Les Sauvages, la création originale de Canal+ à ne manquer sous aucun prétexte

Une fresque familiale en même temps qu‘une radiographie de la société française [CPB Films/Scarlett productions/Canal+]

Visionnée plus de 3,5 millions de fois en deux semaines via MyCanal et Canal+ à la demande, l'excellente nouvelle Création Originale de Canal+ Les Sauvages enregistre des records.

Adaptation de la saga éponyme du Stéphanois Sabri Louatah, la série de 6x52 minutes est un thriller familial et politique tendu, une dystopie réaliste qui imagine l’élection d’un président d’origine algérienne en France, un homme porteur d’espoir pour les uns, un homme à abattre pour d’autres.

Ultra addictive, elle suit Fouad, une star de série télé qui jouit d'une situation confortable et dont la petite-amie Jasmine est la fille du candidat favori à l’élection présidentielle en France, Idder Chaouch. Le jour de l’élection, lors d’un bain de foule, Chaouch est victime d’un tireur. Le jeune homme qui vient de tirer est un jeune Maghrébin de Saint-Etienne mais aussi le cousin... de Fouad. Dès lors la famille Chaouch, et celle de Fouad, le clan Nerrouche, entament de se déchirer tandis que la France s’embrase et que les autorités ont du mal à contrôler les débordements…

Déterminé à comprendre le geste de son cousin, Fouad décide d’enquêter dans sa famille. Il est en fait persuadé que la tentative d’assassinat a été orchestrée par son propre frère et rival Nazir (Sofiane Zermani), actuellement emprisonné pour apologie du terrorisme. Il est aidé par Marion, la responsable de la sécurité du président pour faire tomber son frère.

«Ce qui m’a séduite en premier lieu, c’était d’opérer la jonction entre la série américaine à la The Wire, documentée et politisée, et en deuxième lieu le roman du vieux continent russe pour les sentiments puissants, l’épopée familiale et shakespearienne pour les couloirs du pouvoir, les amours contrariés à la Roméo et Juliette. C’est la force de la saga de Sabri Louatah.» explique la réalisatrice et scénariste Rebecca Zlotowski. «On a essayé de garder ces deux lignes: être à la fois dans le postulat politique dystopique traité de manière réaliste, et en même temps raconter une véritable saga familiale. En quelque sorte, un grand roman français de 2019, à la différence que les deux familles dont on parle sont d’origine algérienne.»

A la manière d'un documentaire ou de la série A la Maison- Blanche à laquelle Les Sauvages fait parfois aussi penser, la série de Rebecca Zlotowski entre dans les coulisses du pouvoir et de la politique. S'emparant de la peur collective de l'étranger, elle ausculte parallèlement, avec une grande subtilité, les mécanismes de la radicalisation.

«Pour moi, le sujet de la série est la question de l’identité, explique-t-elle pour Paris Match. Collective et personnelle. Qu’est-ce que réussir ? Ce thème des transfuges sociaux, de la honte de soi, de l’affranchissement me fascine. C’est aussi le gros sujet italo-américain chez Scorsese ou Coppola depuis cinquante ans. Avant qu’ils ne s’en emparent avec leur regard, l’immigration italo-américaine était considérée comme sale, bruyante, grouillante, paupérisée. Ils ont créé une mythologie. C’était aussi je crois le projet de Sabri Louatah, l’auteur de la saga 'Les sauvages', et c’est là-dessus qu’on s’est retrouvés».

Entre les Nerrouche, immigrés de la classe populaire de Saint-Etienne, et les Chaouch, immigrés bourgeois basés à Paris, se dessine une société française fracturée. Une société déchirée au sein même de la fratrie Nerrouche dont les membres ont développé des visions de la vie et du monde diamétralement opposées.

Une fois le premier épisode lancé, impossible de décrocher. Le rythme est soutenu, la caméra nerveuse, au plus près des visages, et la réalisatrice de Belle Epine,  Grand Central, Planetarium ou encore plus récemment, Une fille facile, frappe un grand coup pour cette première incursion dans le monde des séries. 

L'urgence brûlante de la série est aussi portée par des acteurs tous d'une grande justesse et d'une incroyable intensité, Roschdy Zem (avec des allures de Barack Obama dans le rôle du Président), Marina Foïs, et Amira Casar, pour les plus connus, mais aussi de nouveaux talents à suivre de près Dali Bensalah (Fouad) et Souheila Yacoub (Jasmine) très touchants dans la peau des amants contrariés, et une (re)découverte avec le rappeur Sofiane Zermani dans le rôle terrifiant du prédicateur. Mention spéciale à Carima Amarouche, formidable elle aussi dans le rôle de la tante de Fouad.

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