Timbaland vient de signer une «chanteuse» entièrement artificielle nommée TaTa. Selon le producteur, il s’agit d’une artiste «vivante, apprenante et autonome» qui sera la première d'un nouveau genre révolutionnaire. Mais pour ses détracteurs, le producteur ouvre une nouvelle boîte de Pandore qui va dangereusement nuire aux (vrais) artistes.
Timbaland «a franchi une nouvelle étape dans sa passion pour la production musicale basée sur l'IA en lançant Stage Zero, une nouvelle société de divertissement ainsi que sa première 'artiste' générée par l'IA, TaTa, qui sortira bientôt son premier single», comme l'annonce le site américain du magazine Rolling Stone.
Pour cela il s’est entouré de Suno, acteur majeur dans le secteur de l’IA musicale, dont l’application, lancée en 2024, a révolutionné (comme d'aucuns le craignent, surtout pour le pire) la création en permettant à n’importe qui de générer de la musique à partir d'un simple message texte, avec la possibilité de personnaliser les genres, les thèmes et les paroles en toute simplicité.
TaTa est une «chanteuse» numérique aux cheveux roses que l'influent producteur décrit comme «une artiste musicale vivante, apprenante et autonome, conçue avec l'IA». «C'est la première artiste d'une nouvelle génération», a-t-il dit dans un communiqué, qui annonce dans le même temps la naissance d'un nouveau style musical : «L'A-Pop». Rien de moins que «la prochaine évolution culturelle dont TaTa en est la première icône», assure Timbaland.
«TaTa n'est pas un avatar»
Timbaland a détaillé pour Rolling Stone que l'idée de cette aventure lui était venue quand il a commencé à créer de la musique avec la plate-forme d'IA générative Suno l'année dernière. «J'ai vu la voie», dit-il, «mais j'ai dû attendre que tout se mette en place.» La voix de TaTa est apparue pour la première fois sur une génération Suno qui a attiré son attention. «J'en suis arrivé à un point où je me suis dit : "Yo, cette voix, elle est incroyable"», explique celui qui a pu la capturer et peut désormais la réutiliser grâce à la fonctionnalité Personas de la plate-forme.
«Je ne me contente plus de produire des morceaux», continue d'expliquer Timbaland. «Je crée des systèmes, des histoires et des stars de toutes pièces. [TaTa] n'est pas un avatar. Ce n'est pas un personnage.»
Rolling Stone souligne que TaTa, qui est appelée à assurer une présence sur les réseaux sociaux, avec des clips vidéo générés par divers outils vidéo d'IA, est censée être la première «star» d'une longue série, que les partenaires de Timbaland rêvent de voir devenir des influenceurs virtuels et même des vedettes de films ou d'émissions de télévision.
Peur et colère
L'annonce de Timbaland arrive alors que l'industrie musicale et les artistes sont déjà en pleine guerre juridique et culturelle ouverte contre les outils basés sur l'IA. A l’instar de Billie Eilish et Stevie Wonder qui ont signé des lettres ouvertes dénonçant l'IA comme une menace pour la créativité humaine.
Le fait que les chansons de Tata ne soient pas créées par des humains avec un visage numérique mais potentiellement entièrement par des machines (le degré d’intervention humaine étant quasi inquantifiable) et tout cela sous l'égide d'un grand producteur, sème donc pour l'heure plus la peur et la colère que l'engouement.
Au-delà des considérations «éthiques» que cela soulève, celles juridiques semblent en effet kafkaïennes... La musique générée par l'IA ne pouvant être protégée par le droit d'auteur sans l'intervention d'un humain, cela signifie que la porte est désormais grande ouverte au remix, au re-postage, voire à la copie pure et simple, sans cadre clair.
Depuis son annonce, Timbaland fait donc face à d'intenses critiques, notamment de ses pairs.
A noter que Suno, la plate-forme d'IA utilisée pour créer la musique de TaTa, fait actuellement déjà face à une action en justice par la Recording Industry Association of America (RIAA), qui la poursuit pour des violations présumées du droit d'auteur.