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Féminicide d’Inès Mecellem en 2025 : «accumulation de défaillances», absence de coordination… Ce qu’il faut retenir du rapport de l’inspection générale de la justice

C'est Gérald Darmanin lui-même qui avait saisi l'inspection générale de la justice en septembre dernier. [Ludovic MARIN / AFP]

Ce jeudi 19 février, le rapport de l’inspection générale de la justice, saisie par Gérald Darmanin, relatif au féminicide d’Inès Mecellem à Poitiers en septembre 2025 a été rendu public sur le site du ministère de la Justice. Il pointe une «accumulation de défaillances». 

Beaucoup de leçons à retenir. Le 8 septembre 2025, Inès Mecellem, 25 ans, avait été retrouvée à son domicile situé à Poitiers poignardée de plusieurs coups de couteau. Peu de temps avant les faits, la jeune femme avait déjà porté plaintes à quatre reprises, entre juillet et août 2025, contre son ex-compagnon. 

Auditionné ce jeudi matin au Sénat par la délégation aux droits des femmes, le garde des Sceaux a confirmé la publication du rapport de l’inspection générale de la justice sur le site internet du ministère. Le but de cette initiative «n’est pas de désigner des boucs émissaires individuels, d’autant qu’à Poitiers on peut dire que c’est l’une des cours qui a le plus formé ses magistrats et ses greffiers», a insisté Gérald Darmanin

«C’est l’architecture d’ensemble qui n’est pas à la hauteur, c’est le système qui en est responsable (...) Quand la chaîne se rompt, ce sont les victimes qui payent parfois de leur vie. Le drame d’Inès Mecellem à Poitiers l’a montré dans une brutalité insoutenable», a-t-il dit.

Ainsi, quelques minutes après la prise de parole du garde des Sceaux, le rapport  de 32 pages de l’inspection générale de la justice a été rendu public sur le site du ministère de la Justice. Dans celui-ci, l’instance chargée de contrôler le fonctionnement des juridictions et de l’ensemble des services du ministère a pointé une «accumulation de défaillances». 

En effet, dans sa plainte déposée en juillet 2025, la victime exposait déjà une situation «d’une gravité exceptionnelle» faisant état de violences hebdomadaires, de menaces de mort et de contrôle coercitif. «Autant d’éléments constituant des facteurs majeurs de dangerosité reconnus tant au niveau national qu’international», explique l’inspection générale de la justice.

«Aucun mandat de recherche, aucune interpellation, aucune interdiction d’approcher»

Malgré cette situation grave, la plainte de la victime a été traitée «selon une logique purement administrative, sans analyse qualitative approfondie ni hiérarchisation du risque». De ce fait, l’organisation interne du parquet «segmentée et marquée par une logique de flux n’a pas permis une décision fondée sur la réalité de la menace». 

L’inspection a pointé également une circulation de l’information «insuffisamment sécurisée et trop cloisonnée» entre les services du parquet. Une absence de coordination entre le pôle dédié aux violences intrafamiliales et le service du traitement en temps réel, «responsable du pilotage des réponses judiciaires pénales immédiates» qui a «empêché le parquet d’identifier les défaillances des services de police et d’y remédier». 

De plus, le pôle spécialisé fait face à une charge de travail croissante. Il fonctionne «selon les routines administratives» et n’apparaissait, donc, pas adapté «à la gestion des dossiers à haut risque». Pour preuve, l’attribution du téléphone grave danger (TGD) à Inès Mecellem. Une décision qui, selon le rapport, «a été prise sans lecture approfondie de la plainte, sans contrôle hiérarchique et en l’absence du parquet lors de la remise du matériel». Ainsi, cela «n’a pas permis d’intégrer pleinement cet outil dans une stratégie pénale cohérente». Concrètement, le dispositif s’est concentré sur la protection de la jeune femme, sans qu’aucune réponse ne soit prise à l’égard du mis en cause. 

«Aucun mandat de recherche, aucune interpellation, aucune interdiction d’approcher ou autre mesure restrictive n’a été mis en œuvre. Le mis en cause n’a, en conséquence, jamais été inscrit au fichier des personnes recherchées, alors même qu’il présentait un danger manifeste», a écrit l’inspection générale de la justice dans son rapport. 

A la suite de la poursuite des menaces de mort, la victime a déposé trois autres plaintes. Néanmoins, le 6 septembre, soit deux jours avant la découverte du corps sans vie d’Inès Mecellem, la jeune femme a déclenché le téléphone grave danger après avoir été traquée. La police est intervenue.

Une «phase pré-homicidaire» avérée ? 

Le mis en cause a été interpellé… avant d’être remis en liberté immédiatement, et ce «sans garde à vue, sans information orale du parquet de permanence, sans analyse actualisée du risque et sans décision judiciaire conséquente». 

Dans son rapport, l’inspection générale de la justice a expliqué que «les alertes émises par l’opérateur de télésurveillance et par France Victimes n’ont davantage conduit à une protection renforcée ou à une instruction d’interpellation». Bien que tous les signaux montraient une «phase pré-homicidaire», le pilotage pénal n’était pas suffisamment dynamique.

«Cette accumulation de défaillances mets en évidence un fonctionnement en silo au sein du parquet : le service dédié aux violences intrafamiliales se concentrait sur l’accompagnement de la victime, tandis que le service du traitement en temps réel gérait les infractions, sans coordination opérationnelle», peut-on lire dans le rapport. 

Plus largement, l’inspection générale de la justice a estimé que ce drame «met en évidence la nécessite d’un pilotage renforcé du suivi des dossiers de violences intrafamiliales par le parquet, d’une meilleure identification des situations via le téléphone grave danger», soulignant l’importance «d’une meilleure circulation de l’information et du développement d’une culture commune du risque fondée sur la proactivité et la prévention». 

«Il rappelle que la prévention des féminicides, même si elle ne peut être absolue, dépend autant de la cohérence et de l’articulation des institutions que des outils dont elles disposent», appelant à une coordination rapide et réactive «capable d’assurer simultanément la protection des victimes et la neutralisation des auteurs». 

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