Etes-vous exposé aux pesticides jusque chez vous ? Si vous habitez à moins de 100 mètres de cultures traitées, oui, selon Générations Futures. L'ONG publie, ce jeudi 25 novembre, une étude qui interroge la pertinence des distances d'épandage. D'après leurs chiffres, des traces de produits phytosanitaires sont relevées sur 90% des habitations situées entre 20 et 100m des terres exploitées.
Générations Futures s'est associée au laboratoire Yootest pour mener le projet collaboratif EXPORIP (Exposition des riverains aux pesticides).
L'ONG a choisi de se concentrer sur 30 pesticides autorisés uniquement pour des usages agricoles figurant parmi les plus utilisés en France.
Les prélèvements ont été réalisés par les participants, sur les fenêtres de 58 maisons situées en Gironde, dans le Bas-Rhin et le Nord.
L'exposition des riverains aux #pesticides est un sujet de préoccupation pour notre ONG.
— Générations Futures (@genefutures) November 25, 2021
Aujourd'hui, nous publions les premiers résultats d'une enquête participative qui montre que même au-delà de 100m on trouve encore des résidus...
Ci-dessous le témoignage d'un participant pic.twitter.com/I9h6Rs7FB1
L'analyse de ces échantillons a montré au moins un résidu de pesticide dans 79,3% des cas. La distance par rapport aux cultures traitées influence clairement le résultat, puisque des produits phytosanitaires ont été détectés sur 95% des fenêtres situées à moins de 21m des zones d'épendage, 90% de celles entre 20 et 100m et 50% des habitations à plus de 101m.
La majeure partie (72,7%) des échantillons ne présentant aucun résidu de pesticides ont été prélevés sur des fenêtres situées à plus de 101m des cultures. Cependant, l'éloignement ne suffit pas toujours puisque l'échantillon contaminé le plus distant avait été prélevé à 1.500m de la première zone traitée. La nature des cultures à proximité est également à prendre en compte : les maisons situées près de vignes sont notamment plus exposées (94,4%) que celles jouxtant de grandes cultures (73,1%).
Parmi les 30 produits phytosanitaires recherchés, 15 ont été détectés au moins une fois. Quatre perturbateurs endocriniens suspectés ou avérés, un cancérigène possible (Lénacile), un reprotoxique suspecté (le spiroxamine) ou encore des SDHI (boscalid et fluopyram) figurent notamment sur la liste des pesticides trouvés. Les substances dites reprotoxiques peuvent altérer la fertilité tandis que les SDHI, présents dans les fongicides, ont fait l'objet de plusieurs alertes de la part de chercheurs.
Une réglementation à revoir
En avril 2018, ceux du CNRS, de l'INRA et de l'INSERM avait publié une tribune dans Libération pour demander la suspension de leur utilisation. Un collectif d'associations militantes, dont Générations Futures, a également, en janvier 2020, menacé l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) de saisir le Tribunal administratif de Lyon (Rhône) si elle refusait d'abroger les autorisations de mise sur le marché de trois pesticides contenant des SDHI. Ces substances sont soupçonnées d'attaquer la fonction respiratoire des champignons pathogènes, mais aussi celle des vers de terre, des abeilles et de l'Homme.
Si les résultats de l'étude EXPORIP ne s'appuient que sur un nombre limité d'échantillons, Générations Futures estime qu'ils sont suffisants pour dégager une tendance et justifier des prélèvements de plus grande ampleur. L'ONG insiste sur le fait que les données obtenues montrent «que l'exposition moyenne aux pesticides (en terme d'occurence de résidus, de nombre de résidus trouvés et de concentration médiane) semble assez comparable» dans les zones situées dans un périmètre de 0 à 20m de distance des cultures et celles plus éloignées, jusqu'à 100m. «On ne trouve des chiffres significativement plus bas que pour les prélèvements réalisés au-delà des 100m», précise le rapport d'analyse.
A l'heure actuelle, les distances minimales à respecter entre les zones d'épandage de produits phytosanitaires et les habitations sont de cinq mètres pour les cultures basses (légumes, céréales) et dix mètres pour les hautes (arbres fruitiers, vignes). Largement insuffisant selon Générations Futures, qui demande d'élargir cette distance à 100m. Puisque le Conseil d'Etat a ordonné au gouvernement de revoir sa réglementation sur les zones d'épandage des pesticides en juillet dernier, l'ONG souhaite profiter de ce contexte pour faire entendre ses arguments.
En parallèle, depuis octobre et jusqu'en août 2022, Santé publique France et l'Anses réalisent ensemble une étude visant à mieux connaître l'exposition aux produits phytosanitaires des personnes vivant à proximité de vignes. Baptisé PestiRiv, ce travail de recherche est mené dans six régions viticoles et implique des prélèvements dans l'air, les poussières, les urines, les cheveux et les aliments produits près des cultures. Les résultats complets sont attendus pour 2024.
![9.300 lots de produits sont concernés. [© Philippe LOPEZ/AFP][Philippe LOPEZ / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/000_8uk3dy_60fd750866528.jpg?itok=KG7bfrEz)