Le tribunal correctionnel de Marseille s’apprête à rendre son jugement, ce vendredi 20 mars, à l’encontre d’un surveillant de la prison des Beaumettes, suspecté d’avoir apporté des objets interdits à des détenus et monnayé des informations issues de fiches pénales.
La sanction pourrait être lourde de conséquences pour le prévenu. Après un procès, qui s’est tenu le 20 février dernier, le tribunal correctionnel de Marseille doit désormais rendre son jugement, ce vendredi 20 mars, contre un surveillant du centre pénitentiaire des Baumettes qui y faisait entrer des objets interdits à destination de détenus et avait monnayé la fiche pénale de deux membres du narcobanditisme.
Âgé de 28 ans, l’homme, qui exerçait au centre pénitentiaire de Marseille depuis 2017, risque jusqu’à trois ans de prison, dont deux avec sursis, requis à son encontre par le parquet lors de l’audience qui s’est déroulée il y a un mois.
L’affaire a éclaté le 5 août 2022. Ce jour-là, le surveillant avait été contrôlé à sa prise de service avec un sac contenant des lotions capillaires, des paquets de bonbons, du charbon à chicha ou encore de l'alcool.
Interrogé, il avait reconnu introduire, depuis trois mois et «deux à trois fois par semaine», un sac remis à son domicile qu'il déposait dans une poubelle du rez-de-chaussée d'un bâtiment de la prison.
Et ce «service» n’était pas gratuit. En effet, le jeune homme était rémunéré 150 euros par sac contenant denrées alimentaires et produits d'hygiène. Au cours de la procédure, les enquêteurs avaient retrouvé sur son téléphone portable des messages soulignant qu'il «fai(sait) pas les téléphones car ça sonne au portique».
Le prévenu affirme avoir agi «par peur»
Au cours du procès, le prévenu a assuré ne jamais avoir introduit de stupéfiants. De plus, il a admis avoir agi «par peur», sous la menace d'individus qui, selon ses dires, se présentaient devant la crèche et l'école de ses trois enfants, menaçant de s'en prendre à eux. «Je n'avais pas le choix», s'est-il défendu, expliquant être en grandes difficultés financières.
Des propos qui n’ont visiblement pas convaincu la présidente, dubitative : «Être menacé, c'est traumatisant et vous n'avez montré aucune anxiété à vos proches. Et puis c'est curieux, si vous êtes menacé que vous soyez payé», a-t-elle relevé.
Comme le rappelle l'AFP, en avril 2022, dans le cadre d'enquêtes sur un double assassinat commis dans une cité et sur l'assassinat d'un homme brûlé vif dans le coffre d'un véhicule à l’été 2021, les enquêteurs avaient par ailleurs retrouvé lors d'une perquisition deux fiches pénales de détenus, la photo d’un des plus gros narcotrafiquants marseillais et le planning de travail du surveillant.
Là encore, il a reconnu avoir édité les deux fiches pénales contre 200 euros pièce tout en assurant n'avoir «jamais su que c'était dans ce cadre-là». Pour le procureur, qui a par ailleurs requis une interdiction définitive de toute fonction publique, «le premier intérêt d'une fiche pénale, c'est la date de libération».
«On lui en a demandé deux, que deux, et il est alors à mille lieues de penser que cela pouvait servir à des règlements de comptes à l'extérieur», a plaidé Me Muriel Piquet, son avocate.
Ayant purgé quatre mois de détention provisoire en 2022, le procureur a proposé que le reliquat de la peine ferme soit exécuté sous bracelet électronique.