Aller au contenu principal
Toute l’actu en direct 24h/24
Avec notre application gratuite
Installer
En Direct
En direct
A suivre

Narcotrafic : le parquet requiert la relaxe de François Thierry, ex-patron de l’office de répression du trafic de stupéfiants

Le commissaire a reconnu l'«excès de crédibilité» accordé à son informateur. [Philippe LOPEZ / AFP]

Le parquet a requis, ce lundi, la relaxe pour François Thierry, ex-patron de la lutte anti-drogue, jugé pour complicité de trafic de drogue depuis trois semaines à Bordeaux (Gironde).  

Le parquet n'était «pas convaincu par sa responsabilité pénale». Onze ans après la saisie retentissante de sept tonnes de cannabis dans un quartier huppé de Paris, le parquet a rendu sa réquisition ce lundi à Bordeaux au procès d'un ancien patron des «stups», le commissaire François Thierry, jugé pour complicité de trafic de drogue au profit de son «indic» Sophiane Hambli, trafiquant de grande envergure actuellement détenu au Maroc

Le procès s'est ouvert en Gironde le 2 mars dernier avec une longue audience, permettant d'aborder 70 tomes de procédure. 

20 ans de prison requis 

Au terme de débats brouillés par l'absence de «l'indic» Sophiane Hambli, jugé par défaut et considéré par l'accusation comme le «commanditaire» des sept tonnes de cannabis découvertes à Paris, le ministère public a requis la peine maximale de 20 ans de prison contre le trafiquant, estimant qu'il avait «manipulé» le policier. 

«Si on peut estimer que François Thierry a une lourde responsabilité dans le fiasco d'octobre 2015, si j'estime qu'il a donné une assez piètre image de la police et de la lutte contre le trafic de stupéfiants, je ne suis pas convaincu par sa responsabilité pénale», a déclaré le procureur à l'adresse du tribunal correctionnel de Bordeaux. 

Des peines allant jusqu'à 10 ans de prison ont été requises concernant la quinzaine d'autres prévenus renvoyés dans ce dossier retentissant, qui a conduit à réformer la lutte antidrogue en France.

«Sophiane Hambli a manipulé, menti constamment à tout le monde et à François Thierry en premier lieu. (...) Les mensonges qu'il a servis à François Thierry sont la première des preuves que ce dernier ne peut pas en être le complice», a estimé le représentant du ministère public au terme d'une journée de réquisitions.

«un naufrage opérationnel»

Au cours de sa deuxième journée d'interrogatoire devant le tribunal correctionnel de Bordeaux, François Thierry (57 ans) est revenu sur ses relations avec l'autorité judiciaire, que l'accusation lui reproche de n'avoir pas totalement informée de ses méthodes.

«Cette aventure, ce naufrage opérationnel a lieu parce qu'on est incapables de faire de la coordination d'information» avec des magistrats référents, a assuré à la barre l'ancien patron de l'Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis), costume sombre et cravate.

Lorsqu'il dirigeait cet office (2010-2016), le policier misait sur l'infiltration des filières grâce à des «indics», quitte à laisser acheminer la drogue, pour appréhender les têtes de réseau.

À l'époque, la procédure des livraisons «surveillées» prévoyait d'informer le parquet d'entrée sur le territoire, ici celui de Perpignan, mais les faits se déroulent ensuite près de Lyon puis en région parisienne, entraînant selon François Thierry un manque d'interlocuteur «unique» pour les policiers.

«Une trahison évidente» de l'indic

«Nous ne voulons pas agir seuls, nous avons besoin de magistrats qui prennent des décisions de leur ressort», a assuré François Thierry, saluant la loi narcotrafic de 2025 créant un parquet national anticriminalité organisée (Pnaco).

Le commissaire a reconnu l'«excès de crédibilité» accordé à son informateur, coupable à ses yeux d'une «trahison évidente et manifeste», mais a réfuté tout «affect».

«Je ne suis pas tombé amoureux de Sophiane Hambli ! (...) Beaucoup des choses qu'il a dites ont donné des affaires intéressantes», a-t-il fait valoir. «Combien d'informateurs de services ont permis de faire plus de 60 affaires ? Je n'en connais pas d'autre». 

Absent à l'audience car détenu au Maroc, Sophiane Hambli est soupçonné d'avoir été l'unique commanditaire du chargement, dont le tonnage fait débat. L'un des prévenus a évoqué une quarantaine de tonnes, seules 15 tonnes ayant été saisies.

De son côté, Sophiane Hambli (50 ans) soutient, lui, être le simple «logisticien» d'une opération validée par l'Ocrtis.

À suivre aussi

Ailleurs sur le web

Dernières actualités