Nicolas Hulot : "Nous pouvons encore agir"

Nicolas Hulot a donné mercredi le coup d’envoi d’une campagne afin de mettre en avant les initiatives individuelles et locales pour lutter contre le réchauffement climatique[KENZO TRIBOUILLARD / AFP]

Après le constat, place aux solutions. Alors que Paris se prépare à accueillir en décembre la grande conférence sur le climat (COP21) qui réunira 195 chefs d’Etat, la Fondation Nicolas Hulot a donné mercredi le coup d’envoi d’une campagne afin de mettre en avant les initiatives individuelles et locales pour lutter contre le réchauffement climatique. Car, pour l’envoyé spécial de François Hollande pour la protection de la planète, les solutions existent et ne demandent qu’à être mises en lumière pour être exploitées à plus grande échelle.

 

Votre fondation lance la campagne "My positive Impact". Quels sont ses objectifs ?

En vue de la conférence climat de décembre à Paris, nous voulons mobiliser la société non plus sur le constat climatique mais sur les solutions, en encourageant et valorisant les initiatives locales à impact positif pour le climat. Sans occulter une réalité tragique, cette campagne vise à montrer qu’il ne faut pas désespérer. Nous voulons prouver qu’il y a un horizon enviable, qu’il existe un modèle technologique, économique et énergétique qui peut non seulement nous permettre de faire face à l’urgence climatique, mais qui peut probablement être un instrument de sortie de crise.

 

Avec un impact en termes d’emplois ?

Oui, si on voit les choses en grand. Il faut fixer des priorités, comme la rénovation des bâtiments anciens, l’équipement des villes en transports doux et collectifs… Il faut orienter les dépenses et ne pas mettre de l’argent dans un nouvel aéroport ou dans des investissements qui étaient compréhensibles il y a vingt ans, mais qui se révèlent obsolètes aujourd’hui. Il y aura alors des gisements d’emplois.

 

Comment faire avancer les choses ?

La contrainte climatique nous oblige à revisiter prioritairement notre modèle énergétique mais également notre modèle économique. Dans les périodes de crise comme celle que nous traversons, nous avons besoin d’innovation et d’ingéniosité mais, paradoxalement, nous sommes face à une forme de conservatisme, d’immobilisme et de scepticisme. Au moment où nous devrions être les plus audacieux, nous sommes souvent les plus frileux. Il faut arriver à créer une dynamique positive.

 

Le vrai changement viendra-t-il, selon vous, des citoyens ?

Il viendra à la croisée des initiatives individuelles et locales et des orientations qui, je l’espère, seront prises par les chefs d’Etat en décembre. Mais, pour les encourager, il faut leur montrer que les citoyens ont déjà certaines réponses et que des projets sont reproductibles à grande échelle. On ne peut pas nous opposer qu’on ne sait pas comment agir. Dans beaucoup de domaines, on peut déjà faire autrement. C’est pourquoi je lance cette campagne « My Positive Impact ».

 

Est-ce un moyen de pallier le manque d’actions des pouvoirs publics ?

Les politiques ne sont pas toujours avertis des alternatives et pas encore prioritairement mobilisés sur ces sujets car ils ont une approche à plus court-terme. Il faut leur envoyer un message : soyez inspirés car la société l’est déjà. Le changement est en marche.

 

La France, en tant que pays hôte de la COP21, est-elle bien placée pour donner l’exemple ?

Nous sommes loin d’être les plus mauvais. Sur l’enjeu climatique, c’est l’Europe et souvent la France et l’Allemagne qui ont donné l’impulsion. Mais il faut aller plus loin, car à partir du moment où l’on veut amener 195 Etats à un accord, plus on en fera, plus on sera écouté, crédible et en position de médiation. C’est pour cela que tout retour en arrière, notamment sur la loi énergétique, peut nous mettre en situation de faiblesse.

 

Cette loi sur la transition énergétique est-elle suffisamment ambitieuse ?

On pourra en faire un jugement définitif quand la loi sera votée. Pour l’instant, elle a été altérée au Sénat. Mais visiblement Ségolène Royal a l’intention de ne pas céder sur des points importants comme la réduction datée de la part du nucléaire. Nous restons vigilants. 

 

Y-a-t-il une chance de parvenir à un accord mondial sur le climat ?

Si je ne gardais pas espoir, je ne dépenserais pas autant d’énergie. Il reste dix mois, tout n’est pas encore joué. En décembre, nous allons demander au monde de renoncer à exploiter 80% des énergies fossiles, facilement accessibles sous nos pieds. Cet effort demandé n’est évidemment pas spontané. Tout le monde ne partage pas cette vision.

 

Si un accord est trouvé, comment faire pour qu’il ne reste pas à l’état de belle promesse ?

S’il y a un accord juridiquement contraignant, il y aura des clauses qui permettront de vérifier les engagements des États. Mais au-delà des objectifs, il faudrait que les États se mettent d’accord sur les instruments (fiscaux, financiers) pour les réaliser. Avec quels moyens allons-nous financer la transition énergétique ? Est-ce que les États vont s’engager à faire basculer une partie des 650 milliards accordés par la communauté internationale aux énergies fossiles sur les énergies renouvelables…  Est-ce que les États vont se mettre d’accord sur la taxe sur les transactions financières pour aider les pays du sud à s’adapter aux changements climatiques ? C’est sur ces points que la crédibilité de nos engagements pourra être tenue. Et je salue la commission qui vient d’être créée par François Hollande pour que la France fasse des propositions innovantes et concrètes en ce domaine.

 

Les grands émetteurs de gaz à effet de serre, comme les États-Unis ou la Chine, pourraient-il freiner tout accord ?

Ils n’ont pas intérêts à ce que les phénomènes climatiques se développent car les États-Unis se voient pénaliser économiquement et la Chine est asphyxiée par la pollution. Ces pays-là sont concernés par ces enjeux. Il faut sortir de l’égoïsme national. On sera tous gagnants ou tous perdants. A dix mois de la Conférence de Paris, les jeux ne sont pas faits.

 

Que risque-t-on si aucun accord n’est signé ?

Si Paris est un échec, nous allons sceller le sort et la vie de centaines de milliers de personnes qui meurent chaque année à cause du changement climatique. Le coût humain et économique pour y faire face sera encore beaucoup plus lourd. Nous risquons à un moment de rentrer dans une irréversibilité des phénomènes et de voir nos économies, et même nos démocraties attaquées en profondeur. Nous pouvons encore agir. L’homme est capable de commettre des erreurs mais il est également capable, si on ne s’y prend pas trop tard, de les réparer.

 

La campagne "My Positive Impact"

Le principe. Qu’elles émanent de collectivités, de PME ou d’association, la Fondation Nicolas Hulot présentera 100 solutions pour le climat sur le site mypositiveimpact.org. Le public est invité à voter pour les initiatives qu’il veut soutenir.

L’objectif. Cette campagne vise à donner de la visibilité aux porteurs de projets pour le climat. Les dix solutions les plus plébiscitées par les internautes pourront bénéficier d’une campagne de communication.

L’échéance. Deux sessions de vote du public sont organisées : jusqu’au au 19 avril pour les 50 premiers projets. Et du 25 mai au 5 juillet pour les 50 projets suivants (il est d’ailleurs toujours possible de soumettre son projet jusqu’au 13 avril). La remise des trophées aura lieu pendant la COP21, en décembre 2015.

 

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