ses voisins de palier, cette quinqua célibataire et sans enfant ne se doute pas des conséquences de son geste. Le couple qui doit partir en urgence à la maternité - Cécile ayant perdu les eaux - lui confie son fils Elliott (César Botti), lequel comprend rapidement que son hôte n’est pas emballée à l’idée de jouer les baby-sitters.
Mais les heures passent, et la cohabitation s’organise entre le jeune garçon et cette libraire qui passe son temps à fumer et à combattre, non sans humour, les carcans du patriarcat. Une complicité naissante qui ne va faire que grandir, surtout quand Alex rentre seul, totalement effondré. Sa compagne a perdu la vie en donnant naissance à la petite Lucille. Face à cette tragédie, Sandra va rapidement se prendre d’affection pour cette famille endeuillée, et tenter de lui apporter un peu de légèreté au quotidien.
Les liens du cœur face aux liens du sang
Après «La tête de maman» (2007), «Du vent dans mes mollets» (2012), «Ôtez-moi d’un doute» (2017) et «Les jeunes amants» (2022), Carine Tardieu signe un cinquième long-métrage émouvant, drôle, subtil et plein de délicatesse. Un drame intimiste et solaire qui évite tout misérabilisme et dissèque les relations humaines avec une profonde sensibilité. La cinéaste interroge les liens insoupçonnés qui peuvent se créer entre deux inconnus et qui dépassent parfois ceux du sang. Elle revient sur la définition même de la maternité et de l’amour, et évoque le deuil, la parentalité, la solitude et la culpabilité.
La réussite de «L’attachement», librement adapté du roman d’Alice Ferney, «L’intimité» (2020), tient à sa mise en scène qui joue sur le champ-contrechamp, mais aussi à ses acteurs qui livrent tous des partitions d’une grande justesse. Valeria Bruni Tedeschi, toute en pudeur et en nuances, s’impose, tout comme Pio Marmaï, bouleversant en veuf tentant de survivre. Vimala Pons en pétillante pédiatre et Raphaël Quenard dans la peau du père biologique d’Elliott, sont tout aussi attachants, ainsi que Marie-Christine Barrault et Catherine Mouchet.