Après «Ecroué de rire», David Desclos revient pour une tournée avec un spectacle musical «Hold-up», entouré des plus grands noms du rap français. Cet ancien braqueur repenti est animé par l’envie de sortir les jeunes de la délinquance, ou de faire en sorte qu’ils n’y goûtent jamais. Rencontre avec cet humoriste atypique de «40 ans plus 10 de prison».
David Desclos a passé son enfance dans un environnement difficile. Mal entouré, il est vite tombé dans la délinquance. D’un premier vol à 8 ans, motivé par la faim, à braqueur de banque, le parcours rocambolesque de cet humoriste âgé aujourd’hui de 50 ans a été riche en émotions, et en rebondissements. Avant un déclic en plein tribunal. Autant d’expériences qui l’ont mené aujourd’hui à la scène, où il veut montrer aux jeunes que la délinquance n’a rien de bon et que tout est possible si l’énergie est dépensée au bon endroit.
Il présente son spectacle musical «Hold-up», où la prévention se mêle à l’humour, au chant, au rap, aux chorégraphies et aux cascades. Il est en tournée dans toute la France. Il sera au théâtre du Gymnase à Paris le 21 mai et tous les derniers jeudis du mois à partir de septembre.

Comment vous présenter ? Ancien braqueur devenu humoriste ?
Je suis un ancien bandit, spécialisé dans la neutralisation des systèmes d’alarme. Avec des amis, on braquait des banques sans arme ni violence la nuit. Notre dernier coup devait être en 1998 l’attaque du siège social de la Société générale à Caen, on avait creusé un tunnel pour faire le casse du siècle. Mais on a fait une erreur, on s’est fait attraper. Je me suis évadé. En tout, j’ai fait dix ans de prison, six ans de cavales, deux évasions. J’ai eu un déclic lors de ma dernière peine et j’ai décidé d’écrire ma vie avec beaucoup d’humour et de dérision pour transmettre des messages. Aujourd’hui, je suis artiste.
Depuis quand avez-vous cette envie de monter sur scène ?
J’ai commencé les scènes il y a plus de 15 ans mais entre temps j’ai fait des cavales, des évasions… Il a fallu que je sorte du banditisme avant.
… Vous avez sorti un livre en 2019, pourquoi la scène ? C’est une continuité ?
Oui. Je montais déjà sur scène mais l’idée est venue en prison. Les promenades étaient tristes et glauques alors quand j’animais ces sorties, ça me permettait d’envoyer des messages à mes co-détenus et de faire des débats. Ça a été comme une évidence : le public était conquis, et un détenu m’a dit : «Le jour où tu feras ça sur scène, tu vas tout déchirer !». J’ai commencé à écrire en prison, j’ai réfléchi à plusieurs façons de transmettre mon message : en livre, en spectacle, en BD, en musique… Le livre était un projet de longue date mais tout ce que je suis en train de faire a émergé depuis plus de 20 ans en promenade. Aujourd’hui, on prépare même une série !
Pour changer, dans la vie, il faut un déclic.
Justement, quel est votre message et à qui s’adresse-t-il ?
C’est un message qui s’adresse aux 8 à 99 ans, pour dire que c’est dur de sortir du banditisme et que la meilleure chose c’est de ne pas tomber dedans. On est tous concerné par la délinquance. On met de l’humour, de la dérision, du chant, des cascades, des chorégraphies au service d’un message de fin : la prévention contre la délinquance, la lutte contre la récidive, pour la justice restaurative pour les victimes.

L’idée est d’aussi apporter une explication et une solution d’espoir à monsieur et madame tout le monde. Je viens apporter des déclics, parce que pour changer dans la vie il faut un déclic, il faut décider par soi même qu’on veut changer pour pouvoir changer. C’est pour cela que je joue dans des écoles, des collèges, des lycées, je participe à des conférences, notamment dans des universités, en plus de jouer dans des prisons puisque le ministère de la Justice a jugé mon spectacle d’utilité sociale et publique.
Qu’est-ce qui vous faisait rêver quand vous étiez petit ?
J’aimais bien le cinéma mais je n’y aurais jamais pensé… J’ai découvert le théâtre très tard. A l’époque, la seule chose à laquelle on pouvait penser c’était sortir de la misère, trouver des solutions, il me fallait à tout prix sortir de la condition dans laquelle j’étais. Je ne pouvais pas trouver une autre voie car je n'avais pas assez accès à la culture pour savoir que j’étais fan de théâtre. Avec ma famille, on était très pauvres. On était plus occupé à essayer de sortir de la misère que de rêver.
Je suis un miraculé.
Pourquoi cette lutte contre la délinquance ? C’est une façon de vous racheter ?
Il y a un peu de ça. C’est surtout que je sais d'où je reviens, je suis un miraculé et moi-même j’ai eu les déclics, et j’ai d’autres projets dans d'autres domaines : dans l’art, des séries sur d’autres sujets… Mais je garderai toujours une part pour cette lutte, pour rendre ce qu’on m’a donné. Avant, j’engrenais mon gang dans le mauvais chemin et je l’ai sur la conscience. Alors je veux donner un coup de main aux éducateurs, aux policiers, aux juges, aux parents, à travers mon expérience.
Est-ce qu’il y a des points communs entre un casse et la scène ?
L’adrénaline. Même si ce n’est pas la même car après la scène, le soir on rentre chez soi. Là où dans un casse il y avait la crainte de ne pas rentrer à la maison, l’incertitude du déroulé, partir pour des années de prison… Mais il y a cette chose intense qui fait vibrer.
Vous parlez beaucoup de déclic, comment avez-vous eu le vôtre ?
En plein tribunal, pour avoir creusé un tunnel pour braquer le siège de la Société générale. Je me suis dit qu’il ne fallait plus jamais donner un moment de sa vie au système judiciaire. J’ai compris qu’il fallait mettre son culot, son talent et son intelligence du bon côté de la barrière. Et à un moment, j’étais en cellule avec un vieux détenu qui me faisait comprendre à travers son expérience qu’on n’était pas bon qu'à ça. Il m’a dit cette phrase : «Quand tu comprendras qu’il est plus facile de faire 1 € honnête que 2 € malhonnêtes, t’auras tout compris.». Cette phrase m’a marquée et depuis que je travaille honnêtement, je l’ai comprise. Tous ces déclics m’ont mené à tous ces projets aujourd’hui. Me dire qu’il faut le faire, le dire aux jeunes pour leur faire gagner du temps.
Comment est née cette adaptation en spectacle musical ? Comment cette collaboration avec de grands noms du rap a-t-elle commencé ?
J’ai eu l’idée il y a trois ans, car c’est Stomy Bugsy qui faisait déjà ma mise en scène sur «Ecroué de rire».
On a appris à se connaître, je suis fan de rap et je me suis dit que ceux qui allaient au théâtre n’écoutaient pas forcément du rap, alors qu’il y a des textes puissants qu’il serait intéressant de leur faire découvrir. Que des chansons, ou du rap pouvaient s'intégrer au spectacle et apporter au message. Cette idée a mûri dans ma tête. On en a parlé avec Stomy, on a travaillé comme des dingues pour choisir les textes, les rappeurs.
Sur ce spectacle je suis entouré de grands noms, en plus de Stomy Bugsy, comme Passi, Da Uzi, Lino et Calbo d’Arsenik, Sully Sefil, Igor LDT, Uzi, et on a voulu aller au-delà du rap alors on a fait appel à Cali qui, lui aussi, a des textes très forts. Dans «Hold-up», tout s’accorde ! Venez voir par vous-même !
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— DA Uzi (@DaUzi270) November 27, 2024
Ça a commencé très tôt chez vous, et vous auriez pu rester dans la petite délinquance mais vous avez choisi le grand banditisme. C’était déjà une façon de vivre sur le devant de la scène ? Braqueur comme activité pour sortir de la routine ?
Non, c’est le schéma d’escalade de la délinquance : plus on rentre dedans, plus on s’enfonce, et plus le grand banditisme arrive. C’est à la fois la faim, l’appât du gain… On a de plus en plus besoin d’argent, et l’argent sale nous brûle les mains, il n’est pas fait pour être conservé. Les galères s’enchaînent et on n’a pas la valeur de l’argent, c’est un cercle vicieux : on s’entoure de gens dans la même situation, et plus on est nombreux et plus on en a besoin. On finit par vouloir décrocher le gros lot pour pouvoir sortir, toi et ta famille, de tout ça. C’est un cercle vicieux qui conduit inévitablement à la mort ou à la prison. Car tu te fais une réputation, et tu deviens victime de ta réputation : plus tu es connu, plus tu as d’embrouilles. C’est un jeu malsain.
Quelle vie auriez-vous eu sans passer par la case braqueur à votre avis ?
Je serais peut-être en train de faire ce que je fais aujourd’hui sur scène, sinon j’aurais eu une vie de businessman. Car si c’était pas dans le banditisme, j’avais le caractère à vouloir me sortir de ma condition de misère. J’aurais été vers des choses honnêtes avec des projets d’affaires car l’évolution de ma vie fait que j’avais ce caractère de travailleur. J’ai beaucoup travaillé dans ma vie pour m’en sortir ! Car malgré toutes mes expériences, je n’ai jamais fumé, bu ou pris de la drogue.
Le parcours prévu c'était : école maternelle, primaire, collège, prison.
Est-ce que tout ce parcours n’a pas finalement été nécessaire pour être là où vous êtes aujourd’hui ? Pour avoir ce déclic ?
Oui, on me le dit souvent ! Les gens me le disent et moi j’ai compris, sans prétention aucune, qu'il fallait que je vive tout ça. Je le vis comme une espèce de mission, ce que je vis aujourd’hui. Je ne fanfaronne pas sur scène, je n’en fais pas l’apologie : je suis un miraculé. Donc je le vis comme une mission pour essayer de tendre des perches aux jeunes, dire qu’il n’y a rien de bon que la mort et la prison au bout.
Vous avez expliqué que vous saviez très jeune que vous alliez aller en prison, comment peut-on s'attendre à aller en prison ?
On s’imagine tellement le pire que quand on arrive en prison on n’est pas déçu, on a vraiment le pire. On était conditionné, toute notre bande avait vu tous les grands des quartiers des deux ou trois dernières générations y aller, c’était leur parcours : école maternelle, primaire, collège, prison. Pour nous, c’était inévitable. On faisait tout pour ne pas y aller en montant les coups intelligemment mais quand il fallait y aller, on assumait. On était conditionné et c’était très dur mais on était tous ensemble et on a su se débrouiller comme dans la rue. Car la vie d’un délinquant est très dure dans la rue, alors en prison, on remet en place les codes de la rue. Mais un jeune de maintenant, je lui dirais qu’on n’est pas bon qu’à ça, il y a de l’espoir.
Je veux dire aux jeunes : "On s'est trompé, ne faites pas comme nous !"
Comment essayez-vous de mettre la bonne petite graine dans la tête des enfants et des adolescents que vous rencontrez ?
Nous, on n'avait pas d’exemple concret qui nous indiquait que l'on pouvait faire autre chose. Alors aujourd’hui, on est plusieurs à apporter aux jeunes notre légitimité, nos expériences, pour dire : «On s’est trompé, ne faites pas comme nous !». Avant ma génération de rappeurs, d’acteurs, les chanteurs, on n’avait pas des grands qui avaient fait autre chose. Il faut aujourd’hui leur dire que c’est possible, qu’ils peuvent même faire de la politique, du cinéma, du business, à partir du moment où vous y croyez et que vous vous battez, tout est possible, mettez votre énergie dans l’honnêteté, ça en vaut la peine.
Pour vous, tout est question d’environnement ?
Oui, tout est question d’environnement, d’éducation et de déclic.
Ces exemples issus de ce même environnement, vous en avez la preuve qu’ils inspirent des jeunes ?
Oui, ça fait bientôt 10 ans qu’on parle un peu de moi, et j’ai vu l’effet sur certains anciens délinquants, ou même des jeunes. On voit que ça crée un mouvement et ça crée des émules. Sans prétention aucune, j’ai ouvert une porte et c’est en train de prendre, je l’ai vu ces dernières années. Et il y en a d’autres qui arrivent derrière moi et qui sont en train de donner le bon exemple.
On vous a déjà demandé de l’aide ?
Oui, en prison on me demande si les gens peuvent avoir un petit rôle dans la série que je prépare, ou faire de la figuration, des contacts etc. Je leur réponds que je suis encore en pleine bagarre moi-même… Si un jour, j’en ai la possibilité, oui bien sûr ! Pour l’instant c’est un peu tôt. Mais on me demande beaucoup de conseils de jeunes sur les réseaux sociaux, pour sortir de la délinquance par exemple, et je leur réponds.
J’ai créé l’association «Le monde est à nous» qui intervient dans les prisons, les quartiers, les lycées, les collèges etc. Car il y a les ingrédients pour que ça aille plus loin que sur scène. Plus le spectacle lui-même va monter en notoriété, plus il sera possible que, grâce à l’association, ça puisse se transformer en fondation. C’est un sujet concernant pour tout le monde, car si on s’occupe pas de nos jeunes, en prison ils deviennent des loups enragés et inévitablement dangereux pour la société. On l’a vu dans les récents attentats. Il faut s’occuper de nos jeunes, et des gens en prison.
On peut avoir le déclic en voyant votre spectacle ?
Oui, franchement et sincèrement, le spectacle apporte vraiment des déclics.
Hold-up, au Théâtre dy Gymnase Paris-10e, le 21 mai à 20h30